Mardi 18 août 2009 2 18 /08 /Août /2009 08:01

La base arrière-avancée de l’Organisation des Moudjahidine* du Peuple d’Iran (OMPI), a été investie par les forces gouvernementales irakiennes

L’OMPI ou MeK1, Moudjahidine du Peuple d’Iran, organisation militaire et sectaire protégée par Saddam Hussein, avait été, après la chute du dictateur, désarmée mais conservée au chaud par les troupes d’occupations anglo-saxonnes jusqu’au 28 juillet 2009, date de la prise de contrôle du camp par les forces irakiennes en application de l'accord de sécurité de novembre 2008 passé entre Washington et Bagdad.


Au printemps 2003, forts d’environ de 2400 combattants entraînés et fortement disciplinés, perinde ac cadaver, les Moudjahidine disposaient encore de matériels offensifs lourds, artillerie et blindés, constituant ainsi une force d’intervention opérationnelle autonome susceptible d’intervenir en territoire iranien, comme ce fut le cas lors de l'offensive « Lumière éternelle » de l’été 1988 lancée peu avant la signature du cessez-le-feu
entre Bagdad et Téhéran.   
 
 Bien qu’inscrite sur les listes du terrorisme international, l’OMPI bénéficie ouvertement, aujourd’hui plus que jamais, de forts appuis politiques dans les grandes capitales européennes. Tout comme à Washington où des groupes de pression institutionnels, remarquablement organisés et actifs tel le CNRI, le Conseil national de la résistance, servent de vitrine honorable à l’Organisation et de caisse de résonance aux campagnes lancées contre la République islamique. Leurs porte-parole officieux occupent ainsi une place importante sur les antennes de Voice of America dont les émissions à destination de l’Iran parviennent à échapper, selon toute apparence, au brouillage classique.
 
 Dès avant même la Révolution de 1979, à l’époque où Zbgniew Brzezinski convainc le président Carter d’abandonner Reza Chah, au moment où celui-ci laissait paraître des velléités de renationalisation du secteur pétrolier, les É-U auraient commencé à soutenir, voire encourager, l’activisme terroriste des Moujahiddin e-Khalq dans la perspective d’établir une « République iranienne orientée vers le fédéralisme ». Un choix « fédéral » clairement inscrit dans la charte constitutive du mouvement et dont la logique implicite est celle d’un éclatement de la nation iranienne en provinces autonomes. Constatons que l’apparent échec de la politique américaine ces trente dernières années, en Iran et dans la Région (un fiasco sur lequel d’ailleurs nul n’insiste outre mesure), n’a cependant pas influencé l’Administration américaine quant à ses objectifs généraux ; ni à renoncer ou à modifier un projet qui poursuit vaille que vaille son bonhomme de chemin, qui en fait a pris un nouvel élan avec l’ouverture du dossier du nucléaire militaire en 2004 par le truchement de l’OMPI/CNRI, ce qui n’est sans doute pas une simple coïncidence.
 
 Or, il semble que ce ne soient pas des considérations purement humanitaires qui aient uniquement prévalu dans le maintien des troupes, certes désarmées, de l’OMPI au Kurdistan irakien, cela jusqu’au 28 juillet 2009 dans le contexte d’une « réorientation » de la politique américaine à l’égard de l’Iran,  alors que le Parlement irakien avait voté l’évacuation de cette base depuis juin 2007. Il n’en demeure pas moins que le maintien par la précédente administration américaine, d’une force d’intervention aguerrie, certes désarmée mais  susceptible d’être réactivée, est un aspect du dossier qu’il convient de garder présent à l’esprit.  Une force supplétive entraînée et disciplinée, pouvant être rendue opérationnelle selon des délais raccourcis, aurait pu, le cas échéant, participer à une offensive  en territoire iranien comme ce fut le cas en 1989 peu avant la signature du cessez-le-feu irano-irakien, même si alors l’opération se solda par un cuisant échec !
 
 Rien n’interdit de penser que telle tentative aurait pu être un jour réitérée à l’occasion d’une crise majeure politique ou militaire voire en cas de conflit, cela en parallèle avec des actions du PEJAK appuyé par le PPK, en vue d’ouvrir un front de diversion sur le flanc ouest du dispositif de sécurité iranien. Hypothèse qui n’a rien d’absurde si l’on considère que d’autres opérations de fixation pourraient simultanément être déclenchées, au Sud, dans le Khouzistan et à l’Est, au Baloutchistan.
 
 Ajoutons que, depuis le Camp Ashraf2, l’OMPI a longtemps assuré un important travail d’écoute des télécommunications iraniennes (militaires et
politiques) au profit du Pentagone en continuation de la mission de renseignement effectuée avant 2003 au profit du régime baasiste. L’OMPI en outre, par le truchement de ses réseaux et relais dans la classe politique occidentale, possède en effet la capacité d’injecter dans les circuits médiatiques internationaux, des informations obtenues par des canaux parallèles tels la NSA ou le Shin Beth, permettant aux  sources originales, par ce biais, de rester dans l’ombre. Un rôle de collecteur de renseignements stratégiques, mais, tout aussi important, une activité de diffuseur, de relais et de chambre d’écho, essentielle dans le cadre des stratégies indirectes mise en œuvre pour créer les conditions d’un changement de régime et faire évoluer la nation iranienne vers un fédéralisme de marché.
 
 Interrogé sur ses sources l’OMPI déclare faire appel au secteur privé pourvoyeur de renseignements à caractère stratégique, notamment au marché libre des images satellitaires.  Ainsi, les premières révélations relatives au programme nucléaire iranien, le 14 août 2002, interviennent par le canal d’Ali Reza Jafarzadeh, analyste attitré de la chaîne Fox News et membre des Moudjahidine du Peuple. De la même façon Ali Safavi , lui aussi membre des Moudjahiddine du peuple, et qui va créer à Londres en 2003, le Near East Policy Research dont les programmes sont focalisés sur les « droits de l’homme, les menaces régionales tels le terrorisme et la prolifération nucléaire, l’expansion de l’extrémisme religieux, la construction de la démocratie et les défis économiques », remet en août 2002, à Vienne, à l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), des clichés satellites relatifs aux installations de retraitement iraniennes, images qui donnent le coup d’envoi de la campagne dirigée contre l’Iran de cette date à aujourd’hui. Campagne internationale relative au programme nucléaire iranien, l’ensemble constituant un ensemble détonnant pouvant éventuellement déboucher sur la « guerre » selon les propos du  Ministre français des
Affaires étrangères, M. Kouchner, en septembre 2007 !   
 
 Reste que, depuis le 3 décembre 2007 et le rapport du NIE, il serait loisible de supposer que  ces révélations quant au caractère offensif du programme nucléaire iranien, pourraient n’avoir été qu’un élément de manipulation parmi d’autres mesures actives, initiées dans le cadre d’un  ambitieux plan de déstabilisation de la République islamique. Comme précédemment évoqué, dans l’hypothèse d’un changement de régime en Iran, l’OMPI pourrait être appelée à occuper une certaine place - au moins dans la phase de transition -  dans  la construction d’un État fédéral iranien, l’une des idées organiques de la « Constitution » interne du mouvement.  
 
 En tant qu’organisation militaire (l’arrière-salle de la vitrine politique plus familière aux élus européens), et à l’instar du PKK, l’OMPI demeure de toute évidence l’un des atouts dont disposent les É-U dans leur guerre cachée pour le démembrement de la puissance iranienne. Il ne s’agit évidemment pas d’une simple hypothèse d’école, mais d’une tendance géopolitique  inscrite dans la longue durée contemporaine et dont nous voyons ici et maintenant les effets, avec pour preuve de la remarquable efficacité dont l’Administration américaine a fait preuve dans le dossier des Balkans : en effet il n’aura fallu que quinze ans pour achever, avec l’indépendance du Kossovo en février 2008, le démantèlement de la Fédération yougoslave, puissance régionale et ex-pourvoyeur d’armes de l’Irak baasiste.  
 
 L’OMPI, quoique privée de sa base arrière-avancée en territoire irakien, n’en demeure pas moins un atout, une carte de réserve importante en raison de son organisation et de sa pénétration de l’establishment occidental européen et nord-américain (indépendamment du camp Asraf liquidé à bon escient, c’est-à-dire en temps opportun selon l’agenda du Département
d’État) car pouvant être appelé à jouer un rôle similaire à celui du Congrès national irakien que Washington avait instrumenté aux fins de justifier son invasion de l’Irak  en 2003. Cela indépendamment du fait que le
7 mai 2009, cent trois eurodéputés issus de 24 États membres de l'UE aient envoyé un message au Président Obama pour lui demander d’imiter l'exemple européen en effaçant l'Organisation des Moudjahidine du Peuple d’Iran de la liste des organisations terroristes.
 
 Jean-Michel Vernochet  pour Geopolintel
 
 9 Août 2009  

 
 Notes :
 
 * Moudjahidine étant le pluriel de « moudjahid » ne prend pas de "s" ; tout comme taliban est le pluriel de taleb.
 
 1 - L'Organisation des Moudjahiddines du peuple d’Iran, les Mujaheddin-e-Khalq (MeK), se présente comme un mouvement de résistance armée au régime des mollahs. À l’origine mouvement islamo-marxiste  d’opposition à la monarchie Pahlavi, après avoir collaboré à la Révolution islamique en 1979, ses positions se sont ultérieurement radicalisées jusqu’à une pratique revendiquée et assidue du terrorisme contre les intérêts iraniens, en particulier depuis leur sanctuaire irakien du camp Asraf, ceci sous couvert du régime baasiste.  Catalogué « organisation terroriste » depuis mai 2002 par l’UE, l’OMPI, grâce à d’efficaces actions de lobbying (par exemple en ralliant  à sa cause l’ancien Premier ministre et commissaire européen Édith Cresson), est parvenu en 2009 à se libérer de cette étiquette infamante, pourtant, dans son cas, largement justifiée. Rappelons qu’en 1971 les Moudjahidine du Peuple inaugurent leur lutte armée en tuant 6 conseillers américains ; le 28 juin 1981  le MeK revendique un attentat qui décime les dirigeants du Parti de la République Islamique, tuant l’ayatollah Behechti ainsi que quatre ministres, six vice-ministres et le quart du groupe parlementaire du PRI, soit 72 morts au total. Une organisation terroriste et sectaire donc qui en juin 2003, après les arrestations de leurs dirigeants en exil à Auvers-sur-Oise, en France, à l’initiative du juge anti-terroriste Jean-Louis Bruguière, suscite chez ses militants une vague d’immolations par le feu à Paris, à Rome, Londres, et Bruxelles; sacrifices fanatiques et commandés qui ont fait en France l’objet d’un procès à l’automne 2007.
 
 2 – Construit dans les années 80 et situé dans le gouvernorat de Diyala, à 100 km de la capitale irakienne et à moins de 80 km de la frontière iranienne, la prise de contrôle par la force (un millier d’hommes) du camp Asraf où se trouvait regroupé quelque 3500 combattants et cadres des MeK (désarmés par les forces d’occupation en 2003), aurait occasionné 200 blessés parmi les Moujahidine du peuple d’Iran et 60 parmi les membres des forces de sécurité dont 20 grièvement. Une prise de contrôle qui s'inscrit dans le cadre de l'accord de sécurité signé en novembre 2008 entre Washington et Bagdad et aux termes duquel  l’autorité sur le camp devait passer aux forces irakiennes. On imagine mal cependant que ce tardif  passage à l’acte, le 28 juillet 2009, ait relevé de la seule initiative du gouvernement Al Maliki, autrement dit sans feu vert de l’Administration américaine… laquelle se défausse, au moment opportun choisi par elle, d’une carte devenue sans valeur. Également, une concession irakienne à Téhéran, qui ne coûte guère à Bagdad mais constitue un indéniable élément de satisfaction pour les Iraniens dont s’était là une demande aussi pressante que récurrente.
Par brigitte - Publié dans : Iran
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Lundi 17 août 2009 1 17 /08 /Août /2009 21:35



AUTEUR:  Mohamed SASSI محمد الساسي

Traduit par  Tafsut Aït Baamrane


Le 27 juillet dernier, la cour spéciale antiterroriste de Rabat-Salé, au terme du long procès surréaliste du soi-disant « réseau Belliraj », a rendu un verdict incroyable mais attendu.
 Le principal accusé, Abdelkader Belliraj a été condamné à la réclusion à perpétuité. Les six prisonniers politiques faisant partie  des 35 accusés ont reçu les condamnations suivantes :

Mustapha Mouatassim et Mohamed Amine Regala, dirigeants du parti Al Badil Al Hadari (Alternative civilisationnelle), Mohamed Marouani, dirigeant du parti Oumma  : 25 ans
Laabadla Maâ El Aïnine, du Parti Justice et Développement, et Abdelhafid Sriti, correspondant la chaîne de télévision Al Manar : 20 ans
Hamid Najibi, Parti socialiste unifié : 2 ans.
Voici un commentaire du juriste Mohamd Sassi, publié par le quotidien marocain Al Massae. (
Tlaxcala)

 

  
Hamid Najibi -  Laabadla Maâ El Aïnine - Abdelhafid Sriti - Med Amine Regala - Mustapha Mouatassim - Mohamed Marouani

 

Le procès le plus étrange qu’ait connu le Maroc dans une période où le ministre de la Justice est le premier secrétaire de l’UFSP. Il n’était pas supposé porter atteinte à l’impartialité du juge mais plutôt créer une ambiance favorable à celle-ci.

Les deux conditions à remplir pour un juge ayant à rendre un verdict, où que ce soit dans le monde, sont la transparence et le caractère équitable du jugement au terme d’un procès où le débat contradictoire a été possible et où les droits des accusés ont été respectés. Toute personne, où qu’elle se trouve sur la planète, devrait pouvoir  discuter un jugement et apprécier s’il a été rendu dans le respect des lois et des droits des accusés. C’est ce raisonnement qui a conduit les organisations de défense des droits humains les plus représentatives et les plus influentes à exprimer leur solidarité avec les six prisonniers politiques de l’affaire Belliraj.

Ces six hommes étaient connus pour leur engagement de longue date dans un travail politique pacifique et le choix de la violence fait autrefois par certaines organisations auxquelles certains d’entre eux ont appartenu fait partie d’un passé lointain et d’une histoire révolue. Cette évolution est de notoriété publique. Les affirmations du ministre l’Intérieur, selon lequel ces hommes auraient fait partie d’une cellule jihadiste armée n’ont jamais été étayées, elles ont été contradictoires et, pour tout dire, peu convaincantes pour quiconque réfléchit un tant soit peut. C’est pou ces raisons qu’un grand nombre de personnalités, d’organisations politiques et de la société civile ont pris et fait et cause pour les accusés et ont défendu les six prisonniers politiques. Le juge aurait du trouver d’autres éléments que les accusations sans fondement émanant du ministère de l’Intérieur, pour pouvoir convaincre l’opinion publique par des preuves concrètes.

Ceux et celles qui ont défendu Marouani, Mouatassim, Regala, Laabadla Maâ El Aïnine, Sriti et Najibi ne sont pas moins soucieux que le juge ou le ministre de la sécurité intérieure et de la paix domestique. Ils ne peuvent pas être moins intelligents et clairvoyants pour identifier les menaces contre la sécurité intérieure.

La version officielle a été présentée sous trois angles :
1°- Cette « organisation terroriste » aurait été fondée lors de la « rencontre de Tanger » de 1992, avec deux ailes, l’une politique –ce sera l’association « Al Badil Al Hadari » (Alternative civilisationnelle), fondée en 1995 et l’association Al Haraka Min Hajli El Oumma (Mouvement pour la Cause de la Nation), fondée en 1998, toutes deux confluant dans le parti Al Badil Al Hadari, créé en 2005 -, et l’aile militaire, chargée d’opérations terroristes avec armes à feu et explosifs, de l’assassinat de personnalités connues – ministres, responsables, officiers supérieurs et citoyens juifs -, de hold-up et de cambriolages pour se financer ;

2°- La police a dit avoir saisi des armes hautement sophistiquées que la « cellule » aurait introduit au Maroc, et ce serait là la preuve de l’extrême dangerosité de ces « terroristes » ;

3°- Cette « cellule » aurait commencé –ou essayé de commencer - à mettre en œuvre son programme : exemple : l’opération « Macro » (une tentative de hold-up). Elle aurait aussi essayé d’assassiner un citoyen juif marocain appelé Azemkot.

Seul point faible dans ce scénario : tout cela – Tanger, Macro, Azemkot – se serait passé avant la création de l’Instance Equité et Réconciliation et l’adoption de la législation antiterroriste. Or, la première a tourné définitivement la page du passé et de la violence d’avant 1999, et la seconde ne peut s’appliquer que rétroactivement. Pour surmonter ces failles dans le scénario, on a trouvé des explications comiques : ainsi le projet terroriste relève d’une criminalité chronique, récurrente de 1992 à 1996, en 2002, 2004 et 2005 – or, pendant toute cette période, le seul événement a été la tentative d’assassinat d’Azemkot ; quant aux armes qui auraient été introduites au compte-gouttes au Maroc , on a interprété les propos tenus par Mustapha Mouatassim à Redouane Khalidi, lors de l’enterrement, en 2004, du père du journaliste Hassan Moukdad –« Nous tiendrons ce que nous avons promis ».

Cette phrase, selon la vision officielle, est une preuve suffisante de ce que le projet terroriste était toujours en cours : pendant douze ans, les concepteurs de ce projet auraient « planifié soigneusement », sans jamais passer aux actes. Après les attentats du 16 mai 2003, Mouatassim et Regala ont été les premiers à descendre manifester sur l’avenue Mohamed V à Rabat pour manifester et dire non au terrorisme. Comment imaginer qu’une telle hypocrisie et une telle duplicité soient possibles chez des êtres humains, pendant une si longue période, qui auraient caché leur double jeu à toute monde, y compris leurs proches ?

Quand les avocats ont pu consulter les dossiers de l’accusation, la première infamie qu’ils ont trouvé, c’était que l’unique source ayant orienté l’enquête était le « président » de la « cellule Belliraj », évoqué dans un  procès-verbal du 18 février 2008. Mouattasim et Regala ont été arrêtés sur cette seule base, au même moment où sortait l’information que les deux hommes étaient interdits de se rendre à l’étranger. Ces arrestations politiques se sont fondées sur les prétendus aveux de Belliraj. On a ensuite assisté à un feuilleton d’absurdités, d’où il ressort que Belliraj lui-même était une victime de la guerre des services [marocains et belges, NdT]. Les défenseurs des droits humains étaient, quant à eux, convaincus dès le départ, de l’innocence des six prisonniers politiques et que le dossier d’accusation était  un tissu d’absurdités qui ne pouvait déboucher sur un procès équitable. Où sont les preuves fiables que les six étaient impliqués dans un projet terroriste ?



On ne nous a rien montré au procès, à part les armes présentées en vrac, comme des bibelots dans une brocante, sans qu’il soit possible pour le public et les observateurs de les regarder de près ou sur un grand écran. Il est indiscutable que des armes peuvent entrer au Maroc. En 1994, suite à l’opération « Atlas Isni » [attaque d’un hôtel de Marrakech, pour laquelle plusieurs Franco-Algériens et Franco-Marocains ont été condamnés à mort et attendent leur exécution à la prison de Kénitra, NdT], on a en effet débusqué des réseaux de trafiquants de drogue utilisant ce genre d’armes pour régler des comptes entre eux ou contre la Sûreté nationale. Il est possible que des armes achetées en Europe et destinées à alimenter la guerre civile dans l’Algérie voisine aient transité par le Maroc, mais comment affirmer la provenance et la destination des armes exhibées au procès Belliraj ? Aucun lien n’ pu être établi entre les accusés et ces armes.

En outre, les armes présentées au tribunal ne l’ont pas été dans les formes légales –presque toute la presse l’a noté – et on remarqué sur les photos que les armes d’abord présentées par la police à la presse puis au tribunal n’étaient pas les mêmes, ce qui n’est vraiment pas sérieux, comme tout le procès, mené par la justice avec un je-m’en-foutisme flagrant. Aucun des détails scabreux qui ont émaillé le procès n’ a suscité la moindre réaction du président de la cour, comme par exemple la confusion dans la date de création du groupe « Choix islamique » créée en 1981 et non pas, comme l’affirment les procès-verbaux, en 1992.

On a pratiqué des amalgames incroyables : ainsi, pour l’opération « Macro », les avocats des Six ont exposé au tribunal que d’autres accusés avaient déjà été convaincus de culpabilité et condamnés et que leurs clients n’avaient donc rien à voir avec cette affaire. Le dossier d’accusation du « réseau Belliraj » contenait des procès-verbaux qui étaient des copiés-collés de ceux du procès des vrais auteurs de l’opération « Macro », remontant à 1994. Cela a laissé le président de la cour imperturbable. De même lorsque Me Khalid Soufiani a demandé au président de lui montrer où, parmi les accusés, se trouvait le « Grand Blond avec des taches de rousseur » évoqué dans un procès-verbal. Ce « Grand Blond » venait tout droit des procès-verbaux d’enquête sur la tentative d’assassinat contre Azemkot, que les policiers s’étaient contentés de reverser au dossier Belliraj…

Ces procès-verbaux falsifiés auraient du normalement conduire à une nullité de procédure mais il n’en a rien été. La cour a rejeté toutes les requêtes en nullité présentée par les défenseurs comme elle refusé d’entendre des témoins comme le professeur Harazni [président du Conseil Consultatif des Droits de l’Homme, ancien militant d’extrême--gauche détenu sous Hassan II, aujourd’hui membre du PPS, gauche modérée, NdT], qui avait déclaré devant des millions de téléspectateurs marocains que Mouatassim l’avait prévenu qu’il avait eu vent que des armes avaient pénétré au Maroc et qu’il avait transmis l’information à qui de droit.

Y a-t-il un tribunal au monde qui puisse prétendre qu’un témoignage comme celui d’El Harazni n’aurait pas été essentiel ici et de nature à changer l’issue du procès ? Et comment un procès pouvait-il être équitable alors qu’on refusait de donner la parole à des personnalités, associatives et officielles, défenseurs des droits humains, hommes politiques ou représentants de la société civile marocaine, dont Sion Assidon [ancien prisonnier politique, sous Hassan II, détenu à Kénitra, NdT]. Ce dernier s’était présenté au tribunal, demandant à témoigner sur les accusés, qu’il connaissait bien. Devant le refus de la cour de l’entendre, il a du rédiger un témoignage écrit.

Comment ce procès pouvait-il être équitable, quand la cour a refusé d’examiner le passeport de Laabadla, où il apparaît qu’il n’avait pas quitté le territoire national, alors qu’il était accusé de s’être rendu en Belgique ?

Comment ce procès pouvait-il être équitable alors qu’on a refusé d’entendre les six accusés sur les tortures subies pendant leur détention, de la part de tortionnaires dont ils connaissaient même l’identité ?
Comment ce procès pouvait-il être équitable alors que le président de la cour déclarait qu’il n’avait pas d’opinion sur la présence de caméras dans l’enceinte du tribunal alors que celle-ci relevait théoriquement de son autorité ?

Et comment ce procès pouvait-il être équitable alors que les avocats ont vécu des galères qu’ils n’avaient jamais connu dans leur carrière ? Comme par exemple la quasi-impossibilité de rencontrer leurs clients et de consulter leurs dossiers d’accusation ?
Est-ce que la télévision publique marocaine peut aire une émission spéciale pour interroger ces avocats sur cet étrange procès ?

Deux éléments provoquent la douleur : ce procès le plus étrange dans l’histoire judiciaire du Maroc s’est déroulé ici et maintenant [et pas à une époque reculée, NdT], alors que c’est le premier Secrétaire de l’Union socialiste des forces populaires qui est ministre de la Justice. Il n’était pas supposé porter atteinte à l’impartialité du juge mais plutôt créer une ambiance favorable à celle-ci.


 


Source : Al Massae - ÃÛÜÜÑÈ ãÍÇßãÉ Ýí ÊÇÑíÎ ÇáÞÖÇÁ ÇáãÛÑÈí

Article original publié le 6 août 2009

Sur l’auteur

Tafsut Aït Baamrane est membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteur, la traductrice et la source.

URL de cet article sur Tlaxcala :
http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=8360&lg=fr

Par brigitte - Publié dans : Société
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Dimanche 16 août 2009 7 16 /08 /Août /2009 22:03
Le prix de l'eau varie de 50,47 € à 0,97€ le metre cube

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Par brigitte - Publié dans : Comminges
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Samedi 15 août 2009 6 15 /08 /Août /2009 21:32
Par brigitte - Publié dans : Société
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Samedi 15 août 2009 6 15 /08 /Août /2009 16:16

CONTESTER VOTRE FACTURE 2009

EMISE PAR LE PRESIDENT

DU SIEA VALLEE DU JOB

POUR LIRE LA SUITE DE L’ARTICLE ET TELECHARGER LA LETTRE TYPE CLIQUEZ SUR LE LIEN CI-DESSOUS.

 

 

CONTESTER-VOTRE-FACTURE-SIEA-2009

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