Mercredi 23 mai 2012 3 23 /05 /Mai /2012 19:44
Le sommet de Chicago

 


Le 25e sommet de l’OTAN n’est pas parvenu à répondre à la question lancinante qui hante l’Organisation depuis l’effondrement de l’URSS : en quoi peut-elle être utile à ses membres, hormis au Royaume-Uni et aux USA ? Toute question sur le massacre de 160 000 Libyens ou sur l’annulation de l’attaque de la Syrie étant écartée, les chefs d’États et de gouvernement ont simplement été sommés de financer le complexe militaro-industriel US.

Réseau Voltaire | Damas (Syrie) | 22 mai 2012
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Le président Barack Obama reçoit ses invités à l’ouverture du sommet (ici en conversation avec la Haute représentante de l’Union européenne, la baronne Ashton).

Le sommet de l’OTAN à Chicago (20-21 mai 2012) ne rassemblait pas seulement les chefs d’État ou de gouvernement des 28 États membres, mais aussi les délégations de 32 autres pays. À ce titre, il manifestait les ambitions désormais globales de l’Organisation.

 

Officiellement il devait répondre à trois questions principales :
- Comment contrôler l’Asie centrale ?
- Comment être plus efficace avec des budgets restreints par la crise financière ?
- Comment déployer un système offensif de missiles contre la Russie et la Chine ?

 

Le choix de Chicago pour recevoir le sommet s’explique bien sûr parce que c’est la ville dont est issu le président Barack Obama, et parce qu’elle est aujourd’hui administrée par le faucon Rahm Emanuel, officier de l’armée israélienne.

 

Un Comité hôte a été composé par le Groupe de Bilderberg [1] autour de la présidente du NDI/NED [2] Madeleine Albright et de John H. Bryan, administrateur principal de la banque Goldman Sachs.

 

À l’extérieur de la salle de conférence, il ne manquait pas de groupes militants pour manifester contre l’Alliance [3]. Cette turbulence a posé des problèmes de maintien de l’ordre à la municipalité, et a terni l’image du sommet. Cependant, l’OTAN a utilisé la gêne occasionnée pour occuper la presse : tandis que les journalistes se focalisaient sur les excès de la police à l’extérieur de la salle de conférence [4], les chefs d’État et de gouvernement pouvaient discuter en secret de leurs arrangements.

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Sommet de l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC), à Moscou, le 15 mai 2012. C’est moins spectaculaire que l’OTAN, mais c’est capable de lui résister.

Contrôler l’Asie centrale

L’intervention alliée en Afghanistan avait été planifiée par les Anglo-Saxons avant les attentats du 11 septembre 2011, bien que ces attentats aient servi à la justifier de manière à y impliquer les alliés [5]. Elle répondait aux intérêts d’une coalition particulière : prendre en tenaille l’Iran (une fois l’Irak envahi) ; s’immiscer dans la zone d’influence russe des ex-États musulmans soviétiques ; ouvrir un couloir de communication pour exploiter le pétrole de la région Caspienne ; contrôler le marché mondial des drogues dérivées du pavot ; faire main basse sur des réserves de minerais précieux.

Dix ans plus tard, l’attaque de l’Iran est repoussée aux calendes grecques tandis que les relations des États-Unis avec la Russie et la Chine ne cessent de se tendre. Juste avant le sommet, Washington a conclu en urgence un Pacte stratégique avec Kaboul. Le retrait des troupes combattantes ne doit pas faire illusion : le Pentagone restera longtemps sur place. Paradoxalement, les Occidentaux ont besoin de troupes en Afghanistan pour menacer les intérêts russes en Asie centrale, mais ils ont besoin de passer par le territoire russe pour approvisionner leurs troupes en Afghanistan.

 

Au fil des ans, Moscou a donc créé un pacte militaire avec ses anciens partenaires soviétiques, l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC). L’Arménie, le Kazakhstan, le Kirghizistan, l’Ouzbékistan et le Tadjikistan en font partie (mais pas l’Azerbaïdjan). Puis, Moscou et Pékin ont fondé l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS). Son objectif initial était uniquement de prévenir l’ingérence anglo-saxonne en Asie centrale, mais elle tend à devenir un Pacte militaire. L’OCS inclut —à titre d’observateurs ou de partenaires— la Mongolie et les États du sous-continent indien (mais toujours pas l’Azerbaïdjan).

 

La question principale du sommet de Chicago n’était donc pas de savoir si les troupes alliées sont nécessaires à la stabilisation de l’Afghanistan ou si leur mission est terminée [6], mais quels Alliés sont prêts à piétiner durablement les plates-bandes russes (et accessoirement chinoises) ? Dès lors, la décision du président François Hollande de retirer au plus vite les troupes françaises doit être comprise pour ce qu’elle est : non pas simplement mettre fin à une aberrante expédition coloniale, mais surtout refuser de participer à la stratégie impériale anglo-saxonne contre la Russie et la Chine en Asie centrale.

 

Face au complot anglo-saxon, Moscou a mis en scène sa réponse à travers l’agenda de son président.
7 mai : investiture du président Vladimir Poutine
8 mai : nomination de Dmitry Medvedev comme Premier ministre
9 mai : célébration de la victoire contre l’Allemagne nazie
10 mai : visite du complexe militaro industriel russe
11 mai : réception du président abkhaze
12 mai : réception du président sud-ossète
14-15 mai : rencontre informelle avec les chefs d’États de l’OTSC.


On ne peut être plus clair. Le nouveau mandat de Vladimir Poutine sera consacré à se donner les moyens de protéger les marches de la Russie et de la défendre avec ses alliés.

 

Dans un souci d’apaisement, l’OTAN a invité au sommet de Chicago les présidents des États membres de l’OTSC, qui ont tous fait le déplacement, sauf Vladimir Poutine.

 

Quoi qu’il en soit, le sommet a confirmé que l’OTAN resterait en Afghanistan, non plus en tant que puissance occupante, mais comme soutien à la fantomatique armée afghane [7].

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Cérémonie de signature du programme de surveillance aérienne (Alliance Ground Surveillance — AGS). Les malheureux qui doivent payer la facture sont cloués au pilori des photographes : Souriez, vous devez payer.

Réduire les dépenses

Alors que le Pentagone lui-même était appelé à modérer ses dépenses, le précédent secrétaire à la Défense, Robert Gates, avait demandé aux alliés de faire un effort significatif et d’augmenter leur budget militaire pour compenser la baisse de celui des États-Unis [8]. Cependant le Pentagone a dû déchanter, les alliés ayant été à leur tour touchés par la crise financière états-unienne. Par conséquent, la réflexion s’est tournée vers les possibilités de dépenser moins (ce que les communicants appellent la « défense intelligente », étant entendu que jusqu’à présent on jetait stupidement l’argent par les fenêtres) [9].

 

En matière d’armement, dépenser moins, c’est acheter des armes fabriquées en très grande série. Concrètement, cela signifie que les Alliés doivent renoncer à fabriquer leurs propres armes et doivent au contraire les acheter au plus gros fabriquant, c’est-à-dire aux USA. Le problème, c’est que cela signifie pour les alliés une perte de souveraineté, des pertes d’emplois, et l’obligation de continuer à soutenir le dollar, donc d’éponger le déficit US. En résumé, pour être défendus, les alliés doivent sacrifier leur industrie de Défense —s’ils en ont encore une— et offrir leurs devises au Grand frère états-unien.

 

Le président Obama attendait ses invités avec son catalogue. Cette année, il y avait des promotions sur les drones. Le sommet a approuvé le programme d’acquisition de moyens de surveillance aérienne qui était en discussion depuis une décennie [10]. L’idée de mixer des drones et des avions gros porteurs fabriqués par des consortiums euro-US a été abandonnée au profit du seul achat de drones US. C’est une catastrophe annoncée depuis longtemps pour EADS (Allemagne), Thales (France), Indra (Espagne), Galileo Avionica (Italie), Dutch Space (Pays-Bas), General Dynamics (Canada). Mais c’est au moins 3 milliards d’euros de commandes pour Northrop Grumman et Raytheon (USA), qui sortent grands vainqueurs du sommet. La facture sera répartie entre 13 Etats membres. La France et le Royaume-Uni ont réussi a se retirer de ce guêpier et contribueront au programme avec leur propre matériel.

 

En outre, le Pentagone a imposé des modifications des règles de fonctionnement interne de l’Alliance de manière à se garantir la possibilité d’utiliser l’OTAN à la carte. A l’origine, l’Organisation était censée se mobiliser dans son ensemble lorsque un de ses membres était attaqué. Aujourd’hui, Washington fixe ses objectifs coloniaux et compose une coalition ad hoc. Par exemple, on a formé une alliance autour de la France et du Royaume-Uni pour détruire la Libye. Les Allemands n’y ont pas participé. Or, ils gèrent la flotte des avions de surveillance AWACS. Il s’en est suivi un moment de désorganisation avant que la coalition puisse utiliser ce matériel. Par conséquent, le Pentagone exige d’avoir un droit de réquisition des matériels de leurs alliés lorsque ceux-ci refusent de participer à une coalition. De ce point de vue, la « défense intelligente » équivaut à prendre ses alliés pour des imbéciles.

Menacer la Russie et la Chine

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Anders Fogh Rasmussen, secrétaire général de l’OTAN (ici en conversation avec Thomas Vecchiolla, directeur des ventes de Raytheon), inaugure une exposition destinée à expliquer aux membres de l’Alliance les bienfaits du « bouclier antimissile ».

Pour mettre fin à la dissuasion nucléaire russe et chinoise, les États-Unis ont imaginé de se protéger des missiles ennemis pour pouvoir tirer les leurs sans crainte de représailles. C’est le principe du « bouclier antimissile ».

 

Cependant, il n’existe pas à l’heure actuelle d’intercepteurs capables de détruire en vol les missiles balistiques ultra-sophistiqués russes et chinois. Dès lors, sous l’étiquette fallacieuse de « bouclier antimissile », le Pentagone entend déployer un ensemble de radars capable de surveiller l’espace aérien global et installer le plus près possible de la Russie et de la Chine des missiles les menaçant.

 

Le secrétariat à la Défense US a d’ores et déjà négocié avec un grand nombre de pays des accords pour installer ces matériels. Il encourage des pactes militaires entre les États qui l’accueillent. Par exemple, il a invité la Jordanie et le Maroc à rejoindre le Conseil de coopération du Golfe et à le transformer en une sorte de nouveau Pacte de Bagdad [11]. En sus, il développe un discours lénifiant pour masquer ses intentions. S’adressant à des ignorants qui n’ont jamais observé une mappemonde, il explique sans rire que les installations développées en Europe centrale ne menacent pas la Russie, mais visent à intercepter des missiles iraniens tirés vers les USA en prenant le chemin des écoliers.

 

Le sommet de Chicago a entériné le transfert de compétence pour le « bouclier antimissile » du Pentagone à l’OTAN [12]. Là encore, la question n’était pas de savoir comment se protéger d’une imaginaire attaque nucléaire suicide iranienne ou nord-coréenne, mais si l’on veut ou non participer à un projet tourné contre la Russie et la Chine. Prudemment, les États-Unis ont évité la question qui fâche, quitte à ce que certains participants déplorent que l’on ne sache plus à quoi servira l’Alliance dans les prochaines années.

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Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergey Lavrov, venu apporter le soutien de la Russie au président syrien, Bachar el-Assad (Damas, le 12 février 2007). Plus de 100 000 ressortissants russes résident désormais en Syrie. Ils actionnent notamment les systèmes antimissile S300 capables de tenir l’OTAN en échec.

Ne pas rendre compte

Le sommet de Chicago était important par les sujets qu’il a abordés. Il l’était tout autant par ceux qu’il a esquivés : la destruction de la Libye et la dérobade face à la Syrie. Dans toute organisation, les dirigeants sont tenus de présenter un rapport annuel de leurs activités. Pas à l’OTAN. Tant mieux pour eux car leur bilan n’est pas flatteur.

 

Depuis le dernier sommet, l’Alliance a gagné une guerre contre un ennemi qui ne lui a pas livré bataille. Persuadé jusqu’au dernier moment de pouvoir négocier, Mouammar el-Kadhafi avait interdit à son armée de riposter contre les aéronefs et les navires de l’Alliance. La guerre, la vraie, s’est limitée à la prise de Tripoli. Chacun savait que la population était armée et qu’entrer dans la ville se ferait au prix d’un bain de sang. Certains que des alliés s’y opposeraient, l’amiral James Stavridis, Suprême commandeur de l’OTAN, n’a donc pas porté le sujet devant le Conseil atlantique. Il a organisé une réunion secrète à Naples où seuls les États les plus déterminés ont été conviés. Selon nos informations, la France y était représentée par Alain Juppé [13]. C’est donc à l’insu de certains alliés que la décision a été prise. En définitive, l’OTAN a conquis Tripoli en une semaine, le commandant militaire de la capitale, le général Albarrani Shkal, ayant démobilisé ses hommes et offert la ville à l’envahisseur pour quelques millions de dollars. Les drones et les hélicoptères de combat ont facilement massacré les dizaines de milliers d’habitants, qui pensaient pouvoir défendre leur patrie armés de kalachnikovs. L’OTAN qui était prétendument venue protéger les civils a tué au total 160 000 personnes, sans avoir officiellement subi la moindre perte..

 

À Chicago, les chefs d’État et de gouvernement ont pu discuter des problèmes capacitaires de cette guerre, mais ni du coup de force du Suprême commandeur, ni du résultat politique qui a suivi avec l’anéantissement de l’État libyen et l’installation au pouvoir des Frères musulmans et d’Al Qaida.

 

On a également limité les discussions à propos de la Syrie. Les communicants qui avaient utilisé du même prétexte pour viser Damas et Tripoli (le « printemps arabe »), ont une explication toute faite pour expliquer la dérobade : une intervention militaire internationale favoriserait une guerre civile. C’est évidemment plus classieux que de reconnaître le renversement du rapport de force. La Russie a déployé en Syrie le système de défense anti-aérienne le plus performant du monde. Il n’est pas de nature à empêcher un bombardement du pays, mais peut infliger des pertes très sévères aux aéronefs de l’OTAN. L’enjeu n’en vaut pas la chandelle. Aussi peut-on lire dans la Déclaration finale du sommet une banalité qui ne valait pas de réunir 60 chefs d’État et de gouvernement : « Nous suivons l’évolution de la crise syrienne avec une préoccupation croissante et nous soutenons fermement les efforts que déploient l’ONU et la Ligue des États arabes, et notamment la mise en œuvre intégrale du plan Annan en six points » [14].

[1] « Ce que vous ignorez sur le Groupe de Bilderberg », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire/Komsomolskaïa Pravda, 9 avril 2011.

[2] « La NED, vitrine légale de la CIA », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire/Odnako, 6 octobre 2010.

[3] « Massive anti-NATO protests in Chicago », Voltaire Network, 21 mai 2012.

[4] « The Empire Holds Its War Council in Chicago », by Glen Ford, Voltaire Network, 18 mai 2012.

[5] L’Effroyable imposture, par Thierry Meyssan, 2002.

[6] « Déclaration du Sommet de l’OTAN à Chicago concernant l’Afghanistan », Réseau Voltaire, 21 mai 2012.

[7] « Aube rouge sang à Kaboul », par Manlio Dinucci, Réseau Voltaire, 9 mai 2012.

[8] « Les gros bras Gates et Rasmussen tentent un nouvelle extorsion de fonds », par Lucille Baume, Réseau Voltaire, 16 juin 2011.

[9] « Quel est le prix de la « défense intelligente » de l’Otan ? », par Manlio Dinucci, Tommaso di Francesco, Réseau Voltaire, 21 mai 2012.

[10] « Déclaration du sommet sur les capacités de défense pour les forces de l’OTAN à l’horizon 2020 », Réseau Voltaire, 20 mai 2012.

[11] Signé en 1955, le Pacte de Bagdad était un complément de l’OTAN réunissant l’Irak du roi Fayçal II, la Turquie d’Adnan Menderes, le Pakistan du gouverneur général Malik Ghulam Muhammad et l’Iran du Shah, sous la houlette des Anglo-Saxons.

[12] « Revue de la posture de dissuasion et de défense de l’OTAN », Réseau Voltaire, 20 mai 2012.

[13] Ce point a été formellement démenti par son secrétariat, selon lequel le ministre était en vacances à cette date.

[14] « Déclaration du Sommet de l’OTAN à Chicago », Réseau Voltaire, 20 mai 2012.

 

Source : « L’OTAN magnifie son déclin », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 22 mai 2012, www.voltairenet.org/a174286

Par Thierry Meyssan - Publié dans : Notes de lecture - Communauté : Blog citoyen en Haute-Garonne
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Lundi 21 mai 2012 1 21 /05 /Mai /2012 10:58
Un article de Bruno Guigue
 
Pour les Allemands et les Français, l’épouvantail de la crise grecque revêt, du coup, une double valeur pédagogique : il freine les revendications sociales en faisant planer la menace de l’austérité, et il dédouane les élites dirigeantes du fiasco de l’euro en l’attribuant de manière condescendante à un peuple situé aux marges de l’Europe
19 mai 2012

Le peuple est souverain, il détient le pouvoir et décide librement de son avenir : ces formules qui définissent l’essence même de la démocratie ont-elles toujours cours ? Si la question mérite d’être posée, c’est que l’actualité immédiate multiplie les exemples contraires. Le moins qu’on puisse dire est que l’idée selon laquelle la souveraineté n’appartient qu’au peuple se voit aujourd’hui singulièrement battue en brèche. Or ce déni de la démocratie est d’autant plus paradoxal qu’il survient dans son berceau historique, au cœur de son incarnation prétendument exemplaire : l’Europe.

 

Du refus de la démocratie par les élites dirigeantes, la crise grecque actuelle fournit une illustration frappante : elle renvoie malicieusement la construction européenne, en effet, à sa faille fondatrice. Comme un retour du refoulé, le vote exprimé lors des dernières élections législatives souligne surtout, plus que le déficit budgétaire, le déficit cumulé de démocratie dont le diktat communautaire est l’ultime avatar.

 

Car, en infligeant une cuisante défaite aux partis de gouvernement, le peuple grec a dénoncé l’entreprise punitive organisée par la finance internationale. Il a refusé le renflouement, aux frais d’une population appauvrie par l’austérité, de ces banques véreuses qui ont alimenté la corruption et le clientélisme. Mieux, en votant à un niveau inattendu pour la gauche radicale, il a disqualifié un système économique et social dont l’austérité exigée par Bruxelles garantirait la pérennité.

 

Mais plus profondément, le peuple grec a signifié aux puissants, d’ici et d’ailleurs, que c’est lui, et lui seul, qui est aux commandes. L’économie est-elle une affaire suffisamment importante pour que le peuple en décide, ou son sort doit-il être réglé par d’autres que lui ? Dès lors, que vaut un plan de redressement économique dont le peuple ne veut pas ? Si la démocratie a un sens, la réponse est sans appel : il ne vaut rien.

 

Le discours dominant a beau relayer le point de vue de la banque allemande en incriminant l’irresponsabilité grecque, c’est plutôt celle des milieux financiers qui est patente. Non seulement parce que leur spéculation est à l’origine du marasme planétaire, mais parce qu’ils ne répondent de leurs actes, précisément, devant personne. L’étendue de leur pouvoir est inversement proportionnelle à l’étendue du contrôle dont ils font l’objet. La confiance des marchés, cette abstraction derrière laquelle se terre l’âpreté au gain des détenteurs de capitaux, leur tient lieu de suffrage universel.

 

Ce pouvoir économique transnational que n’assujettit aucune loi voudrait sans doute que les gouvernements obéissent à la sienne. Mais pourquoi les peuples, lorsqu’ils ont la possibilité d’exprimer leur volonté, devraient-ils s’y plier ? Au nom de quelle légitimité l’ouvrier et le fonctionnaire grecs devraient-ils crier famine pour renflouer des banques qui sont triplement responsables de la crise : en alimentant la gabegie politicienne, en spéculant sans vergogne, et en infligeant à un pays exsangue, de surcroît, des taux usuraires qui perpétuent la crise ?

 

On objectera qu’en refusant le plan de rigueur tout en souhaitant demeurer dans la zone euro, les Grecs veulent conserver les avantages tout en évitant les inconvénients du système communautaire. Un brin tricheurs, ils rêveraient d’une tutelle financière généreuse qui leur permettrait de perpétuer leurs mauvaises habitudes. Mais c’est omettre une donnée essentielle sur laquelle les médias ne s’attardent guère tant elle dérange la vision officielle : pas plus que le peuple grec dans son ensemble, les forces politiques hostiles à l’austérité ne sont nullement responsables de l’incurie de ceux qui ont ruiné le pays.

 

Et, pas davantage, ces forces qui appartiennent majoritairement à la gauche radicale ne sont en faveur d’un statu quo fiscal et social dont les plus riches sont les principaux bénéficiaires, et dont elles dénoncent précisément la responsabilité dans les déséquilibres internes. Dans un pays où des armateurs richissimes et l’Eglise orthodoxe, de loin le premier propriétaire foncier, ne paient aucun impôt, la répartition équitable des charges fiscales est bien le cœur du problème.

 

C’est de sa résolution, accompagnée d’une refondation de l’Etat sur des bases assainies, que dépend le redressement économique du pays, et non d’une énième version du diktat européen, dont le seul effet serait d’enfoncer l’économie grecque dans la récession. Que le peuple grec soit capable de reformuler le pacte social en imposant à chacun de participer selon ses moyens, y compris les classes moyennes, l’avenir le dira. Mais il est sûr qu’en votant pour la gauche radicale, une part considérable de l’électorat signifie à la fois son refus d’une politique d’austérité mortifère et son désir d’une profonde réforme sociale.

 

Rien d’étonnant, dès lors, à ce que cette dimension de la confrontation politique en Grèce soit totalement occultée par ces sentinelles du capital que constituent les médias dominants. Infantilisant le peuple grec, la version journalistique courante nous présente le débat entre forces politiques comme un obscur imbroglio, où l’irresponsabilité politicienne viendrait redoubler l’irresponsabilité économique d’une population entière.

 

Au fond, tout se passe comme si le séisme des dernières élections législatives, où les partis de gauche hostiles à l’austérité totalisent 32 % des voix, devait être noyé dans un amalgame trompeur, comme si une corruption politicienne indistincte traduisait l’inconscience d’un peuple frivole et dépensier. Or pour être mensongère, cette supercherie n’en est pas moins efficace : car elle permet de légitimer moralement les restrictions infligées aux pauvres, en Grèce, aux yeux d’une population européenne appelée à payer les pots cassés de la crise de l’euro.

 

Pour les Allemands et les Français, l’épouvantail de la crise grecque revêt, du coup, une double valeur pédagogique : il freine les revendications sociales en faisant planer la menace de l’austérité, et il dédouane les élites dirigeantes du fiasco de l’euro en l’attribuant de manière condescendante à un peuple situé aux marges de l’Europe. Alors que la crise financière grecque est l’effet conjugué de l’injustice sociale, de la crise mondiale et du carcan monétaire européen, on l’impute ainsi à l’irrationalité intrinsèque d’une population accrochée à ses privilèges archaïques.

 

Oubliant que la moitié de la population active est au chômage et que les pauvres sont encore plus pauvres après cinq années de récession, les élites dirigeantes européennes pratiquent de la sorte un double déni : déni de la réalité d’abord, en continuant d’exiger au nom d’une prétendue responsabilité collective du peuple grec sa paupérisation absolue, comme si cette politique pouvait engendrer autre chose que son refus obstiné au nom de l’instinct de survie et du simple bon sens.

 

Déni de la démocratie ensuite, puisque la troïka (CE, BCE, FMI) ne considère jamais l’approbation préalable du plan de rigueur comme la condition première de sa mise en œuvre, mais comme une formalité sans importance. En réalité, elle n’a jamais proposé au peuple grec de remède à ses maux : elle lui impose un traitement de cheval qui, au risque de tuer le cheval, ménage surtout les intérêts dominants. Inutile de demander aux Grecs s’ils sont d’accord pour sacrifier leur existence au profit des banques, puisque nul ne doute de la réponse : on attend simplement que leurs représentants donnent cet accord de pure forme à leur place, sans imaginer une seconde qu’il puisse en être autrement.

 

Mais gare à eux s’ils font mine de se rebeller : le rappel à l’ordre ne se fait guère attendre, et la menace de l’apocalypse financière joue le rôle d’une puissante incitation à l’orthodoxie capitaliste. On se souvient comment un référendum sur le plan de rigueur, d’abord annoncé avec panache, en 2011, fut piteusement annulé par le premier ministre socialiste : devant la bronca organisée par les dirigeants européens et leurs relais médiatiques, Papandréou a tourné casaque en un clin d’oeil.

 

Donner la parole au peuple sur son propre avenir, appliquer le principe de la souveraineté populaire ? Cette idée saugrenue a donc été promptement retirée du marché, c’est le cas de le dire. Il est vrai que la mésaventure du référendum franco-irlandais, en 2005, avait laissé de mauvais souvenirs à ceux qui préfèrent décider à la place du peuple. Même si, au lendemain de l’élection de Sarkozy, la volonté populaire, qui s’était exprimée en France à 55 % pour le non au traité constitutionnel, fut promptement bafouée par le charlatan en chef de la droite décomplexée.

 

Car la démocratie ne trouve grâce, aux yeux des élites dirigeantes, que lorsque son exercice demeure strictement conforme à leurs intérêts. Le verdict populaire ? Pour eux, sa vertu est confirmative, jamais affirmative. Dans la démocratie sagement ordonnée que nous promet la domination des marchés, le peuple lui-même est une chambre d’enregistrement, et non la source de toute légitimité. Il ne décide de rien, il avalise docilement, et encore par représentants interposés puisque la voie de la consultation directe lui est fermée.

 

D’ailleurs, le peuple sait-il réellement ce qui est bon pour lui ? On mesure sans peine l’impensé de cette représentation : le peuple, toujours tenté par le populisme, est un géant sourd et aveugle dont les élites doivent être les yeux et les oreilles. C’est avec fermeté qu’elles doivent, précisément pour n’en fixer aucune à leurs ambitions, assigner de saines limites à ses désirs passablement confus. Eternel insatisfait, puéril et inconstant, ne doit-il pas être constamment remis sur le droit chemin ?

 

C’est cette nouvelle version du despotisme éclairé qui est à l’œuvre sous nos yeux : si d’aventure le peuple abusé par des oiseaux de mauvais augure vote mal, il suffit d’annuler le résultat du scrutin en confiant à ses représentants obéissants le soin d’effacer le fruit d’un égarement passager. Mais l’opération n’est pas toujours sans risque : à tout prendre, il vaut mieux que le peuple ne vote pas du tout. Pour éviter les mauvaises surprises, rien n’est plus sûr que de le réduire au silence : comme la guerre de Troie, le référendum n’aura pas lieu.

 

Quel dommage qu’on n’ait pas encore remplacé les élections par un plébiscite en faveur du capital dans les salles de marché ! N’ayant pu supprimer des institutions démocratiques qui furent conquises de haute lutte, les puissances d’argent s’emploient cependant à les vider de leur substance. Que l’on vote tant qu’on voudra, au fond peu importe puisque le pouvoir que le peuple croit exercer n’est qu’illusion. Apportant un démenti à la formule gaullienne, nos élites nous le disent : le vrai pouvoir ne réside plus dans ces boîtes magiques que sont les urnes, mais dans ce ramasse-tout qu’est la corbeille.

 

C’est pourquoi, parfaitement démonétisée, la souveraineté populaire est placée sous la tutelle de la monnaie unique. Les Grecs ne veulent pas de l’huile de ricin communautaire ? Ils l’avaleront quand même. Le peuple croit-il vraiment vouloir ce qu’il prétend vouloir ? On lui montrera qu’il se trompe. A l’époque de l’Union soviétique, la doctrine Brejnev affirmait que les démocraties populaires d’Europe de l’Est ne jouissaient que d’une souveraineté limitée. Il semble que les peuples européens dans leur ensemble soient désormais astreints au même régime.

 

Mais tout le problème est de savoir si une souveraineté limitée est encore une souveraineté. La réponse est négative : le peuple est souverain ou il ne l’est pas, et s’il l’est, il ne peut l’être à moitié. Rousseau l’avait bien compris, pour qui la souveraineté est indivisible et inaliénable : si un peuple se dépossède d’une partie de sa souveraineté, il abdique au profit de la tyrannie. Sans doute la tyrannie d’aujourd’hui n’est plus celle des têtes couronnées de la monarchie absolue. Mais elle n’en est pas moins redoutable, masquée derrière les faux arguments d’une pseudo-rationalité économique et d’un modèle de société prétendument indépassable.

 

C’est cette entreprise de domination inédite qui, se parant des vertus de la démocratie, en est aujourd’hui le principal ennemi. Car la tyrannie actuelle des marchés ne tolère la démocratie que sur le mode ancillaire, comme la servante docile de ses intérêts. Elle se satisfait pleinement d’un système à l’américaine où les fondements de la société n’étant jamais en question, le débat se limite à savoir qui dépensera davantage de dollars pour financer sa campagne électorale. Or la souveraineté populaire n’a précisément de sens que si elle porte sur l’essentiel et non sur l’accessoire, c’est-à-dire si elle fixe des limites à l’inégalité de l’avoir, du pouvoir et du savoir.

 

A cette démocratie intransigeante, les élites contemporaines préfèrent une pseudo-démocratie qui n’est que le cache-sexe d’une domination capitaliste transnationale. Or il est manifeste que cette limitation délibérée de la démocratie est à usage externe aussi bien qu’interne. Démocratie limitée à l’intérieur, démocratie sous contrôle à l’extérieur, tel est le double mot d’ordre des sphères dirigeantes transnationales qui président, entre autres, aux destinées de l’Europe. Domestiquée à l’intérieur des frontières de l’aire occidentale, la démocratie fait ainsi l’objet d’une surveillance universelle.

 

Qu’elle s’avise de menacer l’ordre établi ou de secouer le joug des intérêts dominants, et il lui en cuira. Avec un cynisme sans précédent, les élites dirigeantes européennes s’affranchissent donc de la souveraineté du peuple, chez les autres, aussi allègrement qu’elles en récusent la légitimité à domicile. C’est pourquoi elles s’accommodent si bien des dictatures à l’extérieur, affichent leur mépris pour la volonté populaire à l’intérieur, et blâment partout la démocratie lorsqu’elle ne joue pas le rôle imparti.

 

De ce point de vue, frappante est la façon dont les médias français, pendant plusieurs jours, ont présenté le résultat des dernières élections grecques. Alors que l’événement majeur résidait dans la déconfiture des deux partis traditionnels au profit de la gauche radicale, on eut nettement l’impression que le seul fait digne d’être commenté était le résultat de 7 % obtenu par un parti d’extrême-droite. De l’expression démocratique du peuple grec, pourquoi ne retenir que cet aspect, certes inquiétant et nauséabond, mais nullement essentiel ?

 

Peut-être fallait-il à tout prix discréditer dans l’opinion française le processus électoral par lequel les Grecs, en accordant 32 % des voix aux forces de gauche refusant l’austérité, signifiaient à la fois l’espoir d’une réforme sociale et la confiance en la démocratie ? La souveraineté du peuple, chez ces Grecs qui furent parmi les premiers à en formuler l’idée, ne sera peut-être pas domestiquée de sitôt. Et la seule solution à la disposition des dirigeants européens pour satisfaire la voracité des marchés, ce sera au fond celle que suggérait Bertolt Brecht dans une boutade célèbre : il ne reste plus, désormais, qu’à dissoudre le peuple.

Bruno Guigue
oumma.com, 16 mai 2012.


Normalien, énarque, chroniqueur de politique internationale sur le Moyen-Orient et auteur de plusieurs ouvrages, dont « Aux origines du conflit israélo-arabe, l’invisible remords de l’Occident » (L’Harmattan, 2002), Bruno Guigue est aujourd’hui professeur de philosophie à la Réunion. En mars 2008, alors qu’il était sous-préfet de Saintes en Charente-Maritime, il avait été scandaleusement limogé [1] par la ministre française de l’Intérieur, Michèle Alliot-Marie, pour avoir publié sur oumma.com un article intitulé « Quand le lobby pro-israélien se déchaîne contre l’ONU » en réponse à une tribune publiée dans les colonnes du quotidien Le Monde sous le titre « L’ONU contre les droits de l’homme » et signée notamment par : Pascal Bruckner, Alain Finkielkraut, Claude Lanzmann, Elie Wiesel, Pierre-André Taguieff, Frédéric Encel.



[1] Voir : « Bruno Guigue l’honnête homme, sanctionné », par Silvia Cattori, 26 mars 2008.
http://www.silviacattori.net/article406.html

 

Source : silviacottori.net


Par Bruno Guigue - Publié dans : Europe - Communauté : Blog citoyen en Haute-Garonne
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Dimanche 20 mai 2012 7 20 /05 /Mai /2012 07:54
 
Le temps est venu de pointer du doigt le rôle criminel des puissances qui, comme la France par la voix de Juppé, et les États-Unis par la voix de Clinton, mènent une intense campagne médiatique et politique pour déstabiliser la Syrie, la soumettre à de sévères sanctions sous des prétextes humanitaires - de concert avec des journalistes et des ONG irresponsables - alors que le problème est ailleurs.

18 mai 2012 | Thèmes (S.Cattori) : Contrôle du "Grand Moyen Orient" Syrie

Des combattants -appartenant à des groupes d’origine étrangère connus pour être proches d’Al-Qaïda- menant dans les villes et les villages, contre le gouvernement Assad, une guerre d’usure faite d’attentats terroristes et d’assassinats, ont été récemment capturés en Syrie. Ce qui confirme la version des autorités syriennes : à savoir que l’opposition armée, indûment nommée Armée syrienne libre (ASL), est largement composée de mercenaires en provenance de différents pays, en particulier arabes.

 

Or, l’ASL, quoi que les journalistes alignés en disent, est une organisation criminelle ; une création de puissances membres de l’OTAN. Ses combattants ont commis des actes de barbarie, tué des milliers de soldats et de policiers, ainsi que des civils. Le groupe Front Al Nosra, - une émanation de la nébuleuse Al-Qaida qui, faut-il le rappeler, a été soutenue et financée par la CIA dans la guerre menée contre les Soviétiques en Afghanistan dans les années 80 - serait à l’origine des attentats d’Alep et de Damas, si l’on en croit ses revendications.

 

Les images diffusées par la télévision syrienne, que nous reproduisons ici, montrent par quel parcours trois jeunes gens, capturés par les forces de sécurité, en sont arrivés à s’enrôler dans l’ASL. Ils racontent avoir combattu auparavant en Libye avec les rebelles soutenus par les forces de l’OTAN.

 

On comprend qu’au moment où ils ont été recrutés ils étaient sans travail, totalement démunis. Des proies faciles pour les agents recruteurs qui agissent dans les mosquées et qui les manipulent à des fins stratégiques, les conduisant progressivement à participer à des guerres qui les dépassent. Hier contre la Libye ; aujourd’hui la Syrie, le Liban, demain l’Iran.

 

 

 

Ils sont jeunes, à peine sortis de l’adolescence. Que savaient-ils de la guerre sale où on les a malheureusement entraînés ? Que savaient-ils de la stratégie mise en place par des officines de propagande, à Paris, Londres, Washington, devant aboutir à frapper, détruire les pays qui, comme la Syrie, ne se soumettent pas à leurs dictats ?

Ils sont très jeunes. Et déjà broyés.

 

Fahed Abdel Karim Saleh al-Freites, 22 ans, originaire de Benghazi, Libye, a combattu avec les forces de l’OTAN en Libye. Recruté par une organisation d’Al-Qaïda, il s’est rendu illégalement en Syrie, via la Turquie, pour y rejoindre des groupes qui forment l’« Armée syrienne libre ».

 

Oussama Mukhtar Hazli, 22 ans, originaire de Tunisie, a lui aussi combattu en Libye et s’est rendu en Syrie via la Turquie, pour y rejoindre un groupe lié à al-Qaïda et les combattants de l’« Armée libre ».


Majdi Ben al-Ayachi al-Iyari, 32 ans, originaire de Tunisie, a suivi le même parcours. Il raconte avoir rencontré en Turquie et en Syrie d’autres hommes venus de Tunisie.

 

Silvia Cattori

 

Source : silviacattori.net

Par Silvia Cattori - Publié dans : Syrie - Communauté : Blog citoyen en Haute-Garonne
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Samedi 19 mai 2012 6 19 /05 /Mai /2012 07:55
 

Au cours de la nuit du jeudi 17 au vendredi 18 mai 2012, on a appris que l’agence de notation Moody’s a décidé d’abaisser la note de 16 banques espagnoles d’un seul coup, tout comme elle l’avait fait lundi 14 mai en abaissant d’un coup les notes de 26 banques italiennes.

 

Dans la journée d’hier, l’Espagne n’avait d’ailleurs trouvé à se financer sur les marchés internationaux qu’en émettant des obligations avec des taux en très forte hausse. L’Espagne a emprunté jeudi 2,494 milliards d’euros à 3 à 4 ans, en concédant des taux d’intérêt de 4,375% à 5,106%, bien plus que lors des dernières émissions similaires (2,89% à 4,037%).

 

Au même moment, Bankia, quatrième banque cotée espagnole qui vient d’être nationalisée, s’effondrait de -27,5% à la Bourse de Madrid, alors que ses clients, inquiets, ont déjà retiré plus d’un milliard d’euros ces derniers jours.

Hier toujours, on apprenait que le Portugal devrait connaître cette année une récession très sévère de -3,3% du PIB, et que le taux de chômage officiel a bondi à un niveau record de 14,9% au premier trimestre.

 

Enfin, on a appris que l’agence Fitch Ratings vient à son tour d’abaisser la notre souveraine de la Grèce de B- à CCC, c’est-à-dire dans la catégorie des créances quasiment irrécouvrables. La Grèce est déjà notée C auprès de Moodys et CCC auprès de Standard & Poor’s.

 

Cette nouvelle crise de l’euro, dont l’épicentre se situe en Grèce mais dont les prochains dominos espagnol, portugais et italien sont attaqués, provoque un effondrement général des bourses à travers le monde. Wall street a clôturé hier soir sur une baisse de -1,24% et, ce 18 mai 2012, Tokyo a perdu -2,99% et le CAC 40 passe en-dessous de la barre des 3 000 points, au plus bas depuis 5 mois.

 

Cette nouvelle crise a également conduit l’un des économistes américains les plus connus à publier un article retentissant intitulé « LA GRÈCE DOIT QUITTER L’EURO ».

 

Nouriel Roubini est un docteur en économie, professeur d’économie à l’Université de New York, et son avis est très respecté dans le monde des marchés financiers, surtout depuis qu’il avait diagnostiqué à juste titre l’arrivée de la crise financière en 2008.

Nouriel Roubini (né le 29 mars 1959 à Istanbul, Turquie) est un docteur en économie et occupe en 2009 un poste de professeur d'économie au Stern School of Business de l'Université de New York1. Il est aussi président du RGE Monitor, un groupe de consultants économiques spécialisé en analyse financière.

 

Dans cet article qu’il vient tout juste de publier sur « Projet Syndicate », il explique notamment :
- pour quelles raisons irréfutables la Grèce doit quitter l’euro ;
- et les bienfaits qu’elle en retirera assez rapidement, certes après une période de crise, mais une crise qui sera nettement moins longue et douloureuse que ce qui l’attend sinon.

 

Voici l’intégralité de son article traduit en français :

« LA GRÈCE DOIT QUITTER L’EURO

La tragédie grecque de l’euro en est au dernier acte : il semble évident que le risque est élevé que la Grèce cesse d’honorer sa dette cette année ou l’an prochain en même temps qu’elle quitte la zone euro.

Le fait de remettre la sortie de zone après l’élection de juin d’un nouveau gouvernement en faveur d’une variante des mêmes politiques inopérantes (l’austérité amplificatrice de récession et les réformes structurelles) ne fera pas revenir la croissance et la compétitivité. La Grèce est prisonnière d’un cercle vicieux d’insolvabilité, de perte de compétitivité, de déficits externes et d’une dépression qui prend de plus en plus d’ampleur. La seule façon de sortir de cette crise consiste d’instaurer un processus ordonné de sortie de zone et de défaut de paiement, coordonné et financé par la Banque centrale européenne, l’Union européenne et le Fonds monétaire international (la « Troïka »), et qui réduira au minimum les dégâts collatéraux pour la Grèce et le reste de la zone euro.

 

Le dernier montage financier pour la Grèce, assuré par la Troïka, a donné un allègement de dette beaucoup moins élevé que ce dont le pays a besoin. Quand bien même la dette publique bénéficierait d’un allègement beaucoup plus conséquent, le retour de la croissance la Grèce serait impossible sans un rétablissement rapide de sa compétitivité. Or, sans le retour de cette même croissance, son endettement demeurera à un niveau insoutenable. En revanche, toutes les options qui rétabliraient la compétitivité passent par une dévaluation de la valeur réelle de sa monnaie.

 

La première option, un affaiblissement prononcé de l’euro, est hors de question, étant donné la robustesse de l’économie allemande et la politique d’assouplissement plus que modeste des conditions monétaires de la BCE. Il est cependant tout aussi improbable qu’une réduction rapide des coûts unitaires de main-d’œuvre, découlant des réformes structurelles, pousse la croissance de la productivité au-delà des augmentations salariales. L’Allemagne a pris dix ans pour redevenir concurrentielle ; un luxe que la Grèce ne peut se payer, ne pouvant rester en dépression pendant une décennie. De même, une baisse subite des prix et des salaires, qu’on appelle aussi une « dévaluation interne », mènerait tout droit à cinq années de dépression qui ne cesse de s’empirer.

Puisque aucune de ces trois options n’est viable, la sortie de la zone euro est la seule voie qui reste. La compétitivité et la croissance seraient rapidement rétablies par un retour à la monnaie nationale, accompagné d’une forte dévaluation.

 

Évidemment, le processus ne se fera pas sans heurts – et pas uniquement pour la Grèce. Les pertes en capital des institutions financières du cœur de la zone euro demeurent le problème le plus important. Du jour au lendemain, la dette étrangère en euro du gouvernement de la Grèce, des banques et des sociétés augmenterait en flèche. Pourtant ces problèmes ne sont pas insurmontables. L’Argentine s’en est sortie en 2001, quand elle a converti en pesos ses dettes exprimées en dollar. Les États-Unis ont fait quelque chose du genre en 1933, par une dépréciation du dollar de 69 % et l’abandon de l’étalon-or. Une « drachmatisation » du même ordre des dettes euro pourrait bien être nécessaire et inévitable.

Les pertes que les banques de la zone euro devront essuyer seraient maîtrisables, si les banques bénéficiaient d’un renflouement adéquat et substantiel. Pour éviter une implosion après coup du système bancaire grec, il faudra sans doute instaurer des mesures temporaires, comme des gels des dépôts et des contrôles des capitaux, pour éviter une vague chaotique de retraits. Le Fonds européen de stabilité financière et le Mécanisme européen de stabilité (FESF/MES) devront diriger la recapitalisation nécessaire des banques grecques par des apports directs en capital. Ce qui revient à une prise en charge effective du système bancaire grec par les contribuables européens, qui ne serait cependant qu’une contrepartie partielle des pertes imposées sur les créanciers par la conversion en drachme des créances grecques.

 

La Grèce devra aussi restructurer et resserrer d’un cran sa dette publique. La valeur nominale des créances de la Grèce auprès de la Troïka ne doit pas forcément être réduite, mais l’échéance de la dette doit être reportée d’une autre décennie et son intérêt réduit. Les créances détenues par le secteur privé doivent subir de nouvelles coupes, en commençant par un gel des paiements d’intérêts.

 

Certains avancent que le fléchissement du PIB réel de la Grèce serait encore plus raide dans un scénario de sortie qu’en galère déflationniste. Mais cette logique ne tient pas, car même en déflation, le pouvoir d’achat baisse et la valeur réelle de la dette s’agrandit (comme le laisse entendre la théorie de la déflation de la dette), à mesure que la dévaluation réelle s’installe. Mais surtout, la trajectoire de sortie rétablirait sur le champ la croissance, par le biais d’une dévaluation des valeurs nominales, mais aussi réelles, évitant une dépression échelonnée sur dix ans. Et les pertes des échanges commerciaux de la zone euro causées par la dévaluation de la monnaie grecque seront modérées, étant donné que la Grèce ne compte que pour 2 % du PIB de la zone euro.

 

La réintroduction de la monnaie risque de faire dévaluer la drachme en dessous du taux de change requis pour restaurer la compétitivité, ce qui exercerait des tensions inflationnistes et imposerait de plus grandes pertes sur la dette extérieure convertie en drachme. Pour minimiser ce risque, les réserves de la Troïka actuellement consacrées au renflouement de la Grèce devraient servir à contenir l’emballement de la dévaluation ; en conjonction aux contrôles des capitaux.

 

Ceux qui prétendent que la sortie de la Grèce contaminera les autres pays sont aussi en déni. Les autres pays périphériques sont déjà confrontés à des problèmes à la grecque de viabilité et d’érosion de compétitivité. Le Portugal, par exemple, devra éventuellement restructurer sa dette et abandonner l’euro. Les économies en manque de liquidités, mais éventuellement solvables, comme l’Italie et l’Espagne, auront besoin de l’appui de l’Europe peu importe si la Grèce quitte ou non ; en fait, sans cet apport en liquidité, il est fort probable qu’une chute de la valeur de la dette publique italienne et espagnole se déclenche par elle-même.

 

En plus des apports en liquidité de la BCE, les nouveaux fonds officiels considérables du FMI, de la BCE et du MSE mis à disposition de ces pays permettront d’endiguer le mal et de protéger les banques des autres pays périphériques vulnérables de la zone euro. Quoi que la Grèce fasse, il est urgent de recapitaliser les banques de la zone euro, qui ont besoin d’un nouveau programme d’apports directs de capitaux dans toute l’Union européenne.

 

Comme en témoigne ces 20 dernières années l’expérience de l’Islande et d’un bon nombre de marchés émergents : une dévaluation nominale et une restructuration ordonnée accompagnée d’une réduction de la dette extérieure peuvent ramener la dette à un niveau plus supportable et rétablir la compétitivité comme la croissance. Les dommages indirects pour la Grèce d’une sortie de la zone euro seront non négligeables, mais, comme dans ces cas, peuvent être contenus.

 

Dans un mariage en détresse, il est préférable de se fier à des règles fixées d’avance pour l’inévitable divorce, ce qui en réduit le coût pour les deux parties. Ne nous méprenons pas : une sortie disciplinée par la Grèce de la zone euro sera forcément douloureuse sur le plan économique. Mais le spectacle d’une lente implosion erratique de l’économie et de la société grecque pourrait être encore plus pénible à observer.

 

Traduit par Pierre Castegnier »

CONCLUSION

On notera que l’économiste américain se place dans le cadre d’une Union européenne continuant de survivre et qu’il invoque le rôle du FESF et du MES. C’est à mon avis très hypothétique puisque la sortie de la Grèce de l’euro pourrait entraîner des conséquences en cascade dans toute l’UE, non seulement dans les domaines monétaire et financier mais aussi politique et juridique.

 

Mais 4 points de son analyse sont spécialement intéressants à relever :

1°)- il explique que les mesures correctrices envisagées actuellement ne peuvent en aucun cas sauver la Grèce : la rigueur entraîne la récession et ne permet pas d’améliorer la compétitivité, ce qui rend insurmontable le remboursement de la dette.

 

2°)- il cite nommément l’Argentine et l’Islande comme modèles dont on peut s’inspirer, et il évoque aussi « bon nombre de marchés émergents »

 

3°)- il souligne que, certes, « la dette étrangère en euro du gouvernement de la Grèce, des banques et des sociétés augmenterait en flèche. » Mais il réfute cet argument des européistes dans des termes exactement comparables à ceux que j’ai déjà développés moi-même plusieurs fois lorsque j’ai été interrogé dessus

 

À savoir que « ces problèmes ne sont pas insurmontables. L’Argentine s’en est sortie en 2001, quand elle a converti en pesos ses dettes exprimées en dollar. Les États-Unis ont fait quelque chose du genre en 1933, par une dépréciation du dollar de 69 % et l’abandon de l’étalon-or. Une « drachmatisation » du même ordre des dettes euro pourrait bien être nécessaire et inévitable. »

 

En d’autres termes, cette fameuse objection de la dette croissante convertie en euros n’a de sens que si l’État souverain l’accepte. Si l’État souverain décide au contraire d’imposer souverainement aux créanciers un changement de la monnaie de remboursement, ce problème disparaît. C’est tout simplement l’affaire d’un rapport de force et les exemples historiques invoqués par l’un des plus grands


économistes de la planète sont là pour illustrer que tout est toujours possible pour un peuple qui a décidé de prendre en main ses destinées.

 

4°)- enfin, Nouriel Roubini avoue que « les pertes en capital des institutions financières du cœur de la zone euro demeurent le problème le plus important. »

C’est bien l’aveu que la sortie de l’euro pose bien plus de problèmes aux banques qu’aux peuples….

On s’en doutait, n’est-ce pas ?

à lire également

Source : U.P.R.

Par François Asselineau - Publié dans : Economie - Communauté : Blog citoyen en Haute-Garonne
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Samedi 19 mai 2012 6 19 /05 /Mai /2012 07:48

par Alfredo Jalife-Rahme


Pour Alfredo Jalife, la mise au pouvoir de Nicolas Sarkosy en France aura considérablement affaibli l’Europe et renforcé l’axe Tel Aviv-Londres-Wasington. Alors qu’un nouvel équilibre géopolitique mondial se dessine autour des voies d’acheminement du gaz, les nations européennes sauront-elles saisir l’opportunité qui se dessine dans de nouvelles alliances, et surtout, résisteront-elles aux stratégies mises en œuvre par le camp israélo-anglo-saxon ?

Réseau Voltaire | Mexico (Mexique) | 18 mai 2012
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Les catégories gauche-droite ne suffisent pas à rendre compte de la crise terminale de la globalisation financière dévorante, en cette étape où les plus radicaux, aux deux extrêmes du spectre politique, se retrouvent dans un même effort pour défendre les nations menacées de mort.

 

C’est ainsi que le radicalisme de droite et de gauche partagent au nom du nationalisme une triple aversion envers l’euro, rejetant l’austérité façon Merkel (fiscalisme castrateur au profit de la bancocratie parasitaire) et les recettes caduques du FMI, dont les dysfonctionnements s’accentuent.

 

Le Today’s Zaman (8/5/12) conclut de tout cela que la victoire de F. Hollande peut déboucher sur un coup d’arrêt à la politique d’austérité qui assombrit l’Europe depuis des années. Les électeurs ont trouvé trop amère la pilule administrée sans ménagements par Sarkozy « l’Américain ».

 

Quant au Wayne Madsen Report (7/5/12), il souligne la dimension européenne de la révolte citoyenne, en faisant remarquer la simultanéité de plusieurs phénomènes : pour les Français, désormais, « austérité » résonne comme un anathème ; en Serbie, c’est le parti socialiste, celui de feu Milosevic, qui décide, en totale opposition avec le FMI, qui doit gouverner ; en Grèce, on voit ressurgir à la fois l’extrême gauche et les néo-fascistes : c’est l’adieu aux partis pro-austérité ; en Italie, on s’attend à ce que la gauche anti-euro gagne les élections, tandis que les partis de droite tendent à disparaître du paysage politique ; en Allemagne, c’est le centre-gauche qui va former le gouvernement, à partir de la défaite de Merkel au Schleswig-Holstein ; et on peut ajouter qu’en Angleterre, le parti conservateur de David Cameron (allié de Merkel et chaud partisan de l’austérité pour les voisins) se retrouve fort humilié par le résultat des élections municipales.

 

Enfin, selon le Global Europe Anticipation Bulletin, Sarkozy, l’éphémère conquérant pétrolier de Benghazi, subit une putréfaction galopante : GEAB (16/4/12) ne cite pas moins de 11 méga-scandales relevant de l’escroquerie financière, sur lesquels la justice se penche, le plus spectaculaire étant le fait d’avoir fait financer sa campagne électorale précédente par Kadhafi lui-même, qui se venge en ce moment depuis l’au-delà.

 

Dans le résultat des élections françaises, GEAB discerne une révolte de la province contre les élites parisiennes. De fait, le PS l’a emporté à Paris, mais son succès repose en partie sur la fronde de la France profonde : la conjugaison des sarkophobies de Marine Le Pen (l’extrême droite), de François Bayrou (le centre-droit), et de Jean-Luc Mélenchon (l’extrême-gauche). GEAB fustige le désert intellectuel d’élites mercenaires et castrées. Mais le décervelage efficacement lubrifié, n’est-ce pas là justement un effet de la dévoration par le financiarisme globalisé ?

 

Il prédit que Merkel, qui dépend du soutien du Parti Social-démocrate et des Verts, sera forcée d’accepter le nouveau pacte de croissance de Hollande. Il entrevoit, pour la fin de l’année, le lancement de bons en euros et d’un emprunt public superlatif (l’emprunt Charlemagne) pour la zone euro, à hauteur de 500 milliards d’euros à 10 ans, avec un taux d’intérêt de 5 %, garanti par le système monétaire européen, avec deux objectifs : diminuer le niveau de la dette dans la zone euro en-dessous du seuil de 30 % de la dette souveraine, afin de marginaliser l’influence des marchés financiers internationaux contrôlés par Wall Street et la City, et stimuler la croissance de la zone euro au moyen d’investissements structurels en infrastructures (transport public, éducation, recherche, santé, etc)... juste le contraire de ce que recommande le néolibéralisme.

 

Il considère à juste titre que la victoire de Hollande va relancer l’attaque anglo-saxonne contre les pays vulnérables de la zone euro, les « PIGS » méprisés (Portugal, Italie, Irlande, Grèce, Espagne) alors même que la situation financière et économique de la Grande-Bretagne ne cesse de se détériorer (la récession s’aggrave sur les deux plans), et que le mirage de la reprise aux USA se dissipe.

 

En effet, les deux premières années, sous F. Hollande, verront s’affirmer la tendance gaulliste à l’échelle européenne (ou mitterandiste-gaulliste), c’est-à-dire la priorité stratégique donnée à l’indépendance en matière de politique étrangère ; et une nouvelle voie va s’ouvrir, celle d’une association avec les pays du BRICS. Mais la triade israélo-anglo-saxonne va-t-elle laisser la bride sur le cou aux indociles ?

 

La presse anglo-saxonne, dont The Economist, a relayé le « laissez-faire » d’Obama, et l’on connaît la consternation d’Israël face à la perte de son allié Sarkozy (voir DEBKA 7/5/12, qui s’est exprimé de façon obscène contre Hollande).

GEAB traite par le mépris le prochain sommet du G 20 à Los Cabos (qui, à mon avis, sera étroitement contrôlée par le financiarisme israélo-anglo-saxon), mais accorde une énorme importance au suivant, qui se tiendra à Moscou l’année prochaine, où l’on verra nettement les points de convergence Europe-Brics à l’échelle internationale (réforme du FMI et du Conseil de sécurité de l’ONU), et tout particulièrement la réforme de fond du système monétaire international (substitution du dollar US comme devise de réserve), ce qui va sérieusement aider à la gouvernabilité du monde, lorsqu’on en sera à la phase de post-crise.

 

GEAB considère donc, dans une perspective géopolitique qui embrasse depuis le niveau local jusqu’à l’OTAN et ses alternatives, que l’élection de F. Hollande, un socialo-gaulliste en son genre, est plus importante que les élections US, où le système politique souffre d’une paralysie générale.

 

À son avis, on assiste au début d’une série de soulèvements stratégiques qui vont toucher l’Europe, et qui vont donner un coup d’accélérateur aux changements géopolitiques en cours, à l’échelle du monde, depuis 2008. Même si la France est un pays moins puissant que les USA, elle occupe une position stratégique en Europe et dans le monde, ce qui lui confère un rôle prépondérant pour la suite.

 

Il faut rappeler que F. Hollande a déclaré sans ambages son intention d’explorer activement la possibilité d’association avec les BRICS, ce qui implique une rupture consommée avec l’intégration « charnelle » (comme disait le président Menem en Argentine avant la crise financière qui a ruiné son pays) si ardemment pratiquée par Sarkozy, dans l’axe Washington-Tel Aviv.

 

Or les cercles euro-centrés ajoutent au BRICS un I de plus, celui de l’Indonésie, qui a la plus grande population musulmane du monde, et qui est une puissance énergétique. L’importance géostratégique de l’Indonésie, Obama l’évalue fort bien, de même que l’ex-sous-directeur du Pentagone Paul Dunde Wolfowitz, le défenestré qui reste le tzar des néoconservateurs straussiens, et fait partie du système du népotisme bushien.

GEAB souffre d’un certain franco-centrisme, certes, et d’un angélisme certain, face aux projets de balkanisation maligne de la triade israélo-anglo-saxonne.

 

Mais d’un autre côté, mes sources européennes m’assurent que le Vatican voit d’un très bon œil le rapprochement catholique avec le BRICS, afin d’en finir avec le paganisme hyper-matérialiste de la pernicieuse spéculation financiariste, celui des Shylocks post-modernes des deux côtés de l’Atlantique nord.

Traduction
Maria Poumier

Source
La Jornada (Mexique)
#La Jornada (Mexique)

 

Source : « Après Sarkosy ? La révolte contre l’Euro et l’alliance avec les BRICS ? », par Alfredo Jalife-Rahme, Traduction Maria Poumier, La Jornada (Mexique), Réseau Voltaire, 18 mai 2012, www.voltairenet.org/a174210

Par Alfredo Jalife-Rahme - Publié dans : Notes de lecture - Communauté : Blog citoyen en Haute-Garonne
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