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Samedi 29 octobre 2011 6 29 /10 /Oct /2011 20:33
Réseau Voltaire | 29 octobre 2011

 

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Les 370 membres du Comité central du Parti communiste chinois ont tenu leur réunion annuelle du 15 au 18 octobre 2011. Peu de choses ont filtré des débats, sinon l’importance accordée à la guerre culturelle à l’initiative de Li Changchun.


- « Sécurité culturelle »


La Chine entend désormais se protéger de l’américanisation en misant sur son histoire millénaire, sa propre diversité culturelle, et les nouvelles technologies (plus de 500 millions d’internautes et 200 millions de bloggeurs). « Le renouveau de la Nation chinoise doit s’accompagner de la prospérité culturelle de la Nation. Le PCC doit unir et conduire le peuple chinois de tous les groupes ethniques dans leur recherche d’accomplissement culturel en toute confiance », stipule la directive adoptée.


- « Pouvoir culturel »


Pékin compte aussi accroître ses exportations culturelles pour repousser l’hégémonie états-unienne. Son industrie cinématographique, qui a connu une expansion considérable en neuf ans au point d’atteindre un chiffre d’affaire d’1,5 milliards de dollars annuel, devrait en être le fer de lance.

La nouvelle doctrine de la guerre culturelle est issue des travaux du professeur Wang Yuechuan de l’université de Pékin (auteur notamment de Globalisation et culture chinoise et du Grand souffle chinois).

Selon nos informations, le Comité a également débattu du premier veto chinois au Conseil de sécurité. Il aurait été décidé d’investir désormais massivement au Proche-Orient à la fois pour y affirmer les intérêts de la Chine et pour contrebalancer l’influence états-unienne.

Cette réunion était aussi l’occasion de débuter la campagne pour l’élection fin 2012 des 25 membres du Bureau politique. Une élection d’autant plus importante que 7 sièges sur les 9 du Comité permanent du Bureau politique seront à renouveler.

 

Source : « La Chine s’affirme comme puissance culturelle », Réseau Voltaire, 29 octobre 2011, www.voltairenet.org/a171789

Par brigitte - Publié dans : Société - Communauté : Blog citoyen en Haute-Garonne
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Vendredi 23 septembre 2011 5 23 /09 /Sep /2011 18:47

Al-Jazeera, la chaîne d’information qatariote qui s’est imposée en 15 ans dans le monde arabe comme une source originale d’information, s’est soudainement engagée dans une vaste opération d’intoxication visant à renverser les régimes libyen et syrien par tous les moyens. Ce revirement, démontre Thierry Meyssan, n’est pas le fruit de la conjoncture, mais a été préparé de longue date par des personnalités qui ont su cacher leurs intérêts personnels au grand public. Révélations…

Réseau Voltaire | Beyrouth (Liban) | 23 septembre 2011
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Wadah Khanfar

La chaîne qatariote Al-Jazeera a annoncé la démission de son directeur général, Wadah Khanfar, et son remplacement par un membre de la famille royale, cheikh Hamad Ben Jassem Al-Thani, le 20 septembre 2011.

Cheikh Hamad est un cadre de Qatargas. Il a travaillé pendant un an à Paris-La Défense au siège de Total. Il présidait par le passé le Conseil d’administration d’Al-Jazeera.

Cette nouvelle est présentée dans la presse atlantiste de trois manières différentes : soit comme une démission forcée et une reprise en main de la chaîne par l’État, soit comme une vengeance de l’Autorité palestinienne après la diffusion des Palestinian Papers, soit enfin comme une conséquence des fuites de Wikileaks exposant certaines des connexions de M. Khanfar avec les États-Unis.

Si toutes ces interprétations peuvent contenir une part de vérité elles masquent la raison principale : le rôle du Qatar dans la guerre contre la Libye. Ici, un retour en arrière est nécessaire.

L’origine d’Al-Jazeera : une volonté de dialogue

Al-Jazeera a été conçu par deux personnalités franco-israéliennes, les frères David et Jean Frydman, après l’assassinat de Yitzhak Rabin, dont ils étaient proches. Selon David Frydman [1], l’objectif était de créer un média où des Israéliens et des Arabes pourraient débattre librement, échanger des arguments, et apprendre à se connaître, alors que ceci était interdit par la situation de guerre et bloquait toute perspective de paix.

Pour créer la chaîne, les frères Frydman bénéficièrent d’un concours de circonstances : la compagnie soudienne Orbit avait conclu un accord avec la BBC pour créer un journal télévisé en arabe. Mais les exigences politiques de la monarchie absolue saoudienne se révélèrent vite incompatibles avec la liberté de travail des journalistes britanniques. L’accord fut résilié et la majorité des journalistes arabisants de la BBC se retrouvèrent au chômage. Ils furent donc récupérés pour fonder Al-Jazeera.

Les frères Frydman tenaient à ce que leur télévision soit perçue comme une chaîne arabe. Ils parvinrent à convaincre le nouvel émir de Qatar, Hamid bin Khalifa al-Thani, qui, avec l’aide de Londres et de Washington, venait de renverser son père —accusé de sentiments pro-Iraniens—. Cheikh Hamad bin-Khalifa comprit rapidement les avantages qu’il pouvait tirer à se trouver au centre des discussions israélo-arabes, qui duraient depuis un demi-siècle déjà et s’annonçaient encore longues. Au passage, il autorisa l’ouverture à Doha d’un bureau du ministère israélien du Commerce, à défaut de pouvoir ouvrir une ambassade. Surtout, il vit l’intérêt pour le Qatar de concurrencer les riches médias saoudiens pan-arabes et de disposer d’un média qui critique tout le monde, sauf lui.

Le montage financier initial prévoyait à la fois une mise de fonds des frères Frydman et un prêt de l’émir de 150 millions de dollars sur 5 ans. C’est le boycott des annonceurs organisé par l’Arabie saoudite et l’absence de revenus significatifs de la publicité qui a conduit à modifier le schéma initial. En définitive, l’émir est devenu le bailleur de fonds de la chaîne et donc son commanditaire.

Des journalistes exemplaires

Durant des années, l’audience d’Al-Jazeera a été tirée par son pluralisme interne. La chaîne s’en orgueillissait de laisser dire une chose et son contraire. Sa prétention n’était pas de dire la vérité, mais de la faire surgir du débat. Son émission phare, le talk show de l’iconoclaste Faisal al-Qassem, intitulé « L’Opinion contraire », se régalait à bousculer les préjugés. Chacun pouvait trouver des motifs de se réjouir de certains programmes et d’en déplorer d’autres. Peu importe, ce bouillonnement interne a eu raison du monolithisme de ses concurrents et a bouleversé le paysage audio-visuel arabe.

Le rôle héroïque des reporters d’Al-Jazeera en Afghanistan et durant la troisième guerre du Golfe, en 2003, et leur travail exemplaire contrastant avec la propagande des chaînes satellitaires pro-US, transforma l’image de la chaîne d’une station polémique en média de référence. Ses journalistes payèrent au prix fort leur courage : George W. Bush hésita à bombarder les studio de Doha, mais fit assassiner Tareq Ayyoub [2], arrêter Tayseer Alouni [3] et incarcérer Sami el-Hajj à Guantanamo [4].

La réorganisation de 2005

Cependant les meilleurs choses ont une fin. En 2004-05, après le décès de David Frydman, l’émir décida de réorganiser complètement Al-Jazeera et de créer de nouveaux canaux, dont Al-Jazeera English, alors que le marché mondial se transformait et que tous les grands États se dotaient de chaînes d’information satellitaires. Il s’agissait clairement d’abandonner l’effervescence et les provocations du début, de capitaliser une audience atteignant désormais les 50 millions de téléspectateurs, pour se positionner comme un acteur du monde globalisé.

Cheikh Hamad bin-Khalifa fit appel à un cabinet international qui lui avait dispensé une formation personnelle en communication. JTrack s’était spécialisé dans l’entraînement des leaders arabes et d’Asie du Sud-Est pour leur apprendre à parler le langage de Davos : comment donner aux Occidentaux l’image qu’ils ont envie de voir. Du Maroc à Singapour, JTrack a ainsi formé la plupart des responsables politiques soutenus par les États-Unis et Israël —souvent de simples fantoches héréditaires— pour en faire des personnalités médiatiquement respectables. L’important n’est pas qu’ils aient quelque chose à dire, mais qu’ils sachent manier la langue de bois globale.

Toutefois, le Pdg de JTrack, ayant été appelé à de hautes fonctions gouvernementales en Afrique du Nord, il dû se retirer avant d’avoir achevé la transformation du Al-Jazeera Group. Il confia la suite des opérations à un ancien journaliste de Voice of America qui travaillait depuis plusieurs années déjà pour la chaîne qatariote et appartenait à la même confrérie musulmane que lui : Wadah Khanfar.

À la fois professionnellement compétent et politiquement sûr, M. Khanfar s’attacha à donner une couleur idéologique à Al-Jazeera. Tout en donnant la parole à Mohamed Hassanein Heikal, l’ancien porte-parole de Nasser, il fit de cheikh Yusuf al-Qaradawi —qui avait été déchu de sa nationalité égyptienne par Nasser— le « conseiller spirituel » de la chaîne.

Le virage de 2011

C’est avec les révolutions en Afrique du Nord et dans la péninsule arabique que Wadah Khanfar a brutalement modifié la ligne éditoriale de sa rédaction. Le Groupe a joué un rôle central dans l’accréditation du mythe du « printemps arabe » : les peuples, avides de vivre à l’occidentale, se seraient soulevés pour renverser des dictateurs et adopter des démocraties parlementaires. Rien ne distinguerait les événements de Tunisie et d’Égypte, de ceux de Libye et de Syrie. Quant aux mouvements du Yémen et de Bahreïn, ils n’intéresseraient pas les téléspectateurs.

En réalité, les Anglo-Saxons se sont efforcés de surfer sur des révoltes populaires pour rejouer le vieil air du « printemps arabe » qu’ils avaient organisé dans les années 1920 pour s’emparer des anciennes provinces ottomanes et y installer des démocraties parlementaires fantoches sous contrôle mandataire. Al-Jazeera a donc accompagné les révoltes tunisienne et égyptienne pour écarter la tentation révolutionnaire et légitimer de nouveaux gouvernements favorables aux États-Unis et à Israël. En Égypte, il s’est même agi d’une véritable récupération au profit d’une seule composante de la contestation : les Frères musulmans, représentés par le prêcheur star de la chaîne… cheikh Yusuf al-Qaradawi.

Indignés par cette nouvelle ligne éditoriale et par le recours de plus en plus fréquent au mensonge [5], certains journalistes comme Ghassan Ben Jedo claquent la porte.

Qui tire les ficelles de l’info ?

Quoi qu’il en soit, il faut attendre l’épisode libyen pour que les masques tombent. En effet, le patron de JTrack et mentor de Wadah Kanfhar n’est autre que Mahmoud Jibril (le "J" de "JTrack", c’est "Jibril"). Ce manager aimable, brillant et creux, avait été conseillé à Mouammar Kadhafi par ses nouveaux amis états-uniens pour piloter l’ouverture économique de la Libye après la normalisation de ses relations diplomatiques. Sous le contrôle de Saif el-Islam Kadhafi, il avait été nommé à la fois ministre du Plan et directeur de l’Autorité de développement, devenant de facto le numéro 2 du gouvernement, et ayant autorité sur les autres ministres. Il mena au pas de charge la dérégulation de cette économie socialiste et la privatisation de ses entreprises publiques.

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Mahmoud Jibril avec son ami et partenaire en affaires Bernard-Henri Lévy, dans Tripoli conquise.

À travers l’activité de formation de JTrack, Mahmoud Jibril avait noué des relations personnelles avec presque tous les dirigeants arabes et d’Asie du Sud-Est. Il disposait de bureaux à Bahreïn et à Singapour. M. Jibril avait aussi créé des sociétés de négoce, dont une chargée du commerce du bois de Malaisie et d’Australie avec son ami français Bernard-Henri Lévy.

Mahmoud Jibril avait suivi ses premières études universitaires au Caire. Il y avait fait la connaissance de la fille d’un des ministres de Nasser et l’avait épousée. Il avait poursuivi ses études aux États-Unis, où il avait adopté les thèses libertariennes qu’il essaya d’introduire dans l’idéologie anarchiste d’el-Kadhafi. Surtout, M. Jibril avait rejoint la confrérie des Frères musulmans en Libye. C’est à ce titre qu’il avait placé les Frères Wadah Kanfhar et Yusuf al-Qaradawi à Al-Jazeera.

Durant le premier semestre 2011, la chaîne qatariote est devenue l’instrument privilégie de la propagande pro-occidentale : elle a nié autant que possible l’aspect anti-impérialiste et anti-sioniste des révolutions arabes et a choisi dans chaque pays les protagonistes qu’elle soutenait et ceux qu’elle conspuait. Sans surprise, elle a soutenu le roi de Bahreïn —un élève de Mahmoud Jibril— qui faisait tirer sur la foule, tandis que cheikh al-Qaradawi appelait à l’antenne au Jihad contre el-Khadafi et el-Assad, accusés mensongèrement de massacrer leur propre peuple.

M. Jibril étant devenu le Premier ministre du gouvernement rebelle libyen, le sommet de la mauvaise foi aura été atteint avec la construction dans des studios à Doha de répliques de la Place verte et de Bab el-Azizia où furent tournées de fausses images de l’entrée des « rebelles » pro-Us dans Tripoli. Que n’ai-je lu comme insultes lorsque j’ai annoncé cette manipulation dans les colonnes de Voltairenet.org ! Pourtant Al-Jazeera et Sky News diffusèrent ces fausses images le second jour de la bataille de Tripoli, semant le désarroi parmi la population libyenne. Ce ne fut en réalité que trois jours plus tard que les « rebelles » —presque exclusivement les Misrata— entrèrent dans Tripoli dévastée par les bombardements de l’OTAN.

Il en va de même avec l’annonce par Al-Jazeera de l’arrestation de Saif el-Islam Kadhafi et de la confirmation de cette capture par le procureur de la Cour pénale internationale Luis Moreno-Ocampo. Je fus le premier, sur les ondes de Russia Today, à démentir cette intoxication. Et là encore, je fus l’objet de quolibets dans certains journaux jusqu’à ce que Saif el-Islam vienne réveiller en personne les journalistes enfermés au Rixos et les conduise sur la vraie place Bal el-Azizia.

Interrogé sur ces mensonges par le canal arabe de France24, le président du Conseil national de transition (CNT), Mustafa Abdul Jalil revendiqua une ruse de guerre et se réjouit d’avoir ainsi accéléré la chute de la Jamahiriya.

Quel avenir pour Al-Jazeera ?

Le détournement d’Al-Jazeera en instrument de propagande pour la recolonisation de la Libye ne s’est pas fait à l’insu de l’émir de Qatar, mais sous sa houlette. C’est le Conseil de coopération du Golfe qui, le premier, a appelé une intervention armée en Libye. Le Qatar a été le premier membre arabe du Groupe de contact. Il a acheminé des armes pour les « rebelles » libyens, puis a envoyé son armée au sol, notamment lors de la bataille de Tripoli. En échange, il a obtenu le privilège de contrôler tout le commerce des hydrocarbures effectué au nom du Conseil national de transition.

Il est encore trop pour savoir si la démission de Wadah Khanfar marque la fin de sa mission au Qatar, ou si elle annonce une volonté de la chaîne de retrouver la crédibilité qu’elle avait mis 15 ans à gagner et 6 mois à perdre.

[1] Cf. entretiens avec l’auteur.

[2] « La guerre contre Al-Jazeera », article de Dima Tareq Tahboub résumé dans notre ancienne rubrique « Tribunes et décryptages », Réseau Voltaire, 6 octobre 2003.

[3] « La presse arabe dans la ligne de tir », Réseau Voltaire, 15 septembre 2003.

[4] Voir notre dossier Sami el-Hajj.

[5] Par exemple : « Al-Jazeera met en scène une manifestation monstre à Moscou contre Bachar el-Assad », Réseau Voltaire, 2 mai 2011.

Par brigitte - Publié dans : Société - Communauté : Blog citoyen en Haute-Garonne
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Mercredi 21 septembre 2011 3 21 /09 /Sep /2011 07:37
Israël l’État voyou est bienvenu au CERN

L’annonce qui dit "Israël devient État membre associé du CERN" est affichée depuis le 16 septembre sur le site de l’organisation européenne pour la recherche nucléaire.
19 septembre 2011

Poignée de main historique et peu ragoûtante entre Rolf Heuer et l’ambassadeur israélien - Photo : Cern


L’information en soi n’est plus une surprise car il s’agit d’un événement prévu de longue date. Mais c’est le moment opportun de revenir sur un certain nombre de faits et de rappeler à une communauté de chercheurs (ici les physiciens), ses responsabilités.

 

La recherche en physique et le politico-militaire : une proximité historique

Plus que d’autres domaines de recherche, la recherche fondamentale et expérimentale en physique, et particulièrement en physique nucléaire, a toujours bénéficié du soutien des pouvoirs en place. Cette proximité avec le politique est surtout liée aux multiples applications que les recherches en physique ont permis dans le domaine de l’énergie et des armements. La mise au point d’armes nucléaires, de filières de production nucléaire pour ne citer que ces deux aspects n’a été possible qu’à la condition de disposer de moyens importants, financiers et logistiques, pour mener à bien des projets coûteux et complexes.

 

Hiroshima est le pire et le parfait exemple du résultat du comportement de certains groupes de scientifiques lorsque l’excitation liée à la recherche prend le pas sur toutes les considérations humaines et morales. A ma connaissance, aucun des scientifiques ayant participé au programme Manhattan n’a eu la décence de mettre fin à ses jours après cet acte barbare d’une cruauté infinie.

 

Le fait que la perversion ait été poussée au point de faire exploser LEUR bombe A, à l’heure où les habitants se rendent dans les usines, bureaux et écoles pour entraîner le maximum de victimes a dû les laisser totalement indifférents. Gageons que même placé au centre d’Hiroshima le 6 août 1945 à 8 h 16 min, aucun des scientifiques du groupe Manhattan n’aurait vu ni remarqué quoi que ce soit.

 

La recherche fondamentale en physique est aujourd’hui plus que jamais dépendante de moyens colossaux mis à disposition d’équipes de chercheurs dont les découvertes - et la notoriété qui accompagne ces découvertes mais qui en réalité ne concerne qu’un microcosme vite retombé dans l’oubli général après d’épisodiques coups médiatiques - ne deviennent possibles qu’à la condition d’entretenir une forte imbrication avec les pouvoirs politiques.

 

Le CERN est-il une organisation pour la recherche, ou est-il devenu une institution relayant les impératifs de ses donateurs, quitte à renier tout sens moral et à déconsidérer profondément la recherche fondamentale ?

Cette compromission éhontée avec l’Etat israélien, raciste, colonialiste, ultra-violent et belliciste illustre trop bien que la direction du CERN se comporte en composante zélée de l’oligarchie qui domine le monde contemporain. L’intégration de l’Etat sioniste au CERN comme Etat associé, avec la perspective d’une intégration complète et définitive dans un délai de 24 mois, jette une lumière crue sur l’absence totale de principes dans laquelle ceux et celles qui dirigent la recherche fondamentale sont aujourd’hui tombés.

 

De nouveaux moyens pour développer un savoir-faire meurtrier


L’Etat israélien est un Etat hors-la-loi, un « rogue State » (ou « Etat voyou »), qui a toujours refusé de signer le traité international sur la non-prolifération des armes nucléaires et a toujours refusé toute inspection des Nations Unies sur son arsenal et ses moyens nucléaires. Placé de façon privilégié dans le domaine extrêmement concurrentiel de la production d’armements toujours plus sophistiqués et meurtriers, l’Etat israélien n’a jamais hésité à se servir de ses différents champs de bataille (Liban, Palestine...) comme terrains d’expérimentation en massacrant des populations sans défense avec des moyens toujours plus élaborés. Soyons certains que les résultats obtenus, et qui se traduisent en deuils et mutilations innombrables pour les populations du Moyen-orient, figurent en bonne place dans les catalogues de ses revendeurs de matériel mortifère.

 

Prétendre que la participation israélienne au CERN serait cantonnée à des travaux de recherche à finalité forcément pacifiste, ou au moins non-belliciste, est une hypocrisie insigne. Pour peu que l’on connaisse le domaine des expérimentations, il est évident que le savoir-faire acquis dans un but spécifique (méthodes de conception de dispositifs innovants, veille technologique, mesures physiques, systèmes temps réel, qualité des logiciels etc...) est aisément transposable dans tout autre domaine ou projet. Nous pouvons être certains que les scientifiques et ingénieurs israéliens sauront faire bénéficier leurs institutions d’origine de toute innovation représentant un intérêt pour des applications répressives et militaires.

 

« Transfert de compétences, diffusion des savoirs, transferts de technologie » seront les termes alors utilisés pour édulcorer une réalité qui ne sera qu’une collaboration abjecte entre le CERN et l’occupation militaire israélienne en Palestine.

 

Un boycott... Mais comment ?


La période de 24 mois qui va s’étaler d’ici à la possible pleine adhésion d’Israël au CERN doit être mise à profit pour qu’une réaction forte venant avant tout des physiciens eux-mêmes mette le holà à cette collaboration scandaleuse entre un organisme dont la mission est la recherche fondamentale au profit du développement humain, et un Etat dont le racisme, la violence et l’absence complète de scrupules sont chaque jour condamnés par une partie de plus en plus large des populations en Europe.

 

Au niveau individuel, chaque chercheur et ingénieur peut refuser de travailler dans un groupe de projet incluant des chercheurs ou ingénieurs israéliens en invoquant une simple clause morale. Face à une réaction qui devrait être collective, les instances du CERN et des institutions qui y participent seront dans l’incapacité de prendre la moindre mesure de rétorsion à leur égard.

 

Boycotter l’Etat israélien et ses représentants au CERN est une nécessité du point de vue du soutien que nous devons apporter à la population palestinienne vivant sous occupation en Palestine, dans les camps de réfugiés du Moyen-Orient ou dans la Diaspora. Mais c’est aussi une nécessité pour que la recherche fondamentale ne soit pas encore plus discréditée qu’elle ne l’est aujourd’hui, dans un contexte de crise profonde où les impératifs sociaux pourraient bien un jour prendre le pas sur les énormes investissements imposés par cette même recherche.

 

G. A. Kirchhoff
19 septembre 2011

Par brigitte - Publié dans : Société - Communauté : Blog citoyen en Haute-Garonne
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Vendredi 16 septembre 2011 5 16 /09 /Sep /2011 13:20

Le prêtre catholique damascène Elias Zahlaoui adresse à nouveau une lettre ouverte à Alain Juppé

Nous publions ici la deuxième lettre que le prêtre catholique damascène Elias Zahlaoui adresse à Alain Juppé relativement aux événements de Syrie. Nous avions déjà publié sa première missive, fin juin, à peu près de même teneur – le ministre et le gouvernement français n’a hélas depuis pas changé d’attitude ni de mots vis-à-vis de la Syrie (voir notre article « Un prêtre syrien écrit à Alain Juppé« , mis en ligne le 23 juin). Nous doutons qu’Alain Juppé, qui avant d’être un politicien « gaullo-atlantiste » est un monument de suffisance et de bien-pensance, daigne répondre ou même lire cette nouvelle lettre ouverte d’un patriote qui souffre visiblement de voir son pays mis au ban de l’humanité par la sempiternelle coalition de gouvernements alignés sur Washington et de médias alignés sur BHL.

De fait, le père Zahlaoui ne fait pas dans l’euphémisme ou l’allusion perfide : il appelle un chat un chat et les Occidentaux des « esclaves » d’Israël. Son indignation le fait même s’exclamer à un moment : « Pauvre et monstrueux Occident ! » Et nous, qui sommes des Occidentaux, comprenons et partageons dans une large mesure son analyse et son dégoût.

Elias Zahlaoui parle dans sa lettre de la Syrie, mais aussi de la Palestine, de la Libye, de l’Egypte, du Liban, du Soudan, autant de nations arabes qui ont fait et continuent de faire les frais, à des degrés divers, de l’hypocrisie et de l’interventionnisme occidentaux. Il cite comme témoins de son accusation deux dignitaires de l’Eglise catholique, l’Américain Bernard Law, cardinal de Boston, qui avait adressé à Bush, lui aussi, une lettre ouverte cinglante à propos de l’Irak, et un Libanais, Béchara Raï, nouveau patriarche de l’Eglise maronite, qui a tout récemment averti les Occidentaux qu’ils jouaient avec le feu islamiste en Syrie (voir notre article « Le patriarche de l’Eglise chrétienne maronite : « L’Occident doit donner du temps à Bachar »« , mis en ligne le 9 septembre). Peut-on, à ce propos, espérer une déclaration, mesurée, équilibrée, mais plus « offensive »que celle qu’il a déjà faite sur le sujet, du Pape Benoît XVI qui pointerait l’index sur  la désinformation et la déstabilisation dont est l’objet cette très ancienne terre de chrétienté ? Ce serait en tout cas un bon sujet de prières !

Bref, le père Zahlaoui a lancé un cri de désespoir et de déception devant le mensonge institutionnel et institutionnalisé, le genre de lettre qu’un Alain Juppé, sorte d’ »androïde » politicien formaté pour le service du Nouvel Ordre Mondial, ne peut lire et encore moins comprendre. Mais, nous l’avons déjà écrit ici, le mensonge demeure quand même impuissant à changer les réalités. C’est la chance de de la Syrie et de la majorité des Syriens !

 

Une lettre ouverte, de patriote et de chrétien syriens, que Juppé n'est manifestement pas "formaté" pour lire et comprendre

Une lettre ouverte, de patriote et de chrétien syriens, que Juppé n'est manifestement pas "formaté" pour lire et comprendre

 

Deuxième lettre ouverte d’un prêtre arabe de Syrie à

Monsieur Alain JUPPÉ,

Ministre des Affaires Étrangères de la France


Monsieur le Ministre,

 

Depuis votre nomination au poste de Ministre des Affaires Étrangères de la France, vos déclarations à l’encontre de mon pays la Syrie, sont, pour le moins qu’on puisse dire, sinistres et orageuses. Et hier même, vous avez accusé la Syrie d’être responsable de crimes contre l’Humanité, emboîtant ainsi le pas à votre prédécesseur Bernard KOUCHNER, le valeureux défonceur des droits de l’homme ! Ces graves accusations, vous vous plaisez à les lancer contre la Syrie, chaque fois que vous vous trouvez au coeur de ce boiteux et aveugle Conseil de Sécurité, ou quand vous vous pavanez auprès de Mme Hilary CLINTON.

 

N’auriez-vous donc été parachuté au Quai d’Orsay, après votre longue disgrâce politique, par on ne sait quelle main mystérieuse, que pour préparer et justifier aux yeux de l’opinion publique, française et internationale, la destruction programmée et définitive de la Syrie, pour bien assurer la survie d’Israël ? Ignorez-vous donc que cette opinion publique, française et internationale, est savamment matraquée par des médias au service aveugle des tout puissants lobbys sionistes ? Ignorez-vous aussi que ces fameuses Instances Internationales, qui ont pour noms Assemblée Générale des Nations-Unies, Conseil de Sécurité et Conseil des droits de l’homme, et consorts, et qui sont censées exister pour asseoir la justice et la paix au niveau du monde, sont, depuis des décades, effrontément manipulées par les États-Unis? Ignorez-vous aussi que ces mêmes États-Unis, leurs présidents en tête, sont, de l’aveu même de chercheurs américains, courageux, comme Paul FINDLEY, Edward TIVNAN, NOAM CHOMSKY, David DUKE, Franklin LAMB, Stephen WALT et John MEARSHEIMER, tenus comme en laisse par le tout-puissant lobby israélien?

La Syrie, dites-vous, est responsable de crimes contre l’humanité.

 

Mais, dites donc, depuis quand est-il interdit à un pays de défendre son existence propre, ainsi que la sécurité et la dignité de ses citoyens? Cela ne serait-il permis qu’aux puissants de ce monde, comme les États-Unis, la France, l’Angleterre et l’Allemagne, qui s’érigent toujours, en dépit de leur écoeurant machiavélisme et de leurs distorsions sans nombre, en arbitres infaillibles des droits et des légitimités de toute sorte?

 

En attendant, et surtout depuis les mystérieux événements du 11 septembre 2001, vous prenez prétexte de tout pour justifier l’injustifiable, comme d’envahir et de détruire d’autres pays, comme l’Afghanistan, le Pakistan, l’Irak, et tout dernièrement la Lybie, pour en faire à votre façon odieuse, des « paradis » de paix, de droits et de démocratie!

N’est-il pas vrai que vous êtes intervenus en Lybie, pour soi-disant protéger les droits humains des civils, contre un dictateur, que, pourtant, la France et l’Italie n’ont cessé de flatter, et que l’Angleterre et les États-Unis ont fini par chérir! Et vous vous en êtes acquittés en laissant sur le sol de la Lybie, un charnier de 50,000 morts, pour la plupart des civils.

Ah, de quelle « bravoure » vous y avez tous fait preuve, y compris l’aviation israélienne!

 

Je me dois aussi de signaler que vous avez eu l’intelligence de ne pas toucher aux installations de pétrole, but unique et ultime de votre fameuse « intervention humanitaire »! Étrange « humanisme » que celui des États-Unis, de la France, de l’Angleterre, de l’Allemagne et de l’Italie, digne, il est vrai, de l’Histoire de vos différents pays, toute remplie, sans exception, d’injustices, de charniers et d’horreurs!

 

Cependant, si, en Occident, vous êtes si sensibles au problème des droits de l’homme, pouvez-vous me dire ce qui vous rend totalement aveugles à ce que fait Israël en Palestine, depuis plus de 60 ans, en décimant systématiquement le peuple palestinien, et en dévorant même la portion de terre, qui lui a été décidée par les fameuses Nations- Unies en 1947?

 

A ce propos, Monsieur le Ministre, pouvez-vous m’assurer que la France et tous les pays occidentaux, si servilement alignés sur les États-Unis et Israël, ne voteront pas le 20 septembre courant, contre le droit du Peuple palestinien à avoir « sa  » Patrie, si réduite soit-elle ?

 

Seriez-vous donc aussi, tous en Occident, aveugles et esclaves, pour ne pas oser voir, et dénigrer ce qu’a fait et continue de faire, Israël, sans impunité, au Liban, en Égypte, au Soudan, en Syrie, et même en pleine mer, contre les bateaux venus au secours des habitants de cette immense prison de Gaza, qui groupe un million et demi d’habitants? Par quelle étrange procédure, Israël a pu arracher la langue de tous ces « Grands » de l’Occident, pour s’être privés, durant tant d’années, de lui adresser le moindre reproche, face aux monstrueux et continuels défis qu’il ne cesse de lancer à tout moment, à toutes les lois et conventions internationales, dont l’Occident pourtant est l’auteur?

 

Pauvre et monstrueux Occident! Savez-vous dans quel gouffre vous vous précipitez, et où vous risquez d’embarquer bientôt le monde entier?

 

Monsieur le Ministre,

Sachez bien que je ne vous déteste pas. Mais je vous plains. Tout comme je plains avec vous, toute l’Église d’Occident qui devrait crier tout haut, face à de telles distorsions et injustices, comme l’a fait un jour le Cardinal de Boston, Mgr. Bernard LAW, en adressant une terrible lettre ouverte à Mr. Georges BUSH, lettre qui lui a valu d’être démis peu après. Cette Église d’Occident, serait-elle donc réellement morte, comme je vous l’avais dit dans la première lettre ouverte, que je vous avais adressée en date du 9/6/2011?

 

Et pourtant, ce qui se passe au niveau du monde, et ce qui se commet par les Puissances Occidentales, sont de nature à réveiller les morts. Il a donc fallu la toute dernière visite du Patriarche Maronite en France, Sa Béatitude Béchara Raï, pour dire à la France et à tout l’Occident, à travers la France, sa triste vérité.

 

Qu’il en soit remercié, au nom de tous les opprimés du monde, surtout les opprimés du Monde Arabe et Musulman.

 

Pr. Elias ZAHLAOUI

Église Notre-Dame de Damas

Koussour – Damas

Le 8/9/2011

 

Source : InfoSyrie

Par brigitte - Publié dans : Société - Communauté : Blog citoyen en Haute-Garonne
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Jeudi 15 septembre 2011 4 15 /09 /Sep /2011 07:40


Costanzo Preve

vendredi 9 septembre 2011, par Comité Valmy


1. J’ai récemment adhéré à une manifestation et j’ai signé un appel pour demander la démission de Napolitano, Berlusconi, La Russa et Frattini pour violation de la Constitution à cause de notre intervention en Libye. Je sais parfaitement qu’il s’agit d’un acte symbolique parfaitement inutile. Comme a écrit Brecht, « la colère aussi, contre l’injustice, rend la voix rauque ». Il serait facile d’être insolent sur l’unanimité guerrière qui a uni gauche et droite, extrême gauche et extrême droite, ex communistes et ex fascistes (ici le couple Napolitano/La Russa est absolument impayable, pour qui étudierait le « transformisme » hors des livres d’école). J’essaie de ne pas me laisser emporter par l’indignation et je me limiterai à offrir quelques points pour la réflexion.

2. Trop de choses ne sont pas encore connues et ne se sauront peut-être que dans les années qui viennent. Combien a duré et quand a commencé la préparation des services secrets français et anglais en Cyrénaïque et dans la zone berbère de la Tripolitaine ? Combien a compté la collaboration entre la sorcière sioniste Hillary Clinton et le fossoyeur du gaullisme Nicolas Sarkozy pour pousser un (peut-être) hésitant Obama à donner le feu vert à l’intervention armée ?

Comment a-t-il été possible de tromper la Russie et la Chine à l’ONU pour laisser la voie libre à l’hypocrite no fly-zone, ou combien au contraire y a-t-il eu de sale connivence ? Qui, au cas où elle aurait vraiment eu lieu, ferait perdre toute espoir dans le BRICS et dans la politique eurasiatiste ? Je voudrais en savoir plus, et par contre je ne sais pas.

3. Etant un chercheur spécialisé en histoire de la philosophie, je ne cesse de m’étonner de la facilité avec laquelle la légitimation de la guerre est passée de la doctrine de la « guerre juste » à la doctrine de ce qu’on appelle « intervention humanitaire ». J’épargne au lecteur de doctes reconstructions possibles de cette histoire. Initialement, la guerre juste était la guerre justifiée par la nécessité d’exporter le christianisme, et était de ce fait une guerre de « croisade ». Puis la guerre juste devint la guerre de défense de la patrie envahie (en latin pro aris et focis), mais il est clair que de cette façon on peut faire hypocritement passer l’attaque préventive pour une guerre de défense. L’apparent succès du pacifisme dans le dernier cinquantenaire ne doit tromper personne. Il a toujours été une protestation contre l’ « extermination nucléaire », et du coup, si on pouvait faire une guerre sans utiliser de bombes nucléaires, la guerre était re-légitimisée (Norberto Bobbio pour l’Irak en 1991 et la Yougoslavie en 1999). Les rites panurgiques et hypocrites des dites Marches pour la paix d’Assise ont toujours et seulement été des cérémonies institutionnelles, dans lesquelles les bêlements rituels s’accompagnaient toujours de l’exécration pour les dictateurs et de la possibilité d’exporter les droits humains.

Dans l’histoire de l’humanité, il est rare qu’on ait conduit des guerres sur la base de cartes fournies par l’état major ennemi. Ces trente dernières années par contre on nous a fait assister à ce paradoxe kafkaïen. Les pacifistes bêlaient leurs demandes rythmées de remplacer les armes par les droits humains, juste au moment où les fabricants d’armes eux-mêmes écrivaient sur leurs missiles « peace is our profession », et les contingents d’envahisseurs étaient rebaptisés « contingents de paix ».

Tout cela évidemment est amplement connu. Il faut par contre se demander, en dehors de tout identitarisme de parti ou d’organisation, comment a été possible, en l’espace de quelques décennies seulement, le passage du Grand Mensonge, de la guerre juste à l’intervention humanitaire, rendu plus aisé aussi par le passage du service militaire obligatoire (qui requérait des motivations de manipulation idéologique élargie) au métier de professionnel des armes (femmes comprises), qui est compatible avec des stratégies idéologiques moins sophistiquées (qu’on pense à l’émission de Sky-tv appelée Herat-Italia, sans oublier qui est Murdoch, le milliardaire sioniste patron de Sky).

4. Selon le modèle médiatique publicitaire étasunien, les guerres sont aujourd’hui « vendues » à ce qu’on appelle « opinion publique » sous forme personnalisée, à travers la personnalisation diabolique et démoniaque du « Dictateur Sanguinaire ». Ici le scénario se répète. En 1999, le sanguinaire dictateur était le serbe Milosevic (rebaptisé Hitlerovic sur une couverture obscène de l’Espresso, le navire amiral du groupe Scalfari-De Benedetti) ; en 2003 c’était Saddam Hussein et maintenant en 2011 le dictateur sanguinaire est Kadhafi. Ce retour personnalisé du dictateur sanguinaire doit faire réfléchir. Tout cela est certes lié au medium télévisuel qui requiert des icônes facilement reconnaissables, mais ça ne suffit pas.

Le dictateur sanguinaire est aussi une métamorphose dégénérative extrême de l’imaginaire antifasciste de la seconde guerre mondiale. L’imaginaire antifasciste partait certes de la triade diabolique personnifiée par les trois grands dictateurs (dans l’ordre de mauvaiseté : Hitler, Mussolini et Franco), mais ne se limitait pas du tout à cette dernière, car s’y ajoutaient le socialisme, le communisme, la lutte contre le colonialisme, contre le racisme, l’impérialisme, et caetera. Après la catastrophe des années 1989-1991 et la victoire tennistique dans les cercles universitaires du paradigme du Totalitarisme de Hannah Arendt, tous ces (autres, NdT) éléments ont été balayés, et n’est resté que le stéréotype du dictateur sanguinaire, si possible avec ses villas aux robinets en or et les vasques de jacuzzi recouvertes de peau humaine (et harems de vierges dans ce même hammam, NdT).

Ceci pourrait en partie expliquer comment la culture de « gauche » s’est totalement rendue au modèle du dictateur sanguinaire. Jusque Samir Amin (cf. il manifesto du 31 août 2011), tout en condamnant l’intervention OTAN et en diagnostiquant précisément les raisons « impérialistes » de la guerre en Libye, ressent le besoin de s’acharner sur le vaincu en qualifiant Kadhafi de « bouffon ». Je suis opposé à l’acharnement sur les vaincus, fut-ce avec des motivations pseudo-marxistes. Je n’éprouve aucun intérêt à corriger au crayon bleu les ingénuités du Livre Vert ou à sanctionner les indubitables éléments kitsch de son comportement. Kadhafi a été et est un grand patriote et un combattant anti-impérialiste, panarabe et panafricain, mille fois supérieur aux chiens et aux porcs qui lynchent les noirs et qui ont gagné exclusivement grâce aux bombardements de l’OTAN.

5. La honte de la culture de gauche à propos de la guerre de Libye a atteint un point quasiment difficile à décrire. Ils se sont tous faits couillonner par la rhétorique sur le « printemps arabe » sponsorisée par l’émir du Qatar et par Al Jazeera. Le fait est que cette « culture de gauche » (exemplaire est ici le journal il manifesto, dont Liberazione n’est qu’une variante syndicale) n’est plus désormais qu’une variante radicale de l’individualisme de gauche post soixante-huitard, sans aucun doute post-bourgeois, mais aussi et surtout ultra-capitaliste.

Dans cette honte s’est particulièrement distingué le trotskisme, dans toutes ses variantes (italiennes, en France le Pt ou ce qui le remplace actuellement a eu une autre analyse, NdT) de Sinistra Critica au Partito Comunista dei Lavoratori (de Ferrando) au Partito di Alternativa Comunista (de Ricci). Tous ceux-ci ont mordu à l’hameçon de la superbe révolte des masses libyennes, qui, étant dépourvues cependant d’un bon parti révolutionnaire trotskyste, se sont vues « chipée » leur magnifique victoire par l’intervention de l’OTAN. Là, la couillonnade doctrinaire a célébré en solitude son plus grand triomphe.

Les résidus dogmatiques du trotskisme veulent toujours une révolution « pure » , purissime même, parce que si elle n’est pas pure elle est toujours bonapartiste, bureaucratique, « campiste » (Castro, Chavez, et caetera). Ces malchanceux me font penser à un frustré qui, ne pouvant pas avoir la plus belle femme du monde, la seule qu’ils auraient voulu avoir, s’enferment dans la salle de bain pour se masturber en rêvant à cette Vénus idéale. Misérables ! L’OTAN, les sionistes et les USA massacrent un combattant anti-impérialiste, et ces idiots célèbrent la chute du dictateur sanguinaire !

6. Je ne m’en prends pas à Napolitano et aux ex PCI. Ils se sont bien recyclés, en 1956 ils étaient avec l’URSS et aujourd’hui, en 2011, ils sont avec les USA. Comme je ne les ai jamais estimés auparavant, ils ne m’ont même pas déçus. Les seuls qui ont conservé une attitude honnête ont été les collaborateurs de L’Ernesto (aujourd’hui Marx XXI), mais ceux-là sont les mêmes qui par anti-berlusconisme veulent s’allier avec Bersani et Napolitano, c’est-à-dire avec ceux qui bombardent la Libye. Qu’ils l’expliquent à leurs militants, et s’ils y arrivent on pourra en conclure que leurs militants ne sont pas des militants mais des mirlitants (jeu de mots très approximatif en français, pour militonti, NdT).

Le véritable problème est de faire des hypothèses sur les dits « printemps arabes ». Comme l’a dit très justement Zygmunt Bauman dans une interview à La Stampa, la chose intéressante sera l’été arabe, parce que le printemps est déjà passé. Nous sommes pour le moment dans le domaine des hypothèses. Je crois que d’une certaine façon le 2001 arabe est, vingt ans après, le correspondant du 1991 soviétique.

Le 1991 soviétique fermait le cycle des révolutions communistes du 20ème siècle dans leur aspect de révolutions ouvrières et prolétaires (bureaucratiquement dégénérées ou pas, c’est une autre histoire), à travers une majestueuse contre-révolution restauratrice des nouvelles classes moyennes qui avaient grandi à l’intérieur de l’appareil formellement « communiste ». Le 2011 arabe referme le cycle des révolutions nationalistes arabes qui s’est déroulé à partir de 1945 (nassérisme égyptien, kadhafisme libyen, baathisme irakien et syrien, etc.), dans lesquelles les nouvelles classes bourgeoises favorisées justement par le despotisme, de parti et militaire, précédent se sont autonomisées, et cherchent un rapport direct et non militairement médiatisé avec la grande globalisation financière capitaliste.

Je me trompe ? Je suis trop pessimiste ? L’avenir nous le dira rapidement.

 

Turin, 3 septembre 2011.

 

Publié sur le blog de D. Losurdo

http://domenicolosurdo.blogspot.com/2011/09/la-guerra-della-nato-in-libia-continua.html#comments

 

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

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