Dimanche 3 juin 2012 7 03 /06 /Juin /2012 08:25
par Thierry Meyssan

Les Occidentaux n’ayant jamais tort, il est peu probable qu’ils reconnaîtront s’être trompé à propos du massacre de Houla. Mais l’important n’est pas de savoir s’ils rectifieront ou non l’image mensongère que leur propagande fabrique de la Syrie. L’important, c’est l’évolution du rapport de forces entre l’OTAN et l’OCS. Or, l’affaire de Houla montre que les Occidentaux sont incapables de savoir ce qui se passe sur place, tandis que le renseignement militaire russe n’ignore rien du terrain.

Réseau Voltaire | Damas (Syrie) | 2 juin 2012
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108 corps ont été exposés par l’Armée « syrienne » libre [1] dans une mosquée à Houla. Selon les rebelles, il s’agissait des dépouilles de civils massacrés le 25 mai 2012 par des miliciens pro-gouvernementaux, désignés sous le terme de « Shabbihas ».

 

Le gouvernement syrien est apparu complètement déstabilisé par la nouvelle. Il a immédiatement condamné la tuerie qu’il a attribuée à l’opposition armée.

 

Alors que l’agence de presse nationale, SANA, ne parvenait pas à donner des précisions avec certitude, l’agence de presse catholique syrienne, Vox Clamantis, a publié sans délai un témoignage sur une partie des événements accusant formellement l’opposition [2]. Cinq jours plus tard, la chaine russe d’information continue Rossiya 24 (ex-Vesti) a diffusé un reportage très circonstancié de 45 minutes qui reste à ce jour l’enquête publique la plus détaillée [3]

 

Les États occidentaux et du Golfe, qui œuvrent à un « changement de régime » en Syrie et ont déjà reconnu l’opposition comme interlocuteur privilégié, ont adopté la version des événements fournie par l’ASL sans attendre le rapport de la Mission d’observation des Nations Unies (UNSMIS). À titre de sanction, la plupart d’entre eux ont mis en œuvre une mesure préparée en cas de besoin : l’expulsion des ambassadeurs syriens de leurs pays respectifs. Cette mesure politique ne vaut pas rupture des relations diplomatiques, le reste du personnel diplomatique syrien restant accrédité sur place.

 

Le Conseil de sécurité des Nations Unies a adopté une déclaration présidentielle condamnant le massacre sans désigner de coupable. Il a en outre rappelé le gouvernement syrien à ses responsabilités, à savoir protéger sa population avec des moyens proportionnés, c’est-à-dire sans recours à des armes lourdes [4].

 

Au contraire, le Haut-commissaire aux Droits de l’homme, Navi Pillay, a rapporté les allégations accusant les autorités syriennes et a demandé que le dossier soit transmis à la Cour pénale internationale.

 

Le président français François Hollande et son ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius ont exprimé leur intention de convaincre la Russie et la Chine de ne pas faire obstacle à une résolution du Conseil de sécurité autorisant le recours à la force. Tandis que la presse française accuse la Russie et la Chine de protéger un régime criminel.

 

Répondant à ces mises en cause, le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Andreï Denissov, a regretté que la position française soit une « simple réaction émotionnelle », dénuée d’analyse. Il a souligné que la position constante de son pays, dans ce dossier comme dans les autres, n’était pas de soutenir un gouvernement, mais un peuple (étant entendu que le peuple syrien a plébiscité le président el-Assad lors du dernier référendum constitutionnel).

À la demande du gouvernement de Damas, la Mission d’observation des Nations Unies s’est rendue sur place. Elle a été accueillie par l’opposition qui contrôle cette zone et a pu établir divers constats destinés à l’élaboration de son rapport d’étape.

 

Lors d’une conférence de presse à usage intérieur, le président de la Commission d’enquête syrienne sur le massacre a lu un bref communiqué dévoilant les premiers éléments de l’enquête en cours. Selon lui, le massacre a été perpétré par l’opposition dans le contexte d’une opération militaire de l’ASL dans la zone.

 

Conscients que le rapport de la Mission d’observation de l’ONU pourrait se retourner contre eux, les Occidentaux ont fait créer une Commission d’enquête supplémentaire par le Conseil des Droits de l’homme de Genève qu’ils contrôlent. Celui-ci pourrait rendre rapidement un rapport pour imposer une version avant que le Mission d’observation ne rende ses conclusions.

Comment savoir ce qui s’est passé à Houla ?

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Immédiatement et sans enquête les agences de presse et les chancelleries occidentales attribuaient au gouvernement syrien la responsabilité de la tuerie.

Deux obstacles principaux entravent les enquêteurs : le gouvernement syrien a perdu le contrôle de Houla depuis plusieurs semaines. Les magistrats syriens ne peuvent donc pas se rendre sur place et si des journalistes y parviennent, ce ne peut être qu’avec l’accord et sous la surveillance rapprochée de l’ASL. Il y a cependant une exception : une équipe de Rossiya 24, la chaîne d’information continue russe, a réussi à circuler dans la zone sans escorte et a y réaliser un reportage exceptionnellement circonstancié.

 

La Commission officielle syrienne affirme avoir recueilli de nombreux témoignages, mais déclare qu’elle ne les présentera à la presse qu’une fois le rapport définitif établi. Jusque là, l’identité de ces témoins est protégée par le secret de l’instruction. Cependant, la télévision publique a diffusé plusieurs témoignages, le 1er juin.

Les enquêteurs disposent également de vidéos exclusivement fournies par l’ASL.

 

Enfin l’ASL ayant regroupé les corps dans une mosquée et ayant commencé les inhumations le lendemain même, il n’a pas été possible aux observateurs de l’ONU de procéder aux constatations médico-légales sur nombre de dépouilles.

Les conclusions du Réseau Voltaire

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Les victimes de la tuerie de Houla.

Houla n’est pas une ville, mais une zone administrative regroupant trois localité d’environ 25 000 habitants chacune. Le bourg sunnite de Tal Daw était sous contrôle rebelle depuis plusieurs semaines. L’Armée « syrienne » libre y avait imposé sa loi. L’Armée nationale sécurisait les voies de transport en tenant plusieurs postes sur des routes de la zone, mais ne s’aventurait plus hors de ces routes.

 

Des individus ont enlevé des enfants et ont tenté en vain d’extorquer des rançons [5]. En définitive, ces enfants ont été tués quelques jours avant le massacre de Houla, mais leurs corps ont été apportés par l’Armée « syrienne » libre pour être exposés avec les autres.

 

Le 24 mai au soir, l’Armée « syrienne » libre a lancé une très vaste opération pour renforcer son contrôle sur la zone et faire de Tal Daw sa nouvelle base. Pour ce faire, 600 à 800 combattants, venus de districts plus ou moins éloignés, se sont rassemblés à Rastan et Saan, puis sont allés attaquer simultanément les postes militaires. Pendant ce temps, une équipe fortifiait Tal Daw en y installant cinq batteries de missiles anti-tanks et épurait la population en éliminant quelques habitants.

 

Les premières victimes à Tel Daw furent une dizaines de personnes apparentées à Abd Al-Muty Mashlab —un député du parti Baas fraîchement élu, devenu secrétaire de l’Assemblée nationale— ; puis la famille d’un officier supérieur, Mouawyya al-Sayyed. Les cibles suivantes furent des familles d’origine sunnite qui s’étaient converties au chiisme. Parmi les victimes figurent la famille de deux journalistes de Top News et New Orient News, des agences de presse membres du Réseau Voltaire.

 

Seule une des positions de l’Armée nationale étant tombée, les assaillants ont changé de stratégie. Ils ont transformé leur défaite militaire en opération de communication. Ils ont attaqué l’hôpital Al-Watani, qu’ils ont brûlé. Ils ont transporté des corps pris à la morgue de l’hôpital et ceux de diverses victimes à la mosquée, où ils les ont filmés.

La théorie d’un massacre unique commis par des miliciens pro-gouvernementaux ne résiste pas aux faits. Il y a eu des combats entre loyalistes et rebelles, ainsi que plusieurs massacres de civils pro-gouvernementaux par des rebelles. Puis, une mise en scène a été organisée par l’Armée « syrienne » libre en mélangeant des cadavres d’origine différentes, correspondants à des décès survenus durant plusieurs jours.

 

Au demeurant, l’existence des « Shabbihas » est un mythe. Il y a certainement des individus favorables au gouvernement qui se sont armés et peuvent commettre des vengeances, mais il n’existe aucune structure, aucun groupe organisé qui puisse être qualifié de milice pro-gouvernementale.

Implications politiques et diplomatiques

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L’ambassadrice de Syrie Lamia Chakkour.

L’expulsion des ambassadeurs syriens par les États occidentaux est une mesure qui a été préparée bien à l’avance pour être coordonnées. Les Occidentaux attendaient un massacre de ce type pour la mettre en œuvre. Ils ont ignoré les très nombreux massacres précédents car ils savaient qu’ils avaient été commis par l’Armée « syrienne » libre, et ils se sont emparés de celui-ci en croyant qu’il avait été perpétré par des miliciens pro-gouvernementaux.

 

L’idée d’une expulsion coordonnée n’a pas été imaginée à Paris, mais à Washington. Paris avait donné son accord de principe sans examiner les implications juridiques. Dans la pratique Lamia Chakkour est également ambassadrice de Syrie près l’Unesco, elle ne peut donc être expulsée du territoire français en vertu de l’Accord de siège. Et même si elle n’était plus accréditée à l’Unesco, elle ne pourrait être expulsée car elle a la double nationalité franco-syrienne.

Les expulsions ont été coordonnées par Washington pour créer l’illusion d’un mouvement général, de manière à faire pression sur la Russie. En effet, les États-Unis cherchent à tester le nouveau rapport de force international, à évaluer les réactions russes, et à savoir jusqu’où ils peuvent aller.

 

Toutefois le choix du massacre de Houla est une erreur tactique. Washington s’est saisi de cette affaire sans en vérifier les détails et en pensant que personne ne pourraient les vérifier. C’est oublier qu’en quelques mois, Moscou a investi le pays. Plus de 100 000 Russes résident désormais en Syrie. Ils n’ont bien sûr pas simplement déployé un système high tech de protection anti-aérienne pour décourager l’OTAN de bombarder la Syrie ; ils ont aussi installé des unités de renseignement incluant des militaires capables de se déplacer dans les zones rebelles. En l’occurrence, Moscou est parvenu à faire la lumière sur les faits en quelques jours. Ses spécialistes ont réussi à identifier les 13 membres de l’ASL coupables de cette tuerie, et ils ont transmis leurs noms aux autorités syriennes. Dans ces conditions, non seulement Moscou ne s’est pas laissé impressionné, mais a durci sa position.

 

Pour Vladimir Poutine, le fait que les Occidentaux aient voulu faire du massacre de Houla leur symbole montre qu’ils ne maîtrisent plus la réalité de terrain. Ayant retiré les officiers qui encadraient au sol l’Armée « syrienne » libre, les Occidentaux ne disposent plus que des renseignements de leurs drones et de leurs satellites pour observer ce qui se passe. Ils deviennent vulnérables aux mensonges et aux vantardises des mercenaires qu’ils ont envoyé sur place.

Vu de Moscou, ce massacre n’est qu’une tragédie parmi bien d’autres que les Syriens endurent depuis un an. Mais son instrumentation hâtive par les Occidentaux montre que ceux-ci n’ont toujours pas élaboré de nouvelle stratégie collective depuis la chute de l’Émirat islamique de Baba Amr. En définitive, ils avancent au juger et ont donc perdu l’avance qui permet au joueur d’échec de l’emporter.

[1] Le Réseau Voltaire a choisi de transcrire ASL en plaçant « syrienne » entre guillemets pour souligner que cette milice est largement composée d’étrangers, et que son commandement n’est pas syrien.

[2] « Fractionnements irréversibles en Syrie ? », Vox Clamantis, 26 mai 2012.

[3] Global Research a traduit en anglais la retranscription d’extraits de cette émission. Voir : “Opposition Terrorists "Killed Families Loyal to the Government"”, Voltaire Network, 1er juin 2012.

[4] « Syrie : que dit le Conseil de sécurité ? », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 28 mai 2012.

[5] C’est actuellement le principal problème sécuritaire dans le pays. Beaucoup de voyous qui avaient été recrutés pour grossir les rangs de l’Armée « syrienne » libre ont été démobilisés faute de poursuite du financement. Restés en possession des armes fournies par les Occidentaux, ils se livrent à du grand banditisme, principalement des enlèvements contre rançon
Source : « L’affaire de Houla illustre le retard du renseignement occidental en Syrie », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 2 juin 2012, www.voltairenet.org/a174447
Par Thierry Meyssan - Publié dans : Syrie - Communauté : Blog citoyen en Haute-Garonne
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Samedi 2 juin 2012 6 02 /06 /Juin /2012 08:37

http://aline.dedieguez.pagesperso-orange.fr/tstmagic/1024/fond_manuel.jpgDernière mise en ligne sur le site de Manuel de Diéguez


 
http://www.dieguez-philosophe.com /

- Quelques propositions pour un réveil cérébral de l'Europe , 3 juin 2012

En 1945, les Etats-Unis ont remporté une victoire militaire, politique et morale qui les a fait bénéficier pour un siècle entier des rubans et du rang d'un "délivreur" du monde, donc d'un missionnaire chargé de porter le flambeau d'une démocratie en voie d'universalisation apostolique. Mais la vocation de héraut de la Vérité, de la Justice et du Bien sur toute la terre habitée renvoie au casse-cou où se brisent les héros précipités dans les tourbillons de l'Histoire sainte. Depuis lors, le monde semble vivre sous le sceptre d'un surnaturel mal estampillé: il s'agit d'un avatar de la sotériologie religieuse traditionnelle, il s'agit d'un salut camouflé en épopée politique, il s'agit d'une rédemption vocalisée par des abstractions verbifiques.

….

La suite ici

Par Manuel de Dieguez - Publié dans : Religions, philosophie, culture - Communauté : Blog citoyen en Haute-Garonne
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Samedi 2 juin 2012 6 02 /06 /Juin /2012 08:34

Selon des témoins les victimes du carnage de Houla, le 25 mai 2012, étaient toutes de confession chiite [Alaouite]. Les hommes qui auraient perpétré ce carnage l’auraient attribué ensuite aux forces de sécurité de Bachar El Assad. (SC)


1er juin 2012

Dès lors qu’en Occident on se sert du massacre de Houla, une localité proche de Homs, comme prétexte pour condamner le gouvernement syrien, nous tenons à révéler au monde entier que les victimes de ce massacre appartenaient toutes à la communauté chiite.

 

Deux cents hommes armés, commandés par deux membres de la famille al-Ekésh, ont perpétré des massacres contre des familles chiites du village de Teldo, à proximité de Houla dans la province de Homs. Cette région, qui se trouve à 32 km au nord-ouest de Homs, ainsi que tous ses environs, est entièrement sous la domination des bandes armées.

 

93 personnes, dont 32 enfants, ont été ligotées puis égorgées avant d’être photographiées et les images ont été ensuite livrées à la chaîne al-Jazeera.

 

Ce sont ces mêmes hommes armés qui ont mis le feu à l’hôpital national de Houla, le détruisant entièrement, ainsi qu’à l’Hôtel de ville et à nombre de maisons appartenant à des familles de confession chiite, d’après le témoignage des habitants de la région.

 

Le jour même, un groupe de plus de 250 hommes armés a envahi des maisons dans le village de Shomayra, banlieue de Homs, dans la région de Qusseyr, brûlant les maisons et massacrant 12 personnes toutes appartenant à la communauté alaouite ; un massacre donc à caractère purement confessionnel ; le but de ces massacres étant d’attiser la haine confessionnelle. Pour preuve : certaines voix s’élèvent pour appeler à la création d’un califat musulman en Syrie et dans toute la région...

 

Certains appellent au bombardement de la Syrie par l’OTAN ; d’autres à une guerre confessionnelle, sur la base du wahabisme, appelant à anéantir, tuer, expulser, brûler et violer les autres confessions au sein de la patrie. Ils demandent à vider le pays de ses deux communautés chrétienne et alaouite les accusant d’être les instruments du pouvoir...

 

Les vrais croyants sont exempts de ce genre de crimes.

Mais comme l’Occident fait du massacre de Houla un prétexte pour intervenir, frapper notre pays, nous tenons à faire savoir au monde entier que les martyrs de Houla appartiennent tous à la communauté chiite.

Maintenant que vous connaissez la vraie identité confessionnelle des personnes massacrées allez-vous cesser de pleurer ?

 

Bassam Ali
al-Akhbar (quotidien libanais )

Traduit de l’arabe par AM et HN pour silviacattori.net

Source :
http://www.tayyar.org/Tayyar/News/PoliticalNews/ar-LB/houla-pb-63042283111.htm

Par Bassam Ali - Publié dans : Syrie - Communauté : Blog citoyen en Haute-Garonne
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Samedi 2 juin 2012 6 02 /06 /Juin /2012 08:11
 Le bassin du Levant et Israël - une nouvelle donne géopolitique ?

La découverte récente d’importants gisements de gaz et de pétrole en Méditerranée orientale modifie radicalement l’équation géopolitique dans la région et même bien au-delà. En effet, c’est l’occasion pour Israël de passer de la dépendance à la souveraineté énergétique, alors que le Liban revendique avec le soutien de Washington une partie de ce gaz qui se trouve dans ses eaux territoriales. William Engdahl explore les implications de cette évolution clé, qui est un des motifs principaux de la déstabilisation de la Syrie par le Qatar et les Occidentaux.

Réseau Voltaire | Francfort (Allemagne) | 29 mai 2012
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L’exploitation du champ de gaz naturel de Tamar a commencé. Il devrait approvisionner Israël à partir de la fin 2012.

Les récentes découvertes de gisements de pétrole et de gaz, non pas importants mais immenses, situées dans une partie auparavant peu explorée de la mer Méditerranée (entre la Grèce, la Turquie, Chypre, Israël, la Syrie et le Liban), suggèrent que la région pourrait devenir un « nouveau Golfe persique ». Comme ce fut le cas pour l’« autre » Golfe persique, la découverte de ces richesses en hydrocarbures pourrait bel et bien devenir synonyme d’une terrible malédiction géopolitique pour la région.

 

Les conflits historiques du Proche-Orient pourraient bientôt êtres supplantés par de nouvelles batailles pour l’accès aux ressources pétrolières et gazières de la Méditerranée orientale, du bassin du Levant et de la mer Egée. Nous étudierons dans un premier temps les conséquences de la découverte d’un gigantesque gisement offshore de gaz et de pétrole au large d’Israël. Dans un second article, nous verrons les implications des découvertes de gaz et de pétrole dans la mer Égée, entre Chypre, la Syrie, la Turquie, la Grèce et le Liban.

Un léviathan israélien

Ce qui a tout fait basculer, ce fut une découverte spectaculaire, dans ce que les géologues appellent le bassin du Levant. En octobre 2010, Israël a trouvé un gigantesque méga-gisement offshore de gaz naturel dans ce qu’il estime être sa Zone Économique Exclusive (ZEE).

 

Cette découverte se situe à 135 km environ à l’ouest du port de Haïfa et à 5 km de profondeur. Cette poche a été appelée « Léviathan » en référence au monstre marin biblique. Trois compagnies d’énergie israélienne en coopération avec la compagnie texane Noble Energy ont annoncé des premières estimations à auteur de 450 milliards de mètres cubes — ce qui en fait la plus importante découverte de gaz en eau profonde des dix dernières années—, discréditant un peu plus les théories malthusiennes autour du « pic pétrolier » qui prétendent que la planète est sur le point de connaître de terribles pénuries structurelles en matière de pétrole, de gaz et de charbon. Pour se faire une idée, le gisement de gaz Léviathan représenterait des réserves suffisantes pour approvisionner Israël en gaz pendant un siècle [1].

L’autosuffisance énergétique était inimaginable pour l’État d’Israël depuis sa fondation en 1948. D’importantes explorations pour le pétrole et le gaz avaient été entreprises à plusieurs reprises, mais n’avaient pas donné de résultats. Contrairement à ses voisins arabes riches en sources d’énergie, Israël voyait cette chance lui échapper. Mais en 2009, Noble Energy, le partenaire d’Israël pour la prospection, a découvert dans le bassin du Levant le gisement de Tamar, à quelques 80km à l’ouest du port de Haïfa, recelant environ 238 milliards de mètres cubes de gaz naturel de la plus haute qualité. Tamar fût la plus grande découverte mondiale de gaz en 2009.

 

À l’époque, le total des réserves de gaz israéliennes était estimé à seulement 45 milliards de mètres cubes. Les estimations de Tel-Aviv prévoyaient que l’exploitation de Yam Tethys, qui fournit environ 70 % du gaz naturel du pays, serait épuisée dans les trois ans.

 

Grâce à Tamar, les perspectives se sont largement améliorées. Puis, un an après seulement, Noble Energy a fait sa plus importante découverte depuis sa création des dizaines d’années auparavant avec Léviathan, toujours dans ce même bassin géologique du Levant [2]. En matière de gaz, Israël est passé de la disette à l’opulence en l’espace de quelques mois.

 

Avec les découvertes de Tamar, puis de Léviathan, Israël commença à se demander comment il pourrait devenir une nation de premier plan en matière d’exportation de gaz naturel et aussi comment récolter des taxes sur les revenus des produits pétroliers et gaziers afin de constituer un fond souverain qui investirait à long terme dans l’économie nationale comme le font la Chine et de nombreux pays arabes de l’OPEP [3].

« La zone du bassin du Levant est à l’image des grandes régions d’exploitation à travers le monde », a souligné un porte-parole du Programme ressources énergétiques de l’Institut d’études géologiques des États-Unis (US Geological Survey ou USGS), « ses ressources en gaz sont plus importantes que tout ce que nous avons connu aux États-Unis » [4].

 

Pressentant peut-être que ces découvertes majeures d’hydrocarbures pouvaient bouleverser les équilibres géopolitiques de toute la région, l’USGS a initié une première estimation des réserves de pétrole et de gaz de la région Méditerranée orientale (comprenant le bassin égéen au large des côtes grecques, turques et chypriotes, le bassin du Levant au large des côtes du Liban, d’Israël et de la Syrie, et le bassin du Nil au large des côtes égyptiennes). Dire que leurs conclusions furent impressionnante tient de l’euphémisme.

 

L’USGS, en s’appuyant sur les données des forages antérieurs et des études géologiques dans la région a conclu que « les ressources pétrolières et gazières du bassin du Levant étaient estimées à 1,68 milliards de barils de pétrole, et 3 450 milliards de mètres cubes de gaz ». En outre, selon ses estimations, « les ressources non découvertes de pétrole et de gaz de la province du bassin du Nil (délimité par le cône du Nil à l’ouest, par Strabon, au nord, par les failles de Pytheus et de Chypre à l’est et par le bassin du Levant au sud) sont estimés à environ 1,76 milliards de barils de pétrole et 6 850 milliards de mètres cubes de gaz naturel » [5].

 

L’USGS a évalué le total pour la Méditerranée orientale, dans son ensemble, à 9 700 milliards de mètres cubes de gaz et à 3,4 milliards de barils de pétrole. Soudainement, la région est confrontée à de tous nouveaux conflits potentiels et défis géopolitiques.

 

Pour mettre ces chiffres en perspective, l’USGS estime que le bassin de Sibérie occidentale - le plus grand bassin de gaz connu - recèle 18 200 milliards de mètres cubes de gaz. En outre, le Proche-Orient et l’Afrique du Nord possèdent plusieurs régions riches en gaz naturel, comprenant le bassin du Rub Al-Khali (12 062 milliards de mètres cubes de gaz) dans le Sud-Ouest de l’Arabie saoudite et le Yémen du Nord ; autours de Ghawar (Great Ghawar Uplift) dans l’Est de l’Arabie saoudite (6 427 milliards de mètres cubes) et dans la chaine plissée du Zagros (6 003 milliards de mètres cubes) le long du Golfe persique en Irak et en Iran [6].

 

Quelques mois auparavant, la priorité pour la sécurité nationale d’Israël était de garantir ses approvisionnements étrangers, du fait de la diminution inquiétante de sa production de gaz domestique. À cette crise énergétique s’ajoutait les manifestations du soit-disant « printemps arabe », qui ont secoué l’Égypte et la Libye début 2011. Elles ont conduit au renversement du président Moubarak, dont le régime fournissait environ 40 % du gaz naturel israélien. Ceci conjugué à la levée de l’interdiction sur les partis islamiques en Égypte, notamment les Frères musulmans et le parti salafiste radical Al-Nour, ajouté au fait que le gazoduc livrant le gaz égyptien à Israël a été la cible de sabotages répétés et de perturbations — la plus récente ayant eu lieu en février de cette année dans le nord Sinaï— ne pouvait aure rendre Israël nerveux à propos de sa future sécurité énergétique [7].

La réaction Libanaise alimente de nouvelles tentions

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La découverte de Léviathan par Israël au large de ses côtes a immédiatement déclenché un nouveau conflit géopolitique, le Liban faisant valoir qu’une partie du champ gazier réside dans les eaux territoriales de sa propre Zone Économique Exclusive. Le Liban a envoyé sa réclamation à l’ONU, cartes à l’appui, ce à quoi le ministre israélien des Affaires étrangères Lieberman a répliqué : « Nous ne céderons pas d’un pouce ».

 

Ce qui cloche dans le paysage énergétique méditerranéen est le fait qu’Israël, comme les États-Unis, n’a jamais ratifié la Convention des Nations Unies de 1982 sur le Droit de la mer attribuant les droits mondiaux sur les ressources sous-marines. Les puits d’extraction israéliens du gaz de Léviathan sont clairement dans le territoire israélien, ce que ne conteste pas le Liban, mais il estime que le gisement s’étend aussi sous ses propres eaux territoriales. Le Hezbollah affirme que le champ de gaz Tamar, qui devrait commencer à fournir du gaz d’ici la fin de l’année, appartient au Liban.

 

Washington n’a pas perdu de temps pour jouer sa propre carte de politique énergétique autours du différend sur le gaz naturel entre le Liban et Israël. En juillet 2011, alors qu’Israël s’apprêtait à soumettre sa propre proposition à l’ONU relative à la ligne de démarcation maritime entre le Liban et Israël, Frédéric Hof, diplomate états-unien chargé de la Syrie et du Liban, a déclaré que son administration appuyait le document libanais, ajoutant aux tensions croissantes existantes depuis le début du « printemps arabe » entre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et le président Obama [8].

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Sheldon Adelson a été requis par Benjamin Netanyahu pour financer les républicains et faire barrage à un second mandat de Barack Obama.

M. Netanyahou aurait récemment exhorté la huitième personne la plus riche des États-Unis, son proche ami et milliardaire des casino de Las Vegas Sheldon Adelson, d’injecter directement des millions de dollars dans les campagnes électorales des républicains, y compris Newt Gingrich et Mitt Romney. Cela représente une intervention israélienne sans précédent dans la campagne présidentielles états-unienne, tout cela pour essayer d’empêcher un second mandat d’Obama [9]. Les nouvelles questions liées au contrôle des vastes réserves d’énergie découvertes au large d’Israël et du Liban, ainsi que des rives chypriotes, grecques et turques, vont jouer un rôle croissant dans une région qui est déjà l’une des plus compliquées du globe au plan politique.

(À suivre...)

Le prochain article sera consacré à d’autres complications, liées aux découvertes de pétrole et de gaz dans la mer Égée.

[1] « Big Gas Find Sparks a Frenzy in Israel », par Charles Levinson et Guy Chazan, The Wall Street Journal, 30 décembre 2010.

[2] « Israël : Leviathan détient plus de gaz que précédemment estimé » Offshore Energy Today, 19 décembre 2011.

[3] « Israël a assez de gaz pour devenir exportateur », AFP, 29 décembre 2010.

[4] US Department of the Interior, « Assessment of Undiscovered Oil and Gas Resources of the Levant Basin Province, Eastern Mediterranean », US Department of the Interior, U.S. Geological Survey Fact Sheet 2010–3014, mars-avril 2010.

[5] Ibid.

[6] Ibid.

[7] « Forecast Blackout Israel is about to run out of natural gas : Shortage expected to last at least until next year, when the Tamar gas field starts production », par Avi Bar-Eli et Itai Trilnick, Haaretz, 2 février 2012 . Voir aussi Reuters, « Blast Hits Gas Pipeline Between Egypt, Jordan, Israel », 4 février 2012.

[8] « US Backs Lebanon on Maritime Border Dispute with Israel », par Barak Ravid, Haaretz, 10 juillet 2011.

[9] « Sheldon Adelson Probe : Donations From Casino Owner Could Embarrass Republican Candidates », Reuters, 8 février 2012. Pour plus d’informations sur les liens Adelson-Gingrich-Romney-Netanyahu voir « The Bibi Connection », par Max Blumenthal, Al-Akhbar.com, 12 janvier 2012
Source : « Le bassin du Levant et Israël - une nouvelle donne géopolitique ? », par F. William Engdahl, Réseau Voltaire, 29 mai 2012, www.voltairenet.org/a174058
Par F.William Engdahl - Publié dans : Economie - Communauté : Blog citoyen en Haute-Garonne
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Vendredi 1 juin 2012 5 01 /06 /Juin /2012 22:26

Analyse du journaliste-écrivain Jean-Michel Vernochet sur les conséquences de l'exploitation médiatique du massacre de Houla.

 


Par Jean-Michel Vernochet - Publié dans : Syrie - Communauté : Blog citoyen en Haute-Garonne
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