Mercredi 8 février 2012 3 08 /02 /Fév /2012 21:07
Propos recueillis par l’écrivaine Nadia Khost
 

Les citoyens occidentaux sont systématiquement désinformés sur la Syrie, comme hier sur la Libye ou sur l’Irak. Le 1er février, l’écrivaine Nadia Khost, a rencontré une Syrienne qui réside à Damas, originaire de Homs, et dont le frère a été kidnappé et assassiné à Homs. Le témoignage poignant qu’elle a recueilli décrit une réalité que l’ONU, Amnesty International, Human Rights Watch ignorent ou dénaturent. - (SC)


8 février 2012

Opposants syriens
lourdement armés
(AFP)

Mon frère, qui possède un négoce, déposait son épouse tous les matins à son travail. Les jeudis, vendredis et samedis, ils quittaient Homs pour se reposer un peu de l’ambiance tendue de la ville. Mon frère n’était pas mêlé à la politique ; durant la crise que connaît son pays il prenait soin de montrer sa neutralité.

Le 3 janvier 2012, il dépose son épouse à son travail. Après l’avoir quittée, il n’est pas revenu à la maison. C’était une des journées calmes, où il n’y a eu que 3 tués. Il fut l’un d’eux.

 

Un homme appelle chez lui et demande : « J’appelle chez (…) Qui êtes-vous ? »
Sa fille âgée de quinze ans répond : « Je suis sa fille »

L’homme lui dit : « Ton père a été tué, je l’ai trouvé étendu au sol à Bab Dreib ; je l’ai emmené au dispensaire à Bab Sba ; j’ai ses papiers et son téléphone portable que je vais faire livrer ». [1]

 

La fille appelle sa mère au travail et lui raconte ce que lui a dit l’inconnu. Sa mère accourt à Bab Sba accompagnée de plusieurs collègues. À l’entrée du dispensaire elle demande des nouvelles de son époux. On lui répond qu’il est mort. Elle entre, le voit mort, mais on ne lui rend pas le corps ; et jusqu’à présent on ne lui a toujours pas remis son acte de décès.

 

Ceux qui l’ont tué ont photographié le cadavre et publié sa photo sur Aljazeera en attribuant la responsabilité de sa mort à l’armée syrienne. Des informations contradictoires ont circulé sur des sites internet ; l’un disant qu’il était âgé de 60 ans ; un autre le qualifiant de médecin ; ou encore de chauffeur.

 

Apprenant la mort de son frère, sa sœur est accourue à Homs depuis Damas pour assister aux condoléances. À l’entrée de Homs, sur les deux côtés de la route, elle a vu des voitures de particuliers détruites par les bandes armées. Et dans tout Homs, jusqu’à la maison de son frère à Jourat Chayyah, - un quartier sous l’influence des rebelles - elle n’a pas vu de bâtiments pilonnés, comme le prétend l’opposition, la chaîne Aljazeera, et les médias occidentaux qui qualifient Homs de «  ville martyre ».

 

La sœur et l’épouse du mort ont accueilli les visiteuses venant présenter leurs condoléances, à la maison ; les condoléances des hommes ont eu lieu à la mosquée. La sœur s’est trouvée prise dans une ambiance étrange et insupportable. Les femmes répétaient, tout comme l’ont fait les hommes à la mosquée : « Nous vous félicitons de son martyr (sacrifice) ».

 

La sœur devait se retenir pour ne pas leur crier : Qui vous a dit qu’il s’est sacrifié !? C’est un homme qui a été intentionnellement assassiné par les bandes armées pour ensuite envoyer sa photo à des médias internationaux, en accusant le régime de l’avoir tuée. Là s’est vérifié le dicton : « Vous le tuez et vous suivez ses funérailles ».

L’épouse lui fait signe de ne pas trop en dire. Et là, elle constate que le drame majeur de la population de Homs est d’accepter le mensonge, en assurant qu’il reflète la réalité.

Parmi les visiteuses, elle a retrouvé des camarades d’école.
« Ne trouvez-vous pas qu’à Homs il y a des bandes armées qui tuent les gens ? » demande-t-elle.
«  Non », lui répond-t-on.
« Vous ne regardez pas les chaînes syriennes, ou la chaîne Aldounia ? »
« Non pas du tout ; nous ne regardons ni la chaîne syrienne ni la chaîne Aldounia [une chaine privée syrienne]. Tu devrais toi aussi regarder Aljazeera. »

 

Incrédule, elle persiste à les interroger sur des faits précis : «  Mais ce sont des bandes armées qui ont tué l’enfant Sari Saoud. N’avez-vous pas entendu la douleur de sa mère ? Elle a accusé les bandes armées de son meurtre… »
Elles répondent sans hésiter : « C’est le régime qui l’a tué ».
Elle insiste : « Zainab ALHOSNI, dont Aljazeera a montré les funérailles, accusant le régime de l’avoir tuée, ne savez-vous pas qu’elle est apparue par la suite sur les écrans de la télévision syrienne, vivante, montrant sa carte d’identité… ? »


Elles répondent : « Non, les forces de sécurité du régime l’ont tuée ».

Les visiteuses sont parties, une dernière est restée. La sœur de la victime lui demande : « Est-ce possible que toutes ces femmes ne sachent pas que les bandes armées sévissent à Homs ? »
La visiteuse lui répond : « Entre nous, il y a des bandes armées, mais ne dis à personne qu’on en a parlé ».

La sœur n’était pas seulement triste de ce qu’elle découvrait, mais révoltée et en colère. Elle m’a dit en revenant sur ces faits :

« J’ai détesté Homs, ma ville, j’ai détesté la conspiration qu’il y a, oui la conspiration…
L’épouse d’un marchand, voisin du négoce de mon frère, a raconté que son mari a accompagné le tué, pas à pas, après son assassinat et comment, alors qu’il était présent lors de la toilette du mort, il a assisté à la préparation à l’enterrement. Je lui ai alors demandé : « Comment as-tu appris que mon frère avait été tué ? »
Elle a répondu : « Au même moment, on a suivi cela sur internet. »

 

Nous étions étonnées. Cette femme analphabète suivait-elle internet ? Protégeait-elle les hommes armés qui ont tué son voisin, nous sommes-nous demandé ?

Autre élément troublant. Les traiteurs et magasins d’alimentation étant fermés, d’où venaient alors les plats cuisinés de viande et de riz ? (offerts lors des funérailles).

Ceux qui se taisent ne voient-ils pas que les bandes armées ont versé de la colle et du bitume dans les distributeurs de billets, pour que les gens ne touchent pas leurs salaires ? N’ont-ils pas compris que ces bandes détruisent le pays ? Les négoces sont fermés le travail des gens est paralysé, la vie commerçante est au point mort, les poubelles s’amoncellent sur les trottoirs, et les jeunes voyous armés se déploient autour des mosquées avant la prière du vendredi pour fabriquer une prétendue manifestation pacifique spontanée.

 

Ne croyez pas ces assassins qui prétendent vouloir des réformes et la démocratie ! Ce sont des voyous armés ! Ils allument une guerre confessionnelle, et plantent à Homs la haine contre d’autres villes syriennes, Damas, Alep, Latakié…

Leurs crimes, commis rien que dans ma famille, en témoignent. Ils ont tué mon frère, et le jeune cousin de ma mère, avec un de leurs obus ou mortier, alors qu’il était chez lui. Ils ont kidnappé mon cousin, et ne l’ont relâché qu’après avoir touché la rançon demandée : 3 millions de livres.

 

Entendez-moi bien : Je ne suis affiliée à aucun parti, je ne suis ni pro-régime, ni dans l’opposition. Je suis une citoyenne syrienne ; je comprends que la Syrie est en danger, que ses traditions morales et les relations simples et normales des gens entre eux sont en danger.

Ces opposants introduisent dans notre société des concepts nouveaux dont nous n’avons pas l’habitude : le sectarisme et la haine entre les villes qui signifient déchirement de la Syrie ; ils menacent notre Histoire et notre existence. »

 

Ici se termine le témoignage que nous a livré cette femme à Damas le 1er février 2012.

Cette femme voilée nous a raconté - au travers de son expérience douloureuse - ce que racontent, par leur cris, toutes les femmes syriennes voilées ou pas, lors des manifestations pacifiques à Damas ou dans d’autres villes syriennes. Elle a répété leurs mots, - qui étaient, après tout, ses mots à elle - sincères, du fond du cœur. Ce sont les mots des Syriens, hommes et femmes. Des mots issus de la douleur de la mort de son frère, issus de sa douleur personnelle à la vue de ce que Homs, sa ville d’origine, est devenue, désormais soumise à la terreur et aux atrocités d’hommes armés dont ils occupent des quartiers en pratiquant le lavage de cerveau sur leurs habitants.

 

Dans le contexte traumatique entretenu par cette « démocratie armée » qui répand la terreur, nous ne pouvons pas divulguer le nom de la femme qui témoigne ici, ni celui de son frère, pour ne pas exposer ses enfants et son épouse, à un enlèvement ou un assassinat.

Nous gardons le nom du frère disparu, pour le livrer à ceux qui, plus tard, jugeront les assassins.

 

Dr Nadia KHOST
2 février 2012


Post scriptum

Le témoignage poignant que Nadia Khost a recueilli décrit une réalité que l’ONU, Amnesty International, Human Rights Watch, - et les journalistes de nos radios, télévisions, et presse écrite - se refusent obstinément à reconnaître en reprenant sans examen comme véridiques les massacres attribués par l’opposition uniquement aux forces de sécurité de Damas. Ainsi que le nombre de tués et de blessés livrés par un douteux « Observatoire syrien des droits de l’Homme », basé à Londres, financé et créé à des fins de propagande par des États du Golfe et des Etats occidentaux. Ce qui revient à soutenir, au moins passivement, les gouvernements qui, sous couvert de «  démocratisation » et de « protection des civils », attisent cyniquement - dans ces pays qui, comme la Syrie, échappent à leur influence - tous les germes de division, sans la moindre considération pour les malheurs qui vont en résulter pour les populations concernées.

 

Les envoyés spéciaux ne parlent jamais de l’angoissante réalité des Syriens tétanisés par la peur de ces gangs armés qui kidnappent, torturent, rançonnent, tuent leurs père, fils, cousin, et les soldats qui viennent à leur secours ; horrifiés quand ils reconnaissent un parent parmi les cadavres mutilés montrés sur Aljazeera ou Alarabya, et entendent les véritables assassins dire que les auteurs de ces atrocités « sont les soldats de Bachar el-Assad. »

C’est de cette dure et invraisemblable réalité que parle ce témoignage. Il conduit à comprendre que ce n’est pas l’armée régulière du gouvernement el-Assad qui fait le plus de mal au peuple syrien. Et à s’interroger sur les biais et la responsabilité de journalistes qui se contentent - intentionellement ou pas - de répéter ce que disent ces « opposants » armés qu’ils présentent en «  libérateurs ».

 

Silvia Cattori
7 février 2012

Traduit par Rim (le 6 février 2012) pour le site silviacattori.net.

L’écrivaine syrienne Nadia Khost — auteur de nombreux ouvrages, d’essais, et de nouvelles portant sur l’histoire, l’architecture, la conservation et la protection du patrimoine de la Civilisation Arabe — vit à Damas.



[1] Les quartiers de Bab Sba et Bab Dreib sont sous le contrôle des groupes armés opposés au gouvernement.

 

Source : silviacattori.net


Par Silvia Cattori - Publié dans : Syrie - Communauté : Blog citoyen en Haute-Garonne
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Mercredi 8 février 2012 3 08 /02 /Fév /2012 07:12
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Par Jacques Cheminade - Publié dans : Elections présidentielles - Communauté : Blog citoyen en Haute-Garonne
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Mardi 7 février 2012 2 07 /02 /Fév /2012 21:08
Témoignage
 
Le Syrien qui témoigne ici vit à Homs, dans le quartier où a été tué Gilles Jacquier en même temps que huit sympathisants syriens du gouvernement Assad. Les obus tombaient tout autour de son immeuble au moment où nous parlions. Tétanisé par la peur et l’angoisse de la mort qui rôdait, il parlait à voix basse, difficilement.
6 février 2012 | Thèmes (S.Cattori)
 

Nous croyons ce que ce cadre, père de deux enfants, nous a dit avec sobriété. Nous croyons en sa sincérité. Ce qu’il affirme contredit ce qu’affirment les autorités politiques -impliquées dans le conflit- et nos médias, qui persistent à nier la réalité ; à attribuer les destructions et les assassinats aux forces armées syriennes et à affirmer à tort qu’elles torturent des enfants, violent des jeunes filles, tuent intentionnellement des civils.

 

En opposant leur véto à la résolution proposée par l’Occident et ses alliés arabes des pays du Golfe, la Chine et la Russie viennent de montrer qu’elles ne sont pas dupes de cette colossale désinformation. Mais, depuis que le Conseil de sécurité de l’ONU s’est réuni, ces bandes armées ont redoublé de sauvagerie se sentant de toute évidence fortes du soutien que leur apporte la prétendue « communauté internationale ».

 

Silvia Cattori : Dans un article du 4 février, le journaliste de l’AFP, Khaled Soubeih [1], affirme que, selon des militants, « dans la nuit, les forces du régime ont bombardé au mortier et au char plusieurs quartiers rebelles comme Baba Amro, Bab Dreib, Bab Sebaa, Bayada, Wadi Araba, et surtout Khaldiyé. » Le Conseil national syrien (CNS) fait, lui, état d’au moins 260 morts et de centaines de blessés. Est-ce bien votre point de vue sur ce qui s’est passé dans la nuit du vendredi 3 au samedi 4 février 2012 ?


Réponse : Ils tirent de tous côtés…ils veulent juste tuer…Leurs tirs ont tué 20 militaires qui se trouvaient dans notre quartier (Hadara)… Ce sont eux qui tirent et nous bombardent. Vous entendez ? Ils lancent des bombes sur notre quartier en ce moment [11h40 du dimanche 5 février] Ils tirent et tuent pour tuer aussi bien des alaouites que des sunnites dont ils contrôlent les quartiers.

 

Silvia Cattori : Quand vous dites « ils », « eux » qui désignez-vous ?

 

Réponse : Je parle des opposants armés contre Bachar.

 

Silvia Cattori : On a vu des images montrant des opposants devant des dizaines de corps recouverts de linceuls blancs que l’on a dit avoir été tués dans le quartier de Khaldiyé. Alors, selon vous, ce sont les corps de civils et de militaires exécutés par des groupes armés ?


Réponse : Oui. Ce sont eux qui les ont tués. Parmi ces corps, des gens de notre quartier ont reconnu des personnes qui avaient été kidnappées [2], certaines depuis longtemps. Ils ont enlevé beaucoup de gens. Les enlèvements ont commencé en avril.

 

Silvia Cattori : A-t-on reconnu parmi ces corps une personne enlevée que vous connaissiez ? Le ministre des Affaires étrangères françaises, Alain Juppé, a parlé de 100 enfants tués à Homs l’autre jour…


Réponse : Des parents de mon quartier ont reconnu, parmi ces cadavres, une vingtaine d’hommes qui avaient été kidnappés. Ils portaient des traces de torture. Ils n’ont pu voir tous les corps. Ils n’ont vu ni femmes ni enfants, parmi les cadavres. Ils ont vu les corps d’hommes, de disparus, de parents, présentant pour certains des traces de torture apparemment antérieures à la mort ; ils ont assuré que ces hommes avaient été enlevés auparavant, qu’ils paraissaient avoir été exécutés et non pas tués par des obus.

 

Silvia Cattori : Savez-vous combien de personnes ont été enlevées par ces groupes armés depuis avril ?


Réponse : On ne sait pas exactement…mais beaucoup d’hommes ont disparu. L’un d’eux est mon cousin. Ils l’ont kidnappé il y a 15 jours. On n’a plus eu aucune nouvelle. Il y a des familles ici qui ont eu des fils, des pères ou des oncles kidnappés. On estime à quelques 400 le nombre de personnes enlevées, disparues.

Je connais un autre cas récent. Celui du frère d’une amie. Il est parti en voiture le 24 janvier et on ne l’a plus revu. Sa famille a eu des nouvelles de lui par téléphone il y a 4 jours disant que ses ravisseurs demandent une rançon. La famille est en train de trouver une somme importante … Il arrive que, une fois trouvé, l’argent se perde en route, car le médiateur se fait tuer…

 

Silvia Cattori : Mais, ici, on dit que l’armée viole, torture les enfants...On dira en vous lisant que c’est peut-être l’armée qui kidnappe les gens ?


Réponse : Tout cela ne reflète pas ce que nous voyons depuis notre côté. Ce sont les opposants armés qui assiègent, qui kidnappent, qui tuent et torturent les enfants dont l’on voit ensuite la photo sur Aljazeera. Ils attribuent leurs crimes à l’armée syrienne. Les destructions, les morts, les blessés que nous avons, ce sont les opposants armés qui en sont responsables.

 

Silvia Cattori : Toujours est-il que ce chiffre de 260 civils [3] « dont une centaine d’enfants et de femmes », qui auraient péri sous les obus de l’armée d’Assad dans le faubourg de khalidiya, à Homs, la nuit du vendredi 3 février, ont mis le monde en émoi ; ce qui n’arrange pas les choses. Or, parmi les corps exposés à Khaldiyé on ne voit ni femmes ni enfants. On voit des jeunes hommes dont les corps portent des traces de tortures. Ils ne paraissent pas avoir été tués sous les décombres, suite à des bombardements. Tout cela confirme ce que vous nous avez dit. Que les tueries sont davantage le fait de groupes armés. Il est important de mettre cela au clair ; car si ce que vous dites - que les corps exposés sont ceux de gens qu’ils ont préalablement enlevés et exécutés - cela incrimine ceux qui, comme Obama et Sarkozy, couvrent les atrocités de ces opposants car ils veulent obtenir le renversement d’Assad coûte que coûte. Y a-t-il des photos des immeubles qu’ils auraient bombardés ?


Réponse : Oui. Ils ont bombardé Hadara, notre quartier (là où ils ont tué Gilles Jacquier - Nda) vendredi nuit. Les tirs partaient depuis Baba Amro, Bab Dreib, Bab Sebaa, Bayada, Khaldiyé …dans tous les sens. Ce n’étaient pas des tirs qui partaient de l’endroit où se trouvaient des forces armées gouvernementales qui sont ici dans notre quartier pour nous protéger. C’est un petit quartier le nôtre.

 

Silvia Cattori : Alors, ce qu’ont rapporté des Syriens par téléphone au journaliste de l’AFP n’est pas vrai ?


Réponse : Non, ce n’est pas vrai. Ils sont lourdement armés. Ils ont pris le contrôle de Baba Amro, Bab Dreib, Bab Sebaa, Bayada, Khaldiyé... Ils détruisent, tuent, blessent les gens. Ils bombardent en ce moment…Ce sont eux (les groupes islamistes armés) qui font exploser des bâtiments, qui menacent les gens pas seulement dans notre quartier, partout. Il y a des tirs en ce moment dans plusieurs endroits. Les habitants appellent l’armée à l’aide.

Silvia Cattori : Avez-vous peur en ce moment ?


Réponse : Oui, on est effrayés. C’est très dangereux pour nous.

 

Silvia Cattori :On peine à comprendre comment ces groupes peuvent « contrôler » la population de quartiers entiers de la ville de Homs ?


Réponse : Ils sont entrés dans les quartiers ; ils s’y sont installés par la terreur ; ils maintiennent les habitants sous la menace ; ils les obligent à collaborer pour les protéger ; ils les obligent à fermer leurs échoppes, les écoles.

 

Silvia Cattori : Qu’est-ce qui est le plus difficile pour vous qui êtes exposés à leurs tirs ?


Réponse : On ne peut pas sortir, on ne peut pas voir d’autres gens, on vit dans la crainte permanente qu’une bombe nous touche, nous tue. Nous ne vivons pas en sécurité…Je ne peux pas aller à mon travail ; il y a sans cesse des bombardements dehors ; ils nous tuent dès que l’on sort ; la maison de mon voisin a été détruite…

Silvia Cattori : Depuis quand la situation est-elle devenue à ce point intenable ?


Réponse : Depuis deux jours cela est allé de pire en pire. Mais les choses se sont aggravées depuis sept jours.

 

Silvia Cattori : Avez-vous l’impression que l’administration d’el-Assad ne fait pas ce qu’il faut pour vous protéger ?


Réponse : Ils font de leur mieux dans un contexte très difficile.

 

Silvia Cattori : Les journalistes des médias traditionnels parlent de manifestants pacifiques, d’une révolution qui promet la démocratie…


Réponse : Non, il n’y a pas de manifestations pacifiques de leur côté. Toutes leurs manifestations sont violentes, sont des incitations à la violence.

 

Silvia Cattori : Ce que vous dites atteste que ce que les politiques et les médias qualifient chez nous de « militants pro-démocratie » sont en réalité des groupes armés qui terrorisent la population. C’est tout de même une douloureuse équation. Que ressentez-vous quand vous entendez MM. Alain Juppé et Gérard Araud, l’ambassadeur de France à l’ONU, donner raison à ces opposants armés qui vous tuent, vous kidnappent et tuent les soldats qui, avec la meilleure volonté, n’arrivent pas à vous protéger ?

 

Réponse : Ce que je ressens ? De la tristesse. Je suis très triste pour mon pays, mon peuple…je ne cesse de me demander pourquoi ils mentent…Nous sommes ici face à l’inconnu…Je remercie la Russie et la Chine pour avoir opposé leur veto au Conseil de sécurité. Car si eux aussi laissent faire ce que veulent d’autres pays, ce qui est arrivé en Libye arrivera ici en pire…

J’aimerais dire aux journalistes et aux responsables politiques que par leurs mensonges, par leur biais en faveur des opposants armés qui nous terrorisent, ils détruisent l’esprit, et surtout l’âme de notre jeunesse.

 

Silvia Cattori : Nous vous remercions d’avoir accepté de nous répondre. Nous allons faire de notre mieux pour faire connaître votre témoignage.


*****


Atterrée par ce que nous venions d’entendre, nous avons posé le téléphone tout en sachant que nos politiciens et nos médias ne voudront pas l’entendre [4]. (5 février 2012 )

 

Post scriptum

Ce matin, 6 février, alors que nous nous apprêtions à publier ce témoignage, en entendant dire sur France Culture que l’armée syrienne pilonnait sans discontinuer depuis samedi les opposants, et l’invité du matin, Salam Kawabiki, opposant syrien résidant à Paris, se plaindre que « malheureusement les médias du régime (sont) relayés par des sites d’extrême droite français... » [5], nous avons dressé l’oreille. Salam Kawabiki parlait de plus de 400 morts du côté des opposants dans la nuit de vendredi. Opposants qu’il présente comme étant totalement pacifiques, manifestant en chantant, comme les membres d’une révolution qui a «  développé un humour syrien ».

 

Nous ne l’avons pas cru. Tout ce qu’il disait transpirait la propagande, ne cadrait aucunement avec ce que, depuis des mois, nos contacts à Homs, terrorisés par les opposants armés, disent et répètent. Nous les avons rappelés pour leur demander qui les pilonnait aujourd’hui. Il nous ont dit : « Aujourd’hui les groupes armés ont attaqué le centre de communication ; ils ont fait exploser des immeubles dans le quartier d’al-Nazihin et le quartier al-Inchaat ; ils ont menacé de faire sauter d’autres immeubles dans d’autres quartiers ; sur les toitures des pneus brûlent [6] ; les habitants appellent l’aide de l’armée ».

Silvia Cattori

Pour des raisons de protection nous n’indiquons pas le nom de nos correspondants.

Cet entretien n’aurait pas pu être réalisé sans le précieux soutien de Rim, une jeune Syrienne.



[1] « Syrie : choc et horreur dans la ville dévastée de Homs », par Khaled Soubeih, (AFP) 4 février 2012.

[2] Mgr Jean-Clément Jeanbart dit lui aussi que « des gens sont tués en plein jour, kidnappés par des gangsters, qui demandent des rançons élevées » Voir :
http://www.silviacattori.net/article2780.html

[3] Le correspondant de la BBC en Arabe qui se trouvait à Homs du côté des rebelles estime lui à 50 le nombre des tués (et non pas 260), tout en précisant que, dans le chaos actuel, il est difficile de compter.

[4] Voir : « Les Syriens sont une majorité à soutenir le président Assad, mais ce n’est pas des médias occidentaux que vous pourriez l’apprendre », par Jonathan Steele, The Guardian, 17 janvier 2012.

[5] Il y a de nombreux sites d’information en France, de sensibilités politiques diverses, qui publient des auteurs sérieux et sans biais, (traduisent également des auteurs étrangers comme MAHDI DARIUS NAZEMROAYA, BILL VAN AUKEN, PEPE ESCOBAR, JEREMY SALT, JONATHAN STEELE, etc), infiniment plus crédibles, au sujet de ce qui se passe au Moyen et au Proche Orient, que les journalistes Christophe Ayad ou Georges Malbrunot, publiés par Le Monde et Le Figaro

[6] Il y a deux jours, sur Facebook, de prétendus « révolutionnaires démocrates épris de liberté » ont appelé à mettre le feu a des pneus sur les toitures des bâtiments à Homs.

 

Source: silviacattori.net


Par Silvia Cattori - Publié dans : Syrie - Communauté : Blog citoyen en Haute-Garonne
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Mardi 7 février 2012 2 07 /02 /Fév /2012 17:37
 

Par John Pilger

 

Le 19 Janvier 2012,

 

url de l’article original:

http://www.johnpilger.com/articles/the-world-war-on-democracy

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

 

Lisette Talate est décédée l’autre jour. Je me rappelle d’une fine femme à l’intelligence aiguisée qui masquait sa peine avec une détermination qui était une présence en elle-même. Elle était la personnification de la résistance des peuples à la guerre contre la démocratie. Je l’ai d’abord entr’aperçu dans un film du bureau des colonies datant des années 1950, à propos des gens des îles Chagos, une petite nation créole vivant à mi-chemin entre l’Afrique et l’Asie dans l’Océan Indien. La caméra se déplaçait dans des villages fourmillant, une église, une école, un hôpital, construits dans un endroit phénoménal de beauté naturelle et de paix. Lisette se rappelle du producteur du film lui disant à elle et ses amies adolescentes: “Continuez à sourire les filles !”

 

Assise dans sa cuisine de l’île Maurice plusieurs années plus tard, elle dit: “On n’avait pas besoin de me demander de sourire. J’étais une enfant heureuse, parce que mes racines descendaient profondément dans ces îles, mon paradis. Mon arrière grand-mère était née là-bas, j’ai fait 6 enfants là-bas. Voilà pourquoi ils ne pouvaient pas nous jeter légalement en dehors de nos maisons; ils devaient nous terrifier pour que nous partions ou nous forcer à partir. Au début, ils ont essayé de nous affamer. Les vaisseaux de ravitaillement cessèrent de venir, ensuite ils ont répandu les rumeurs que nous serions bombardés, puis ils se sont retournés contre nos chiens.”

 

Au début des années 1960, le gouvernement travailliste (NdT: les “socialistes” britanniques) d’Harold Wilson acquiesça secrètement à une demande de Washington pour que l’archipel des Chagos, une colonie britannique, soit “nettoyée” et “aseptisée” de ses 2 500 habitants afin qu’une base militaire puisse être construite sur l’île principale de l’archipel, l’île de Diego Garcia. “Ils savaient que nous étions inséparables de nos animaux domestiques”, dit Lisette, “quand les soldats américains sont arrivés pour construire la base, ils firent reculer leurs gros camions jusqu’aux baraques de briques dont nous nous servions pour préparer les noix de cocos; des centaines de nos chiens avaient été emprisonnés dedans. Ils les ont gazé avec des raccords fait à leur pots d’échappement. On pouvait les entendre hurler.”

 

Lisette, sa famille et des centaines d’insulaires furent mis de force sur un vieux bateau à vapeur rouillé à destination de l’île Maurice, distante de 4 000 km. Ils devaient dormir dans les cales contenant du fertilisant: de la merde d’oiseaux. La météo était dure, tout le monde était malade; deux femmes firent des fausses-couches. Larguée sur les quais de Port Louis, les deux plus jeunes enfants de Lisette Jollice et Régis, moururent à une semaine d’intervalle. “Ils sont morts de tristesse”, dit-elle. “Ils avaient tout entendu et ont vu l’horreur du gazage de nos chiens. Ils savaient qu’ils quittaient leur maison pour toujours. Le médecin de Maurice nous a dit qu’il ne pouvait pas guérir la tristesse.”

 

Cet acte fut fait dans le plus grand des secrets. Dans un document d’archive officiel, sous le titre de “Maintenir la fiction”, le conseiller juridique du ministère des affaires étrangères exorte ses collègues de camoufler leurs actions en “reclassifiant” la population comme étant une population “flottante, nomade” et de “refaire les règles au fur et à mesure”. L’article 7 des statuts du TPI dit que “la déportation ou le transfert forcé de populations” est un crime contre l’humanité. Que la Grande-Bretagne ait commis un tel crime en échange d’une ristourne de 14 millions de dollars sur un sous-marin nucléaire américain Polaris, n’était pas dans l’agenda d’un groupe de correspondants de la “défense” qui furent envoyés aux îles Chagos par le ministère de la défense lorsque les travaux de la base américaine furent terminés. “Il n’y a rien dans nos dossiers”, dit un officiel du ministère, “à propos des habitants ou à propos d’une évacuation.”

 

Aujourd’hui, l’île de Diego Garcia est cruciale à la guerre contre la démocratie menée par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. Les plus gros bombardements qui ont eu lieu en Afghanistan et en Irak ont été lancés de cette base, au delà de laquelle le cimetière et l’église abandonnés par les insulaires se dressent comme des ruines archéologiques. Le jardin en terrasse d’où Lisette souriait à la caméra est maintenant un dépôt pour des bombes anti-bunkers transportées sur leurs lieux de bombardements sur deux continents par des bombardiers B-2 furtifs aux allures de chauve-souris. Une attaque sur l’Iran commencera de là. Comme pour compléter le blason du pouvoir criminel omni-présent, la CIA y a ajouté une prison du style de Guantanamo pour les victimes de son programme de “rendition”, appelé “Camp Justice”.

 

Ce qui fut fait au paradis de Lisette a une signification forte et universelle dans la mesure où cela représente la nature violente et sans pitié d’un système entier derrière sa façade démocratique et la mesure de notre propre endoctrination avec ses suppositions messianiques, décrites par Harold Pinter comme “de brillants numéros d’hypnose, spirituels même, qui fonctionnent”. Plus longue et plus sanglante que toute guerre depuis 1945, faite avec des armes démoniaques et un gangstérisme déguisé en politique économique, parfois connu sous le nom de mondialisme, la guerre contre la démocratie n’est pas mentionable dans les cercles de l’élite. Comme l’a écrit Pinter: “Cela ne s’est jamais produit et dans le même temps cela se produisait”. En Juillet dernier, l’historien américain William Blum a publié son sommaire mis à jour des statistiques de la politique étrangère américaine. Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, les Etats-Unis ont:

 

1. Tenté de renverser plus de 50 gouvernements la plupart d’entr’eux démocratiquement élus.

2. Tenté de supprimer un mouvement populiste ou national dans 20 pays.

3. Interféré éhontement dans des élections démocratiques dans au moins 30 pays.

4. Bombardé les populations de plus de 30 pays.

5. Tenté d’assassiner plus de 50 leaders politiques étrangers.

 

Au total, les Etats-Unis ont commis une ou plus de ces actions dans 69 pays. Dans la plupart des cas, la Grande-Bretagne a été la complice et la collaboratrice. L’”ennemi” change de nom, de communisme à islamisme, mais le plus souvent c’est la montée de mouvement démocratique indépendant du pouvoir occidental ou une société occupant un territoire stratégiquement utile, jugée aléatoire, comme les îles Chagos.

 

La véritable échelle de la souffrance, sans parler de celle de la criminalité impliquée, n’est pas connue en occident, malgré la présence des systèmes de communication les plus avancés au monde, nominalement le journalisme le plus libre et l’académie la plus admirée. Que le plus grand nombre de victimes du terrorisme, du terrorisme occidental, soient les musulmans est quelque chose qu’on ne peut pas dire, si cela est seulement su. La mort d’un demi million d’enfants irakiens dans les années 90 suite à l’embargo imposé par la Grande-Bretagne et l’Amérique n’a absolument aucun intérêt. Que le djihadisme extrême, celui qui mena aux attentats du 11 Septembre, fut couvé et développé comme une arme par la politique occidentale (“Opération Cyclone”) est une information connue des spécialistes mais autrement complètement supprimée.

 

Alors que la culture populaire en Grande-Bretagne et en Amérique immerge la seconde guerre mondiale dans un bain éthique pour les vainqueurs, les holocaustes qui émergent de la domination anglo-américaine des régions riches en ressources naturelles sont consignés dans le tiroir de l’oubli. Sous le tyrant indonésien Suharto, adoubé “notre homme” par Thatcher, plus d’un million de personnes furent massacrées. Décrit par la CIA comme “le pire massacre de masse de la seconde partie du XXème siècle”, les estimations ne prennent même pas en compte le tiers de la population du Timor oriental qui fut affamé ou massacré avec la complicité de l’occident, des avions et des mitrailleuses britanniques.

 

Ces histoires vraies sont racontées dans des documents déclassifiés et archivés dans les archives publiques, néanmoins elles représentent une dimension entière de la politique et de l’exercice du pouvoir complètement exclu de la vie publique et de la considération du public. Ceci fut réalisé par un régime non-coercitif de contrôle de l’information, depuis le mantra évangélique de la publicité consumériste aux informations de la BBC en passant par les médias sociaux éphémères.

 

C’est comme si les écrivains faisant fonction de rempart n’étaient plus ou sont sous l’emprise d’un zeitgeist sociopathe, convaincus qu’ils sont trop intelligents pour être dupés. Voyez la ruée des sycophants en mal de déifier Christopher Hitchens (NdT: journaliste anglo-américain grand supporteur de la guerre d’Irak), un amoureux de la guerre qui s’est languit d’être autorisé à justifier les crimes du pouvoir prédateur. “Pour presque la première fois depuis deux siècles”, écrivit Terry Eagleton, “il n’y a pas de poète britannique éminent, de dramaturge ou de romancier, préparés à questionner les fondations même du mode de vie occidental”. Plus d’Orwell pour nous dire que nous ne devons pas nécessairement vivre en société totalitaire pour être corrompu par le totalitarisme. Plus de Shelley pour parler pour les pauvres, plus de Blake proférant une vision, plus d’Oscar Wilde pour nous rappeler que “la désobéissance, aux yeux de tous ceux qui ont lu l’histoire, est la vertu originelle de l’Homme.”

 

Et plus de Pinter rageant contre la machine de guerre comme dans American Football:

Hallelujah.Praise the Lord for all good things … [Rendons grâce à Dieu pour toutes les bonnes choses...]

We blew their balls into shards of dust, [Nous leur avons explosé les couilles en débris de poussière,]

Into shards of fucking dust … [En débris de putain de poussière...]


En débris de putain de poussière s’en vont toutes les vies détruites là par Barack Obama l’Auguste du changement et de l’espoir de la violence occidentale. Quand un des drones d’Obama élimine une famille complète dans une région tribale lointaine du Pakistan, de Somalie, ou du Yémen, les contrôleurs du jeu américains devant leurs écrans de jeu vidéo, tapent sur leur clavier “insecte écrabouillé” (NdT: “bugsplat” en anglais). Obama aime les drones et a fait des plaisanteries à ce sujet avec les journalistes. Une de ses premières actions comme président des Etats-Unis fut d’ordonner une vague d’attaques de drones Predator sur le Pakistan, qui tua 74 personnes. Il a depuis tué des milliers de personnes, pour la plupart des civils. Les drones Predator tirent des missiles Hellfire “feu de l’enfer” qui vide les poumons des enfants de leur air et laissent des lambeaux de chair humaine sur le terrain.

 

Rappelez-vous des manchettes de journaux noyées de larmes lorsque la “marque” Obama fut élue: “Monumental, donne la chair de poule”, titra le Guardian. “Le futur américain”, écrivit Simon Schama “est fait de vision, sacré, léger…” Le chroniqueur du San Francisco Chronicle y vît “un éclairagiste spirituel qui peut pousser pour une nouvelle façon d’être sur la planète”. Au delà de ce radotage, comme l’avait prédit le grand lanceur d’alerte Daniel Ellsberg, un coup d’état militaire se déroulait à Washington et Obama était leur homme. Après avoir séduit le mouvement anti-guerre jusqu’à un silence virtuel, il donna à la classe des officiers militaires corrompue américaine des pouvoirs d’état et d’engagement sans précédent. Ceci inclut la possibilité de guerres en Afrique et des opportunités de provocations contre la Chine, le plus grand créditeur de l’Amérique et nouvel “ennemi” d’Asie. Sous le régime Obama, la vieille source de paranoïa officielle, la Russie, a été encerclée par un rideau de missiles ballistiques et l’opposition russe a été infiltrée. Des équipes d’assassins de la CIA et de l’armée ont été déplacées dans 120 pays, les attaques planifiées de longue date sur la Syrie et l’Iran laissent présager d’une guerre mondiale. Israël, le clone américain de la violence et de l’illégalité par proxy vient juste de recevoir son argent de poche annuel de 3 milliards de dollars avec la bénédiction d’Obama pour voler toujours plus de territoires palestiniens.

 

La réussite la plus “historique” d’Obama a été d’amener la guerre contre la démocratie sur le sol de l’Amérique. Au réveillon du nouvel an, il signa la loi du National Defense Authorization Act (NDAA), une loi qui donne le droit au Pentagone de kidnapper à la fois des étrangers et des citoyens américains, de les détenir de manière indéfinie, de les interroger, de les torturer et même de les tuer. Les victimes n’ont seulement besoin que d’être “associées” avec ceux qui sont en guerre contre les Etats-Unis. Il n’y aura aucune protection légale, aucun procès, aucune représentation légale. Ceci est la première législation qui abolit le Habeas Corpus (le droit a une procédure judiciaire légale) et réfute de facto les droits civiques de 1789.

 

Le 5 Janvier, dans un discours incroyable au Pentagone, Obama a dit que l’armée devra non seulement être prête “à sécuriser territoires et populations” à l’étranger, mais également à se battre ™à domicile” et “donner du soutien aux autorités civiles”. En d’autres termes, les troupes américaines seront déployées dans les rues des villes des Etats-Unis lorsque les troubles sociaux inévitables se déclancheront.

 

L’Amérique est aujourd’hui un pays de la pauvreté épidémique et de prisons barbares: la conséquence d’un extrémisme de marché, qui sous Obama, a favorisé le transfert de 14 000 milliards de dollars d’argent public aux entreprises criminelles de Wall Street. Les victimes en sont le plus souvent les jeunes chômeurs, sans abri, incarcérés afro-américains, qui ont été trahis par le premier président noir américain. Le corollaire historique d’un état de guerre perpétuel, ceci n’est pas le fascisme, pas encore du moins, mais cela n’est pas non plus la démocratie dans une forme reconnaissable, indépendemment de la politique placebo qui se déroulera juqu’à Novembre. La campagne présidentielle, dit le Washington Post va “mettre en scène le choc des philosophies enracinées dans des vues différentes de l’économie.” Ceci est faux. La tâche qui incombe au journalisme des deux côtés de l’Atlantique est de créer l’illusion d’un choix politique là où il n’y en a aucun.

 

La même ombre plane sur la Grande-Bretagne et la plupart de l’Europe où la social-démocratie, un article de foi il y a encore deux générations, a capitulé devant les dictateurs des banques centrales. Dans la “grande société” de David Cameron, le vol de 84 milliards de Livres en emplois et en services dépasse même le montant des impôts “légalement” évités par les entreprises pirates. Le blâme demeure non pas avec l’extrême-droite, mais avec une culture politique libérale couarde qui a permis à tout cela de se produire, ce qui, écrivit Hywel Williams juste après les attentats du 11 septembre 2001, “peut devenir en soi une forme de fanatisme de l’auto-satisfaction”. Tony Blair est un de ces fanatiques.. Dans sa gestion indifférente des libertés qu’il clame pourtant être chères, la Grande-Bretagne bourgeoise blairienne a créé un état policier avec plus de 3000 lois et actes délictuels nouveaux: plus que pour l’ensemble du siècle précédent. La police croit de manière évidente qu’elle a l’impunité totale de tuer. A la demande de la CIA, des cas juridiques comme celui de Binyam Mohamed, un citoyen britannique innocent, torturé puis emprisonné pour cinq ans à Guantanamo, seront traités dans des cours de justice spéciales et secrètes en Grande-Bretagne afin de “protéger les agences de renseignement”, les bourreaux.

 

L’état invisible a permis au gouvernement de Blair de lutter contre les habitants des îles Chagos alors qu’ils se levaient de désespoir depuis leur exil pour demander justice dans les rues de Port Louis et de Londres. “Seulement quand vous menez une action directe, face à face, et même que vous enfreignez la loi, alors on vous remarque”, a dit Lisette. “Et plus vous êtes petit, le plus grand est l’exemple pour les autres.” Une telle réponse éloquente donne de quoi réfléchir à ceux qui demandent toujours: “Que puis-je faire ?”

 

J’ai vu pour la dernière fois la fine silhouette de Lisette debout sous une pluie battante, aux côtés de ses camarades devant le parlement. Ce qui me frappa par dessus tout fut le courage endurant de leur résistance. C’est le refus d’abandonner que le pouvoir pourri craint par dessus tout, car il sait que c’est la graine plantée sous la neige.

 

For more information on John Pilger visit his website at www.johnpilger.com

 

Source : Resistance71

Par John Pilger - Publié dans : Société - Communauté : Blog citoyen en Haute-Garonne
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Mardi 7 février 2012 2 07 /02 /Fév /2012 10:33

Dans quelques semaines nous sommes invités à élire notre président de la république.

Dans leur très grande majorité, les françaises et les français réclament le changement. Mais quel changement ? Où le trouver ? Qui nous le propose vraiment ?

 

Avec le recul, si on considère la trajectoire suivit depuis la présidence de Georges Pompidou jusqu'à celle de Nicolas Sarkozy qui va s'achever, il est aisé de s'apercevoir que l'alternance droite-gauche ne marque pas de changement notoire. Globalement, c'est la même politique qui est suivit depuis plus de 40 ans, et c’est cette politique qui nous a conduit au désastre que nous connaissons actuellement. Ce sont pourtant ces mêmes familles politiques, qui sont désavouées par près de 70% des français, qui osent encore se présenter à nos suffrages en prétendant incarner le changement. 

 

La trajectoire suivit depuis une quarantaine d’années défait tout ce qui avait été péniblement acquis au cours des décennies précédentes : démantèlement de la Sécurité Sociales, démantèlement des régimes de retraites, démantèlement du code du travail, démantèlement de l’enseignement public,  etc, etc…Pour tout dire en quelques mots : démantèlement de la cohésion sociale. Le maitre mot est devenu  le «chacun pour soi ». Plus les années passent et plus d’hommes et de femmes sombrent dans la misère. Nous sommes entrés dans une phase décadente de notre civilisation. Il n’y a plus de spiritualité authentique, plus d’art véritable. On se contente de distraire les gens pour qu’ils ne réfléchissent pas trop. Plus le temps passe, et plus les hommes s'enfoncent dans la fange de leurs bas instincts. Les actualités de tous les jours nous en fournissent la preuve.

 

Le mensonge est le maître de nos journaux papier ou du petit écran. Nos élus, de la plus petite collectivité territoriale jusqu’au plus haut niveau de l’état le pratique avec aisance. On nous ment à propos de la Libye, de la Syrie, de l'Iran, du Venezuela, de la Russie.... A propos de tout ce qui ne va pas dans le sens du « politiquement correct » prôné pas le camp occidental. On nous ment aussi à propos de la crise financière, de l’Europe, de le Grèce, de l’Espagne, du Portugal, de la France. On nous ment pour nous faire regarder dans une seule direction, celle des intérêts des mieux nantis, alors que d’autres choix s’offrent à nous.

 

Il est quant même curieux que des partis qui se disent de gauche adhèrent à ces mensonges, et à ce choix de société. Pour moi, la gauche représentait le progrès, la marche en avant de l'humanité vers plus de fraternité, plus de conscience, et nous la voyons ici faire cause commune avec la droite pour paupériser des populations et soumettre la planète aux diktats de quelques pays impérialistes, des multinationales et des banques par des arguments carottes tels que les droits de l'homme, la liberté, la démocratie, le pouvoir d’achat ou la sécurité. Il ne s’agit là que de paroles creuses sans mise en pratique. C’est même le contraire qui se produit, la démocratie s’en va, la liberté s’en va, le pouvoir d’achat diminue, et l’insécurité augmente.

.

Il ne peut pas y avoir de liberté et de démocratie dans l'ignorance et par le mensonge. L’ignorance et le mensonge sont les armes des dictateurs. Je ne vois guère de candidats à la présidence proposer un changement car ce changement ne peut se faire que part une véritable rupture d'avec ce qui s'est fait depuis plus de 40 ans.

 

En tout cas, le changement n'est ni chez Hollande, ni chez Bayrou, ni chez Le Pen, ni chez Mélanchon ou les Verts, pour ne citer que les noms dont nous abreuvent journaux et télé. Peut-être pourrait-on le trouver chez Jacques Cheminade ou d’autres, mais en avez-vous entendu parler ? Ils sont sans doute trop gênants pour que les informateurs aux mains du système nous présentent leurs idées et leur programme. Ils sont laissés dans l'ombre, à vous de les « dénicher », il n’y aura pas de journaliste honnête pour vous y aider.

 

En tout état de cause, ce qui est sure en ce qui me concerne, je ne voterai pour aucun des candidats qui font la une de nos journaux papiers ou télévisés, avec eux, c’est sûr, il n'y aura pas de changement véritable.

Par brigitte - Publié dans : Elections présidentielles - Communauté : Blog citoyen en Haute-Garonne
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