Pages

Calendrier

Juin 2012
L M M J V S D
        1 2 3
4 5 6 7 8 9 10
11 12 13 14 15 16 17
18 19 20 21 22 23 24
25 26 27 28 29 30  
<< < > >>

Concours

Recommander

Recherche

Notes de lecture

Mercredi 28 mars 2012 3 28 /03 /Mars /2012 09:32

 

Par Thierry Meyssan

Si le bilan de Kofi Annan à l’ONU est une réussite incontestée en matière de management, de gestion et d’efficacité, il est extrêmement critiqué au plan politique. En tant que secrétaire général, il s’est appliqué à adapter l’Organisation au monde unipolaire et à la globalisation de l’hégémonie US. Il a remis en question les fondements idéologiques de l’ONU et l’a privée de sa capacité à prévenir les conflits. Pourtant, il est aujourd’hui chargé de résoudre la crise syrienne.

Réseau Voltaire | Damas (Syrie) | 27 mars 2012

 

JPEG - 28 ko
© SANA

L’ancien secrétaire général des Nations Unies et Prix Nobel de la Paix, Kofi Annan, a été désigné comme envoyé spécial conjoint de Ban Ki-moon et de Nabil ElArabi pour négocier une solution pacifique à la crise syrienne. L’homme dispose d’une expérience hors du commun et d’une image de marque très positive, de sorte que cette nomination a été saluée par tous.

Que représente donc ce haut fonctionnaire international ? Qui l’a propulsé aux plus hautes fonctions ; quels furent ses choix politiques, et quels sont ses engagements actuels ? Devant toutes ces questions, la discrétion est de mise, comme si le titre qui fut le sien était un gage de neutralité.

 

Sélectionné et éduqué par la Fondation Ford et la CIA

Ses anciens collaborateurs louent sa prévenance, son intelligence et sa subtilité. Personnalité très charismatique, il a laissé une forte empreinte derrière lui car il ne se comporta pas simplement comme le « secrétaire » de l’ONU, mais plus encore comme son « général », prenant des initiatives qui revivifièrent une organisation enlisée dans la bureaucratie. Tout cela est connu et rabâché. Ses exceptionnelles qualités professionnelles lui ont valu le Prix Nobel de la Paix, bien que cet honneur devrait récompenser en théorie un engagement politique personnel et non une carrière de manager.

 

Kofi et sa sœur jumelle Efua Atta sont nés, le 8 avril 1938, dans une famille aristocratique de la colonie britannique de la Côte d’or. Son père était le chef tribal des Fantis et le gouverneur élu de la province d’Ashanti. Bien qu’opposé à la domination britannique, il fut un fidèle serviteur de la Couronne. Avec d’autres notables, il participa au premier mouvement de décolonisation, mais considéra avec suspicion et inquiétude l’agitation révolutionnaire de Kwame Nkrumah.

 

Quoi qu’il en soit, les efforts de Nkrumah aboutirent à l’indépendance du pays sous le nom de Ghana, en 1957. Kofi était alors âgé de 19 ans. Bien que n’ayant pas participé à la révolution, il devint vice-président de la nouvelle association nationale des étudiants. Il fut alors remarqué par un chasseur de tête de la Fondation Ford qui l’intégra dans un programme de « jeune leader ». À ce titre, il fut incité à suivre un cours d’été à l’université d’Harvard. Ayant éprouvé son enthousiasme pour les États-Unis, la Fondation Ford lui offrit des études complètes, d’abord en économie au Macalester College dans le Minnesota, puis en relations internationales à l’Institut universitaire des hautes études internationales de Genève.

 

La Fondation Ford, créée par le célèbre industriel Henry Ford, est devenue au lendemain de la Seconde Guerre mondiale un outil de la politique étrangère officieux des États-Unis, offrant un habillage respectable aux activités de la CIA [1].

 

La période des études de Kofi Annan aux outre-Atlantique (1959-1961) correspond aux moments les plus difficiles de la lutte pour les droits civiques des noirs (le début de la campagne de Martin Luther King à Birmingham). Il l’observa comme un prolongement de la décolonisation qu’il avait connu au Ghana, mais n’y participa pas non plus.

 

Satisfait de ses résultats académiques et de sa réserve politique, ses mentors états-uniens lui ouvrirent les portes de l’Organisation mondiale de la Santé, où il trouva son premier emploi. Après trois ans passés au siège de Genève, il fut engagé à la Commission économique pour l’Afrique, basée à Addis-Abeba. Cependant, ses diplômes étant insuffisants pour lui permettre d’ambitionner une carrière à la direction de l’ONU, il retourna aux États-Unis pour étudier le management au Massachusetts Institute of Technology (MIT) (1971-72). Il tenta un retour dans son pays d’origine comme directeur du Développement touristique, mais se trouva en conflit perpétuel avec le gouvernement militaire du général Acheampong, de sorte qu’il renonça et revint aux Nations Unies en 1976.

 

Une brillante carrière malgré des échecs tragiques

Il y occupa des fonctions variées, d’abord au sein de l’UNEF II (la force maintien de la paix mise en place pour séparer l’Égypte et Israël à la fin de la Guerre d’octobre 1973), puis comme directeur du personnel de l’Office des réfugiés (UNHCR). C’est à cette époque qu’il rencontra Maître Nane Lagergren qu’il épousa en seconde noces. Cette avocate suédoise est la nièce de Raoul Wallenberg, représentant spécial de la Suède en Hongrie durant la Seconde Guerre mondiale. Wallenberg est célèbre pour avoir sauvé des centaines de juifs persécutés en leur délivrant des passeports de complaisance. Il travaillait aussi pour l’OSS (prédécesseur de la CIA) comme agent de liaison des États-Unis avec la Résistance hongroise. Il disparut à la fin de la guerre ; il aurait été fait prisonnier par les Soviétiques afin de stopper l’influence US dans le pays. Quoi qu’il en soit, l’heureux mariage de Kofi Annan lui ouvrit les portes qu’il ne pouvait franchir, notamment celles des organisations juives.

 

Le secrétaire général Javier Perez de Cuellar choisit Kofi Annan comme assistant chargé des ressources humaines et responsable de la sécurité du personnel des Nations Unies (1987-90). Lors de l’annexion du Koweit par l’Irak, 900 employés de l’ONU se trouvèrent pris au piège. Kofi Annan réussit à négocier leur sortie avec Saddam Hussein. Il en tira un évident prestige au sein de l’Organisation. Il fut alors successivement chargé du Budget (1990-92), puis —sous le mandat de Boutros Boutros-Ghali— des Opérations de maintien de la paix (1993-96), avec une brève parenthèse comme envoyé spécial pour la Yougoslavie.

 

Selon le général canadien Romeo Dallaire, commandant des Casques bleus au Rwanda, Kofi Annan n’aurait pas réagi à ses très nombreuses sollicitations et porterait la responsabilité principale dans l’inaction des Nations Unies lors du génocide (800 000 morts, principalement des Tutsis, mais aussi des opposants Hutus) [2].

 

Un scénario identique se reproduisit en Bosnie où 400 casques bleus furent pris en otages par les forces bosno-serbes. Kofi Annan resta sourd aux appels du général Bernard Janvier et laissa perpétrer de prévisibles massacres.

Fin 1996, les États-Unis s’opposèrent à la reconduction de l’Égyptien francophile Boutros Boutros-Ghali comme secrétaire général. Ils parvinrent à imposer leur candidat : un haut fonctionnaire international issu de l’Organisation elle-même, Kofi Annan. Loin de jouer contre lui, ses échecs au Rwanda et en Bosnie devinrent ses atouts après qu’il les ait candidement confessés et promis de réformer le système pour qu’elles ne se reproduisent pas. Il fut élu sur cette base et prit ses fonctions, le 1er janvier 1997.

JPEG - 38.9 ko
Le Centre de conférence de Pocantico

Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies

Immédiatement, Kofi Annan mit en place un séminaire annuel de deux jours à huis clos pour une quinzaine d’ambassadeurs à l’ONU. Cette « retraite » (sic) est généreusement accueillie par le Rockefeller Brothers Fund au Centre de conférence de Pocantico (au Nord de New York). Le secrétaire général y discute avec les représentants des États qui le soutienne, hors instances de l’ONU, de la réforme de l’Organisation et des relations internationales.

Dans ce contexte, il réaffecta les dépenses de l’ONU en fonction des priorités politiques et réduisit significativement le budget du secrétariat général. Il réorganisa le fonctionnement administratif autour de quatre objectifs (paix et sécurité, développement, affaires économiques et sociales, affaires humanitaires). Il créa un poste de secrétaire général adjoint pour le suppléer et se dota d’un véritable cabinet apte à appliquer rapidement les décisions du Conseil de sécurité et de l’Assemblée générale.

 

La grande initiative de Kofi Annan fut le Global Compact, une mobilisation de la société civile pour un monde meilleur. Sur la base d’un dialogue volontaire, des entreprises, des syndicats et des ONG ont pu débattre et s’engager pour le respect des Droits de l’homme, celui des normes de travail et de l’environnement.

 

Dans la pratique, le Global Compact n’a pas eu les effets attendus sur le terrain. Il a par contre profondément dénaturé l’ONU, en relativisant le pouvoir des États-Nations et en reconnaissant celui de compagnies transnationales et d’associations qui n’ont de « non-gouvernementales » que le titre et sont en sous-main subventionnées par les grandes puissances. En érigeant des lobbies comme partenaires des États-Nations, Kofi Annan a enterré l’esprit de la Charte de San Francisco. Il ne s’agit plus de préserver l’humanité du fléau de la guerre en reconnaissant l’égalité en droit des États grands et petits, mais d’améliorer la condition humaine en faisant converger des intérêts privés. Le Global Compact, c’est le passage d’une logique presque unanimement acceptée selon laquelle le Droit international est au service du Bien commun, à une logique défendue par les seuls Anglo-Saxons pour qui le Bien commun est une chimère, tandis que la Bonne gouvernance consiste à coaliser le plus grand nombre d’intérêts particuliers. En définitive, le Global Compact a eu les mêmes effets que les galas de charité aux États-Unis : se donner bonne conscience avec quelques programmes médiatisés pour s’accommoder des injustices structurelles.

En ce sens, les mandats de Kofi Annan (1997-2006) reflètent la réalité de la période historique, celle d’un monde unipolaire voué à la globalisation de l’hégémonie états-unienne, au détriment des États-Nations et des peuples qu’ils représentent.

 

Cette stratégie emboîte le pas au dispositif mis en place par Washington dans les années 80 avec la National Endowment for Democracy, une agence qui, contrairement à son intitulé, vise à poursuivre l’action subversive de la CIA en truquant les processus démocratiques [3]. La NED subventionne, légalement ou pas, des organisations patronales, des syndicats ouvriers et des associations en tout genre. Tous participent en retour au Global Compact et infléchissent ainsi les positions des États-Nations qui n’ont pas les moyens de financer leurs propres lobbies. L’ONU ne se préoccupe plus de la Paix puisque le monde unipolaire à son gendarme, les États-Unis, mais absorbe toutes les formes de protestation pour mieux valider le désordre mondial et la globalisation progressive de l’hégémonie US.

 

Le discours lénifiant de Kofi Annan a atteint son apogée avec le Sommet du Millénaire. 147 chefs d’États et de gouvernements se sont engagés à éradiquer la pauvreté et à résoudre les principaux problèmes de santé dans le monde, dont le sida, sous quinze ans. Le bonheur universel ne nécessiterait aucune réforme politique, juste que chacun y mette un peu du sien en versant son obole. Que n’y avait-on pensé plus tôt ? Las ! Les Objectifs du Millénaire sont restés des vœux pieux, les injustices se poursuivent et nourrissent toujours la guerre et la misère.

 

Dans la même veine, lors de son discours devant l’Assemblée générale, le 20 septembre 1999, le secrétaire général exposa ce que l’on nomme la « doctrine Annan ». Arguant de sa propre impuissance au Rwanda et en Bosnie, il affirme que, dans ces cas là, les États ont failli à leur devoir de protéger leurs ressortissants. Il en conclut que la souveraineté des États, principe cardinal de la Charte de l’ONU, fait obstacle aux Droits de l’homme. Cette vision sera adoptée sous la dénomination « Responsabilité de protéger » par l’Union africaine, puis par l’ONU en 2005, lors du Sommet Mondial chargé du suivi du Sommet du Millénaire. La doctrine Annan est un avatar du devoir d’ingérence invoqué par les Britanniques pour guerroyer contre l’Empire ottoman et remis au goût du jour par Bernard Kouchner. Le concept rénové sera explicitement utilisé la première fois, en 2011, pour légaliser l’opération coloniale en Libye [4].

 

Par ailleurs, les mandats de Kofi Annan ont été marqués par le programme « Pétrole contre nourriture » qui fut imaginé par le Conseil de sécurité en 1991, mais ne fut effectif que de 1996 à 2003. Il s’agissait au départ de s’assurer que les revenus pétroliers de l’Irak seraient exclusivement utilisés pour satisfaire les besoins des Irakiens et pas pour financer de nouvelles aventures militaires. Cependant, dans le contexte de l’embargo international et sous la supervision personnelle de Kofi Annan, ce programme est devenu un instrument des États-Unis et du Royaume-Uni pour saigner l’Irak tandis qu’ils occupaient la « zone de non-survol » (approximativement l’actuel Kurdistan autonome) jusqu’à ce qu’ils l’attaquent et le détruisent [5]. Plusieurs hauts fonctionnaires internationaux qui ont été chargés de ce programme l’ont qualifié de « crime de guerre » et ont démissionné après avoir refusé de l’appliquer. Parmi eux, le secrétaire général adjoint Hans von Sponeck et le coordinateur spécial Denis Halliday ont estimé que ce programme a provoqué le génocide d’1,5 million d’Irakiens, dont au moins 500 000 enfants [6].

 

Il fallut attendre l’invasion et la destruction de l’Irak pour que Kofi Annan se rebelle et dénonce le comportement de ceux qui lui avaient payé ses études, l’avaient propulsé au secrétariat général de l’ONU, et lui avaient décerné le Prix Nobel de la Paix. Il qualifia l’attaque de l’Irak d’illégale et s’inquiéta publiquement de ce que ce précédent réduise à néant le Droit international [7]. Washington répliqua brutalement en lançant une vaste opération d’espionnage à son encontre, à celle des membres de son cabinet, de sa famille et de ses amis. En définitive, Kojo Annan, le fils de Kofi, fut accusé d’avoir détourné des fonds du programme « pétrole contre nourriture » avec la bénédiction de son père. L’accusation ne parvint pas à convaincre les États membres de l’ONU et au contraire renforça l’autorité du secrétaire général [8]. Cependant, durant les deux dernières années de ses mandats Kofi Annan fut paralysé et contraint de rentrer dans le rang.

 

Retour à la case département

Après dix ans de secrétariat général, Kofi Annan poursuivit sa carrière dans des fondations plus ou moins privées.

En décembre 2007, les élections kenyanes dégénèrent. Le président Mwai Kibaki l’aurait emporté sur le candidat financé par Washington, Raila Odinga, prétendu cousin du sénateur Barack Obama. Le scrutin fut contesté par le sénateur John McCain qui appella à la révolution, tandis que des SMS anonymes dressèrent les ethnies les unes contre les autres. En quelques jours les émeutes firent plus de 1 000 morts et 300 000 déplacés. Madeleine Albright proposa la médiation de l’Oslo Center for Peace and Human Rights. Cet institut envoie deux médiateurs : l’ancien Premier ministre norvégien Kjell Magne Bondevik et l’ancien secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, tous deux administrateurs du Centre.

 

À l’issue de cette « médiation », le président Kibaki fut contraint de se plier aux volontés US. Il pu se maintenir dans ses fonctions, mais dû d’abord accepter une réforme constitutionnelle qui le prive de ses pouvoir au profit de son Premier ministre, puis ils dû accepter de prendre Raila Odinga comme Premier ministre. Jouant au vieux sage africain, Kofi Annan contribua à donner un vernis de légalité à un changement de régime imposé par Washington [9].

Kofi Annan exerce aujourd’hui deux responsabilités principales. Il est d’abord le président de l’Africa Progress Panel, une organisation mise en place par Tony Blair à l’issue du sommet du G8 de Gleeneagles pour médiatiser les actions du Ministère britannique de la Coopération (DFID). Malheureusement les promesses du G8 n’ayant pas plus été tenues que celles du Sommet du Millénaire, l’Africa Progress Panel a une activité réduite.

 

Reste la présidence de l’Alliance pour une révolution verte en Afrique (AGRA) qui se propose de résoudre les problèmes alimentaires du continent noir grâce aux biotechnologies. En fait, l’AGRA est un lobby financé par les Fondations Billes Gates et Rockefeller pour diffuser les OGM produits par Monsanto, DuPont, Dow, Syngenta et autres. La plupart des experts indépendants de ces multinationales s’accordent à dire que, au-delà de la question du choc environnemental, l’usage d’OGM non reproductibles rend les paysans dépendants de leurs fournisseurs et instaure une nouvelle forme d’exploitation humaine.

 

Kofi Annan en Syrie

Que vient donc faire l’ancien haut fonctionnaire international en Syrie ? En premier lieu, sa désignation révèle que le rôle ne pouvait pas être tenu par Ban Ki-moon dont l’image est ternie à la fois par sa soumission aux États-Unis et par des affaires ininterrompues de corruption [10]. Kofi Annan dispose, lui, d’une image positive malgré son bilan.

 

Deuxièmement, un médiateur n’a de chance de réussir que s’il est choisi par les protagonistes. Ce n’est pas le cas. Il représente le secrétaire général de l’ONU et son homologue de la Ligue arabe. Il défend l’honneur et la réputation de ces institutions sans avoir d’instruction politique précise.

 

Si la désignation de M. Annan a été approuvée de facto par les membres du Conseil de sécurité et par ceux de la Ligue, c’est qu’elle satisfait des attentes contradictoires. Pour les uns, l’envoyé spécial conjoint ne doit pas rechercher la paix, mais habiller une paix qui a déjà été négociée entre grandes puissances afin que chacun garde la tête haute. Pour d’autres, il peut au contraire rejouer le coup kenyan et réussir sans violence supplémentaire un changement de régime.

 

Au cours des trois dernières semaines, l’action de Kofi Annan a consisté à présenter comme son propre plan, une version amendée de celui qui avait été élaboré par le ministre russe des Affaires étrangères, Sergey Lavrov. Ce faisant, il rend ce plan acceptable par Washington et ses alliés. En outre, M. Annan a volontairement introduit une confusion en laissant entendre qu’il avait convaincu le président el-Assad de désigner un de ses vices-présidents, Farouk al-Shara, pour négocier avec l’opposition. Il se serait agi d’une concession syrienne au Conseil de coopération du Golfe. En réalité, le vice-président al-Shara est chargé de ces négociations depuis un an et l’exigence de l’Arabie saoudite et du Qatar est tout autre : que le président el-Assad démissionne parce qu’il est alaouite et que le pouvoir échoit à ce vice-président par ce qu’il est sunnite. Il semble donc que l’envoyé spécial conjoint soit en train d’inventer une porte de sortie pour les États qui ont agressé la Syrie et inventé la fable d’une révolution démocratique réprimée dans le sang.

 

Cependant, le double langage de Kofi Annan, qui se déclare satisfait de son entretien avec le président el-Assad lorsqu’il est à Damas et déçu lorsqu’il est à Genève, n’a pas levé les questions sur ses intentions réelles.

Thierry Meyssan



[1] « La Fondation Ford, paravent philanthropique de la CIA » et « Pourquoi la Fondation Ford subventionne la contestation », par Paul Labarique, Réseau Voltaire, 5 et 19 avril 2004
[2] Shake Hands with the Devil : The Failure of Humanity in Rwanda, par Roméo Dallaire, Arrow Books Ltd, 2004. Version française : J’ai serré la main du diable : La faillite de l’humanité au Rwanda, Libre expression, 2004.
[3] « La NED, vitrine légale de la CIA », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire/Однако, 6 octobre 2010.
[4] « Résolution 1973 », Réseau Voltaire, 17 mars 2011.
[5] « Annan : Génocide en Iraq et Paix en Syrie ? », par Hassan Hamade, Réseau Voltaire/As-Safir, 22 mars 2012.
[7] « Pour Kofi Annan, le droit international ne garantit plus rien », par Sandro Cruz, Réseau Voltaire, 7 juillet 2005.
[8] « Le harcèlement de Kofi Annan », Réseau Voltaire, 13 décembre 2004.
[9] « Le dessous du prix Nobel de la paix 2009 », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 13 octobre 2009.
[10] « Lettre ouverte au deshonorable Ban Ki-moon », par Hassan Hamade, Réseau Voltaire, 25 janvier 2012.
Source : « Kofi Annan, peau noire, masques blancs », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 27 mars 2012, www.voltairenet.org/a173317

 

Par Thierry Meyssan - Publié dans : Notes de lecture - Communauté : Blog citoyen en Haute-Garonne
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 27 mars 2012 2 27 /03 /Mars /2012 20:45

par Manlio Dinucci

Le cas du Soudan du Sud est une illustration exemplaire de la réussite de la stratégie israélienne en Afrique. S’appuyant sur les forces armées états-uniennes, comme Irak et en Libye, l’État hébreux et son allié sont parvenus à diviser le pays et à éliminer de la partie riche en ressources leur plus important rival commercial, la Chine. Comme un symbole, la promotion médiatique de cette opération aura été confiée à l’acteur hollywoodien Georges Clooney, fils prodigue et porte parole du mariage de raison des intérêts coloniaux israélo-étasuniens.

Réseau Voltaire | Rome (Italie) | 27 mars 2012
JPEG - 53.6 ko

Après la scène avec George Clooney [1] aux manettes, tournée devant l’ambassade (nord) soudanaise à Washington, c’est Hillary Clinton qui est venue sur le plateau, les larmes aux yeux, pour exprimer la profonde préoccupation des États-Unis sur la crise humanitaire et ses nombreuses victimes dans la partie méridionale du Soudan. Scènes touchantes de la fiction washingtonienne, destinée à la scène médiatique mondiale. La vérité est tout à fait différente.

Pendant des décennies les États-Unis et Israël ont soutenu les forces sécessionnistes de qui était à l’époque le Sud Soudan jusqu’à ce que, en 2005, le Nord et le Sud aient signé un accord, considéré par l’administration Bush comme un véritable triomphe en politique extérieure. L’administration Obama en a récolté les fruits : le 9 juillet 2011, le Soudan du Sud [2] s’est autoproclamé indépendant. Un nouvel État est ainsi né, avec une superficie de plus de 600 000 km2 (plus que la France, le double de l’Italie) et à peine 8-9 millions d’habitants. En se séparant du reste du pays, le Soudan du Sud est entré en possession de 75 % des réserves pétrolières soudanaises.

 

C’est par contre le Nord qui possède l’oléoduc, à travers lequel le pétrole du Sud est transporté vers la Mer Rouge pour être exporté. D’où le contentieux entre les deux gouvernements sur la partition des revenus pétroliers, avivé par l’affrontement pour le contrôle de zones de frontières le long des plus de 1 500 kms de confins, affrontement mené aussi à travers des groupes armés locaux.

 

Dans tout cela, les États-Unis continuent à jouer un rôle clé. Le Soudan du Sud est de plus en plus inséré dans le programme Imet (International Military Education and Training), géré par l’Africom avec des fonds du Département d’État : c’est là que sont formés chaque année 10 000 « leaders militaires et civils  » africains, qui suivent des cours dans 150 écoles militaires étasuniennes.

 

Simultanément, sous la régie de Washington, on est en train de mettre au point le projet d’un nouveau corridor énergétique qui, formé d’un oléoduc, d’une autoroute et d’un ligne de chemin de fer, permettra de transporter le pétrole depuis le Soudan du Sud jusqu’au port kenyan de Lamu. Les avantages pour Washington seront multiples. D’une part, en se débarrassant de l’oléoduc nord-soudanais, assener un coup dur au pays, déjà affaibli par la perte des deux tiers des réserves pétrolifères, de façon à provoquer l’écroulement du gouvernement de Khartoum. D’autre part,

 

marginaliser les compagnies chinoises qui, avec quelques compagnies indiennes et malaisiennes, extraient le pétrole soudanais : la majeur partie pourra ainsi être contrôlée par des compagnies étasuniennes et britanniques.

Et le Soudan du Sud n’a pas que du pétrole, mais aussi de riches gisements d’or, argent, diamants, uranium, chrome, tungstène, quartz qui restent à exploiter ; et auxquels il faut ajouter environ 50 millions d’hectares de terres cultivables en utilisant l’abondante eau du Nil. Des affaires en or pour les multinationales, dont les intérêts sont assurés par le nouveau gouvernement de Juba dont la fiabilité est garantie non seulement par Washington mais aussi par Tel Aviv.

 

Fait significatif : le Soudan du Sud ouvrira son ambassade à Jérusalem, en la reconnaissant ainsi comme capitale, et Israël « formera » des milliers de réfugiés sud-soudanais avant de les rapatrier. Tandis que le gouvernement de Juba, parmi ses premiers actes, choisit l’anglais et non l’arabe comme langue officielle et demande à entrer dans le Commonwealth britannique. Aux vieilles ex-colonies s’en ajoute donc une de type néocolonial.

Traduction
Marie-Ange Patrizio

Source
Il Manifesto (Italie)

[1] « George Clooney rejoint le CFR » et « George Clooney parraine l’observation satellitaire du Darfour », Réseau Voltaire, 17 juin et 29 décembre 2010.

[2] L’appellation officielle de l’État est Soudan du Sud, en anglais : South Sudan. La traduction Sud Soudan est un anglicisme, l’expression Sud Soudan désignant désormais le Sud de l’actuel Soudan.

 

Source : « Soudan du Sud : la réalité et la fiction », par Manlio Dinucci , Traduction Marie-Ange Patrizio, Il Manifesto (Italie), Réseau Voltaire, 27 mars 2012, www.voltairenet.org/a173294

Par Manlio Dinucci - Publié dans : Notes de lecture - Communauté : Blog citoyen en Haute-Garonne
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 23 mars 2012 5 23 /03 /Mars /2012 20:24

Par Gilles Devers

 

La vérité, comme souvent, vient de femmes, pour peu qu’on sache les entendre. Cette femme, nous l’appellerons Malika. C’est Le Télégramme de Brest qui a reçu son témoignage.

assassinat,racisme,loi,ump,présidentielles 2012

Malika habite dans le quartier où vivait Mohamed Merah.

En juin 2010, le fils de Malika, alors âgé de 15 ans, avait été apostrophé par Merah. Il lui avait dit de monter dans sa voiture pour écouter un CD, en lui faisant croire que c’était le Coran. Malika raconte : « Il a conduit mon fils à son domicile. Dans son appartement, il y avait un immense Coran dans son salon et plusieurs grands sabres accrochés au mur. Il en a décroché un, puis lui a imposé de regarder des vidéos d'Al Qaïda ». Le fils de Malika lui a raconté des scènes « insoutenables ». Des femmes étaient exécutées d’une balle dans la tête, et des hommes étaient égorgés. Malika raconte : « Mon fils m'a appelé. On a finalement pu le récupérer. Il est resté enfermé là bas de 17h à minuit... ».


Pour Malika, la loi existe et le rôle de la police est de la faire appliquer. Alors, elle a porté plainte. Merah l’a appris, ce qui suppose qu’il a été convoqué chez les flics, et ça l’avait rendu dingue : « Il est venu devant chez nous. Il m’a menacée et frappée. Il disait que j’étais athée et que je devrais payer comme tous les Français. Il n'arrêtait pas de répéter qu'il était un moudjahidin et qu’il mourrait en martyr, qu’il effacerait de la Terre tous ceux qui tuaient des Musulmans. Il disait aussi que lui et ses amis viendraient prendre mon fils et qu'il ne me resterait plus que mes yeux pour pleurer ».


Le surlendemain, Merah s’en était pris au fils de Malika : « Pourquoi t’as tout raconté à ta mère ? », et il l’avait frappé. Sa sœur était intervenue et il l’avait rouée de coups devant de nombreux témoins. Malika a tout gardé : la robe de sa fille tâchée de sang et déchirée, le dépôt de plainte, les courriers de relance, des photos et les certificats médicaux...


Malika avait alors demandé à un avocat, Me Mouton, de déposer une plainte auprès du procureur de la République. Me Mouton confirme qu’une plainte « très circonstanciée » a été déposée le 25 juin 2010,  et il explique : « La maman a été entendue, mais j’ignore si une enquête a été déclenchée et si, oui, quelle suite lui a été réservée ».


Malika ajoute : « Il nous a menacés de mort. Il m’a fait le signe de l'égorgement », et elle précise que « du fait de ses opinions extrémistes , il s’était fait refouler des mosquées ». Elle accuse : « Pourquoi, malgré tous mes signalements, Mohamed Merah n’a-t-il pas été arrêté ? Nous l’avons encore vu la semaine dernière. Il nous narguait. J’ai tout raconté à de nombreuses reprises à la police et à la préfecture. Et aujourd'hui, on en est là. C'est incompréhensible et révoltant ».


Il faut lire ce que dit Malika, y réfléchir, et ensuite commencer à poser les questions. Parmi mille questions, quelques unes émergent.

assassinat,racisme,loi,ump,présidentielles 2012

Pourquoi n’a-t-il pas été donné suite à la plainte de Malika ? Nos bouffons de parlementaires se sont vantés d’avoir créé l’infraction de violences psychologiques. Ici, nous avons plusieurs infractions graves : association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste, apologie de crime, menaces de mort sur un mineur de quinze ans, et menaces de mort contre une maman qui avait porté plainte. Ajoutons que ces menaces sont le fait d’une personne fichée par la DCRI pour ses voyages en Afghanistan et au Pakistan. Pourquoi ni la police, ni le procureur de Toulouse n’ont-ils pas donné suite ?


Merah, judiciairement bien identifiable avec son casier noirci,  serait allé en Afghanistan et au Pakistan pour rejoindre des groupes activistes. Pourquoi n’a-t-il été pas été entendu sérieusement par la DCRI ?  Pourquoi n’a-t-il pas été poursuivi, alors que la loi le permet, via l’infraction d’association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste (Sarko le menteur, qui veut masquer qu’il ne fait pas appliquer les lois, fait comme si la loi n’existait pas et qu’il fallait la créer).


Que reste-t-il du discours excité de Sarko sur la récidive quand une plainte concernant un homme qui a ce passé n’est suivie d’aucun effet ?


Guéant se moque du monde en disant qu’il est difficile de surveiller ces personnes de retour de camps afghans ou pakistanais. Nous avons un multirécidiviste qui fait l’objet d’une plainte circonstanciée pour avoir montré des vidéos criminelles à un enfant de 15 ans, et à la suite de la plainte, la mère a été menacée. Guéant, pourquoi tu ne démissionnes pas ?


Entre l’assassinat des soldats à Montauban et ceux de l’école juive de Toulouse, la police avait des indices très sérieux, et notamment des adresses IP. Pourquoi ces renseignements n’ont-ils pas été exploités ? Pourquoi la plainte de Malika n’a-t-elle pas été réactivée ? Les flics dorment ?


Alors que l’enquête était judiciaire et, donc, dépendait de la Justice, sous la direction du procureur, comment expliquer la présence sur place, en situation de commandement, de Guéant, ministre de l’Intérieur ?

Condamné plus de quinze fois, allé deux fois dans les camps d’entrainement en Afghanistan et au Pakistan, instable psychologiquement, objet de la plainte de Malika, comment Merah a-t-il pu, alors qu’il avait une situation professionnelle si fragile, se procurer tant d'argent et d’armes sans que la police ne se rende compte de rien ?

A quoi sert la DCRI dans une telle affaire ?


Dans quelles conditions le RAID a-t-il donné l’assaut le premier soir, alors qu’on savait si peu de choses sur l’armement de Merah, et que les habitants du quartier étaient encore là ? Le pire a été évité quand Merah a tiré à travers la porte, blessant deux policiers. Qui a donné l’ordre ? Dans quelles conditions ?


Pourquoi avoir donné l’assaut jeudi 22 vers 11h 30 ? Le quartier avait été vidé, et Merah n’avait pas d’otages. Les liens étaient-ils rompus avec le négociateur ? Pourquoi ne pas avoir attendu l’épuisement de Merah ? S’est-il montré menaçant ? Un risque particulier est-il apparu ? Qui a donné l’ordre ? Le procureur ou le ministre ?


Le RAID est réputé pour son professionnalisme, dans la maîtrise des forcenés. Trois cents balles tirées par rafales en cinq ou six minutes, c’est du jamais vu. C’était sans doute nécessaire, mais il faut nous dire. S’il voulait mourir, Merah se serait suicidé, et il ne l’avait pas fait. Il allait donc répliquer à l’arrivée de la police en tirant sur les policiers. Où s’est situé l’imprévu ? Dans cet appartement fermé, ne pouvait-on pas préparer le terrain ? Le RAID a un grand crédit, mais il faut répondre à ces questions. Comme il faut répondre à toutes les interrogations sur le tir mortel, lors de la fuite par la fenêtre. 

assassinat,racisme,loi,ump,présidentielles 2012

Un gamin réinvente le crime de série, à lui tout seul, en laissant sur son parcours, et depuis des années, d’innombrables preuves. La police ne fait rien, le parquet ne fait rien, et nos flegmons d’hommes politiques accréditent que ce gamin tueur, ce lâche assassin, a la force d’un groupe terroriste. La preuve pour ces décérébrés ? Il a invoqué Al Qaida ! Des revendications aberrantes : tuer des musulmans pour dénoncer le sort des musulmans en France...


Selon la loi française, le moindre lien avec une entreprise terroriste – le passage par les camps – suffit à la qualification juridique. Mais pour ce qui est des assassinats commis ces derniers jours, la réalité factuelle est l’action d’une petite crapule. Lui donner trop d’importance est une faute grossière.


Que Merah soit un criminel suffit à condamner tout ce qu’il a fait, et à comprendre la peur qu’il a répandue. Mais pour un esprit raisonné, il est impossible de confondre un salopard isolé, qui vit sous son identité, dans son appartement, suivi par un juge d’application des peines, et des groupes organisés, déterminés à combattre la République…


De ce point de vue, Sarko et Hollande pataugent dans le même jus. Qu’ils dégagent ! Seul Mélenchon a été cohérent. C’est le seul qui a su garder une lecture politique, le seul responsable politique qui ne s’est pas mis à frétiller devant le crime. Ca compte.

assassinat,racisme,loi,ump,présidentielles 2012

 

On peut essayer de réfléchir, non ?

 

http://lesactualitesdudroit.20minutes-blogs.fr/

Par Gilles Devers - Publié dans : Notes de lecture - Communauté : Blog citoyen en Haute-Garonne
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 23 mars 2012 5 23 /03 /Mars /2012 15:25

 

IRIB-D'anciens responsables militaires et de sécurité israéliens critiquaient vertement vendredi la gestion de l'assaut de Toulouse par la police française, qui a échoué à capturer le suspect vivant, malgré le temps et la latitude considérables dont elle a disposé.

 

"Qui attend 30 heures quand il n'y a pas d'otages ? Toute l'opération ressemble à une démonstration de stupidité", assène Alik Ron, ancien chef de l'unité d'intervention de la police israélienne et des forces spéciales des parachutistes, cité par le quotidien Maariv.

 

"Je présume que l'ordre était de le capturer vivant, mais il y a une limite. On ne le laisse pas pendant 32 heures en lui donnant un téléphone pour parler au monde entier et le transformer en chahid (martyr en arabe, NDLR) et en héros", vitupère-t-il.Le Raid, l'unité d'élite de la police, n'a pas su utiliser les moyens de "ruse et de dissimulation" et ainsi permis à Mohamed Merah de garder l'initiative, affirme dans une analyse publiée par le quotidien Yediot Aharonot un ancien officier des forces spéciales, Lior Lotan, qui dirige un centre de recherche sur le soi-disant terrorisme.

 

"L'objectif n'était pas compliqué: un appartement, un fugitif isolé, pas d'explosifs, pas d'otage, dans une zone qui n'est pas un territoire ennemi ou un champ de bataille mais qui permet aux forces de sécurité de se déployer à leur guise", énumère-t-il."Ou bien il y a eu un problème dans la planification de l'opération, ou ils ont dû passer à l'action avant d'avoir terminé tous leurs préparatifs", estime-t-il.

 

Source : IRIB

Par IRIB - Publié dans : Notes de lecture - Communauté : Blog citoyen en Haute-Garonne
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Mercredi 21 mars 2012 3 21 /03 /Mars /2012 07:57

Réseau Voltaire | 20 mars 2012

 

Un haut fonctionnaire français a invité , le 19 mars 2012, des journalistes arabes basés à Paris pour leur révéler la bataille qui se livre actuellement au sein du gouvernement français en général et du Quai d’Orsay en particulier à propos de la Syrie.

 

Selon cette personnalité, l’ambassadeur de France à Damas, Éric Chevallier, dont l’ambassade vient d’être fermée et qui est rentré à Paris, a pris a parti son ministre devant ses collègues. Il a accusé Alain Juppé de ne pas avoir tenu compte de ses rapports et d’avoir falsifié les synthèses pour provoquer une guerre contre la Syrie.

 

Au début des événements, en mars 2011, le Quai avait dépêché des enquêteurs à Deraa pour savoir ce qui s’y passait. Leur rapport, transmis à Paris, indiquait qu’après quelques manifestations, la tension était retombée, en contradiction avec les reportages d’Al-Jazeera et de France24 qui indiquaient à l’inverse que la ville était à feu et à sang.

 

L’ambassadeur demanda la prolongation de la mission pour suivre l’évolution des événements. Furieux de ce premier rapport, le ministre des Affaires étrangères lui téléphona pour exiger qu’il le modifie et fasse état d’une répression sanglante. L’ambassadeur plaça alors le chef de mission à Deraa en conférence téléphonique avec le ministre pour lui redire qu’il n’y avait pas de répression sanglante. Le ministre menaça l’ambassadeur et la conversation se termina de manière glaciale.

 

Immédiatement après, le cabinet d’Alain Juppé fit pression sur l’AFP pour qu’elle publie des dépêches mensongères confortant la vision du ministre.

 

Durant les mois qui suivirent, les incidents opposant Éric Chevallier et Alain Juppé ne cessèrent de se multiplier, jusqu’à l’affaire des otages iraniens et la mort du « journaliste » Gilles Jacquier. À cette occasion, l’ambassadeur reçu l’ordre d’exfiltrer les agents de la DGSE travaillant sous couverture de presse. Il réalisa l’importance de l’action secrète entreprise par Alain Juppé [1].

 

Ancien ministre de la Défense, Alain Juppé a semble t-il conservé de solides amitiés au sein des services militaires dont certains agents lui restent dévoués.

 

La même source assure que des rapports de l’ambassadeur auraient été négligés ou falsifiés et que celui-ci, pour étayer ses dires, aurait fait parvenir au Quai des rapports d’homologues européens attestant tous que la Syrie n’est pas confrontée à un cycle de manifestations/répression, mais à une déstabilisation par des groupes armés venus de l’étranger. À son arrivée à Paris, Éric Chevallier aurait demandé une enquête administrative interne pour confondre son propre ministre.

 

Ces révélations en appelant d’autres, un autre haut-fonctionnaire a révélé qu’Alain Juppé n’est pas seulement en conflit avec son administration, mais aussi avec ses collègues de l’Intérieur et de la Défense. Claude Guéant et Gérard Longuet auraient non seulement négocié avec le général Assef Chawkat l’exfiltration des agents français présents dans l’Émirat islamique de Baba Amr, comme le Réseau Voltaire l’a relaté [2], mais aussi la libération de trois commandos français détenus par la Syrie [3].

 

Dimanche 18 mars, le quotidien pro-syrien Ad-Diyar, édité à Beyrouth, a confirmé que trois prisonniers français ont été remis au chef d’état-major des armées (CEMA), l’amiral Édouard Guillaud, lors d’un déplacement au Liban, prétendument effectué à l’occasion de la réorganisation du contingent français de la FINUL. Selon une source syrienne de haut niveau, l’amiral aurait en échange personnellement veillé au complet démantèlement de la base arrière que les services militaires français avaient installée au Liban.

 

Le conflit entre l’ambassadeur Chevallier et le ministre Juppé est connu depuis longtemps. Le 4 avril 2011, le journal électronique Rue89 avait publié un article attribué à un auteur franco-syrien anonyme [4]. On pouvait y lire que l’ambassadeur « se serait fait le porte-parole du régime, prétendant que les révoltes de Daraa et Lattaquié sont manipulées depuis l’étranger et que les médias mentent sur la réalité ». Dix jours plus tard, c’était au tour de Georges Malbrunot d’affirmer sur son blog du Figaro que l’ambassadeur « est complètement basharisé » [5]. Enfin, le 5 mai, France24, la chaîne placée sous la tutelle d’Alain Juppé, avait accusé l’ambassadeur de « minimiser la révolte » [6]

Le conflit entre le chef d’état-major des armées et Alain Juppé est également connu depuis longtemps. L’amiral Edouard Guillaud n’avait pas apprécié qu’Alain Juppé, alors ministre de la Défense, planifie à l’avance le renversement de Mouammar el-Kadhafi. Avec le discret soutien de son nouveau ministre de tutelle Gérard Longuet, il avait fait savoir publiquement son désaccord lorsqu’il avait reçu instruction de mobiliser les forces françaises contre la Libye.

 

Quant aux relations Guéant-Juppé, elles sont notoirement exécrables. On se souvient qu’avec l’arrogance qu’on lui connaît Alain Juppé avait posé comme condition pour son entrée au gouvernement Fillon que Claude Guéant quitte le secrétariat général de l’Élysée parce qu’il ne voulait pas avoir à lui parler.

 

Après l’accord survenu entre Washington, Londres et Moscou pour calmer le jeu en Syrie, Alain Juppé peut toujours compter sur l’appui d’Ankara, de Riyad et de Doha, ainsi que sur les principaux médias, mais se trouve isolé en France et privé des moyens nécessaires à sa politique … à moins, bien sûr, que le président Sarkozy ne pousse à la guerre pour faire remonter dans les sondages le candidat Sarkozy.

 

[1] « Le fiasco des barbouzes français à Homs », par Boris V., Komsomolskaïa Pravda, 18 janvier 2012, version française de New Orient News disponible sur le site du Réseau Voltaire.

[2] « Les journalistes-combattants de Baba Amr », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 3 mars 2012.

[3] « La France rétablit la censure militaire », Réseau Voltaire, 4 mars 2012.

[4] « À Damas, le régime de Bachar el-Assad prépare un bain de sang », par Sadik H., Rue89, 4 avril 2011.

[5] « Syrie : quand l’ambassadeur de France déjeunait avec la bête noire des frondeurs », par Georges Malbrunot, L’Orient indiscret/Le Figaro, le 14 avril 2011.

[6] « L’ambassadeur de France en Syrie a clairement minimisé la révolte », par Julien Pain et Peggy Bruguière, France24, 5 mai 2011.

 

Source : « Alain Juppé accusé par sa propre administration d’avoir falsifié les rapports sur la Syrie », Réseau Voltaire, 20 mars 2012, www.voltairenet.org/a173169

Par Réseau Voltaire - Publié dans : Notes de lecture - Communauté : Blog citoyen en Haute-Garonne
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés