Mercredi 8 septembre 2010
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Cher(e)ami(e)
Raymond et les marchands du temple
Les éditoriaux de Jacques Cheminade
Raymond Domenech vient d’être licencié. Ce qui aurait paru impossible il y a quelques années devient une évidence. Alors, je pense ici à d’autres, à
beaucoup d’autres qui ont imposé et continuent à imposer au monde un système bien pire que notre entraîneur national à ses Bleus.
L’économie du jeu est partout. Nicolas Sarkozy et Eric Woerth, assistés par le savoir-faire d’un brillant énarque de 32 ans, Sébastien Proto, ont fait
voter la loi qui autorise les jeux en ligne sur internet. M. Proto, directeur de cabinet de M. Woerth, est un ami proche d’Antoine Arnault, lui-même beau-fils de Patrick de Maistre, qui doit sa
Légion d’honneur au ministre du Travail. Nous pourrions ajouter, pour faire plein carton, que Mme Bernadette Chirac a intégré il y a quelques mois le conseil d’administration de LVMH, la firme de
M. Arnault père. Cette inceste entre initiés du monde de l’argent ne se limite malheureusement pas à notre pays.
Le grand jeu s’étend jusqu’à la folie absolue. Aujourd’hui, le « trading à haute fréquence », dont les ordres sont déclenchés par des
ordinateurs préprogrammés, représente au moins 30 % du volume d’activité des marchés au comptant européens et 50 % des opérations sur leurs équivalents américains. Tous les jours, quelque
4000 milliards de dollars changent de mains sur le marché des changes : il y passe en 4 jours l’équivalent de l’ensemble du commerce mondial sur une année. Les institutions financières non
bancaires et les particuliers spéculateurs s’y précipitent. Sur les Bourses, le « nouveau produit », apparu avec la réglementation MIFID de l’Union européenne, fin 2007, est le Contrat
financier pour différences (CFD) avec lequel on peut risquer 10 à 20 fois sa mise en jouant, non plus sur les titres ou produits supports eux-mêmes, mais sur l’amplitude de la variation de leurs
prix ! La folle finance est devenue bien plus folle qu’en 2007-2008.
Le mal qui en résulte, par delà l’inéluctable effondrement financier de cette pyramide, est la destruction de la personne humaine. Le joueur – trader
ou particulier - est prisonnier de la magie de l’immédiat, surtout s’il se trouve seul face à son ordinateur. Livré à sa cupidité, il ne peut penser au bien commun et au sort des générations
futures. C’est vrai pour les hommes politiques enfermés dans le jeu de leur système, comme M. Claude Guéant lorsqu’il répète que la « réforme des retraites est indispensable » ou M.
Yvon Gattaz, ancien président de l’Académie des sciences morales et politiques et dirigeant du patronat, acclamé par les participants au Congrès du Medef pour avoir écrit que « les syndicats
(…) sont inutiles et nuisibles au XXIe siècle et doivent disparaître ».
La manifestation qui aura lieu demain – j’écris ce 6 septembre au soir – doit montrer la porte à tout ce beau monde. La condition est de lui opposer un
vrai combat et un vrai projet. Lorsque j’entends quelqu’un comme Susan George nous dire que l’avenir appartient à un « new deal vert » et qu’il n’y a plus de Bastilles à prendre,
« ni à Wall Street ni à la City de Londres », je vois les croupiers politiques et leurs sponsors financiers rire autour du tapis vert mondial. Car le fascisme financier a un visage et
ne peut être extirpé que par un grand rassemblement populaire ouvert à toutes les forces qui lui sont hostiles, autour de grands projets d’équipement de l’homme et de la nature. Rouvrir ainsi un
horizon à long terme, avec du crédit productif public, notre arme à tous, est un impératif catégorique pour arracher la victoire.
Yvon Gattaz, ancien patron du Medef : supprimons les syndicats !
4 septembre 2010 (Nouvelle Solidarité) – Certains rêvent aujourd’hui des recettes fascistes et synarchistes de l’entre deux guerres. Rappelons qu’en 1922, Mussolini fit interdire
les syndicats et que dès mai 1933, l’une des premières mesures prises par Hitler fut de les dissoudre.
Or, à quelques jours de la grande mobilisation du 7 septembre contre la « réforme » des retraites, parlant devant un parvis de chefs
d’entreprises réunis à HEC pour l’université du Medef, un orateur vient de lancer de la tribune cette citation : « De façon sociétale, les syndicats ont été nécessaires au XIXe
siècle, utiles puis abusifs au XXe. Inutiles et nuisibles au XXIe, ils doivent disparaître. » Ces paroles ont immédiatement fait un tabac dans la salle tandis que l’auditoire, composé
de responsables territoriaux de l’organisation patronale, jubile et applaudit chaleureusement la revendication.
D’où sort cette citation ? De la revue Commentaire, fondée par le très néo-conservateur Raymond Aron, dont la dernière livraison (N°
130 du juin-juillet-août 2010) publie une longue diatribe écrite par Yvon Gattaz, qui fut président du CNPF, ancien nom du Medef, entre 1981 et 1986, intitulée « La fin des syndicats
est-elle souhaitable ? »
De toute façon, pour le néo-thatchérien décomplexé Gattaz, les syndicats ont perdu toute légitimité et « ne doivent leur survie qu’aux deux fils
d’araignée incroyablement résistants qui les soutiennent encore, politiques et médias ».
Exit donc toute idée de concertation sociale, puisque « les performances des entreprises sont inversement proportionnelles à leur taux de
syndicalisation ». Il en découle « logiquement » qu’en ce qui concerne les syndicats, « l’élimination s’impose donc économiquement ».
Notons qu’Yvon Gattaz est toujours membre de l’Académie des sciences morales et politiques (Institut de France), qu’il a même présidé en
1999.
Dans un entretien commun accordé aux Echos, Bernard Thibault et François Chérèque ont interpellé timidement la présidente du Medef :
« Laurence Parisot doit condamner l’antisyndicalisme actuel ».
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