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Samedi 27 février 2010 6 27 /02 /Fév /2010 13:50
par Karl Müller

Alors que le discours dominant impute la situation économique critique de la Grèce à une mauvaise gestion camouflée par un trucage des comptes publics, Karl Müller l’analyse comme la conséquence de politiques extérieures au pays. Classiquement, il met en cause le rôle des agences de notation pour favoriser la spéculation. Surtout, et c’est beaucoup plus moins connu, il met en cause la politique économique agressive de Berlin qui a enrichit l’Allemagne au détriment de ses plus petits partenaires de la zone euro.


 

Athènes, début février 2010. Partout dans cette ville de plus de 3 millions d’habitants qui explose littéralement, on rencontre des gens aimables, ouverts, communicatifs et travailleurs. Sont-ils responsables de ce que l’Union européenne cloue leur pays au pilori ? Est-ce leur faute si depuis quelques se­maines, leur pays fait la une des journaux de ma­nière si négative ? Ou les vrais respon­sables se trouvent-ils ailleurs ?

Qui sont ces fameuses « agences de notation » ?

Le 11 février, le président du groupe socialiste du Parlement européen Martin Schulz a, au cours d’une interview au Deutsch­landfunk, déclaré ceci : « Vous avez mentionné les agences de notation qui, semble-t-il, ont abaissé la note de solvabilité de la Grèce. Je voudrais bien parler ce matin avec les chefs d’Etat et de gouvernement [ils se sont réunis le 11 février pour s’entretenir de la crise financière de la Grèce] pour savoir qui sont ces agences de notation et quel intérêt elles ont à déclarer que les mesures sont inefficaces, qu’il faut augmenter le taux d’intérêt des prêts qui seront accordés un jour ou l’autre soit par des pays soit par des banques privées. Quelqu’un va les recevoir, ces intérêts, mais qui ? Qui a intérêt à ce qu’on augmente les taux ? Les agences de notation. Mais qui sont-elles ? C’est une de ces petites questions que je pose en passant car on n’en débat jamais. »

La faute incombe-t-elle aux spéculateurs sur les monnaies ?

Rudolf Hickel, spécialiste de gauche des questions financières, a exprimé ses craintes en déclarant le 11 février au Spiegel Online : « Une faillite de la Grèce pourrait causer la ruine de tout le système de l’euro ». Selon le média allemand, toute l’agitation à propos de la Grèce a été provoquée volontairement par ceux qui spéculent sur les monnaies, « car les bénéficiaires d’une éventuelle faillite de l’Etat sont avant tout ceux qui spéculent en Bourse sur les monnaies. Selon Hickel, « plus le pays est petit, plus il est livré brutalement aux spéculateurs. […] Après la Grèce, l’Espagne et l’Italie seront dans la ligne de mire des spéculateurs. »

Le capital financier agit de son propre chef

Pour le chef des socialistes européens, c’est un dilemme : d’une part, ils s’accrochent de toutes leurs forces à l’UE et à l’euro pour leurs projets de gouvernement mondial. D’autre part, le capital financier — les res­ponsables socialistes sont toujours à son service — agit de son propre chef et on ne sait jamais avec certitude pour ou contre quoi il se décide dans tel ou tel cas. Actuellement, pas tellement pour l’euro, mais plutôt pour le dollar ? On dit que les Etats-Unis vont, cette année, lancer pour 2,5 billions d’emprunts d’Etat. C’est énormément d’argent et la concurrence augmente sur les marchés financiers. En tout cas, cela donne un coup de fouet aux affaires. Hickel dit simplement : « Les spéculateurs ne visent pas un cours particulier de l’euro qui reflèterait adéquatement l’activité économique. Ils tirent beaucoup plus de profits d’un cours extrêmement instable. » Selon le Neue Zürcher Zeitung du 11 février, la Bourse des marchés à terme de Chicago, qui est déterminante pour le négoce des dérivés monétaires, parie actuellement plus que jamais contre l’euro.

On fait des affaires avec les intérêts

On fait aussi des affaires avec les intérêts. En avril et mai 2010 seulement, des emprunts de l’Etat grec à hauteur d’environ 40 milliards arrivent à échéance qui devront être remboursés au moyen de nouveaux emprunts, de nouveaux crédits, cependant plus à 3% mais à 6% environ. Les prêteurs appellent cela « prime de risque » à cause de la dette publique grecque. A vrai dire, ils doublent ainsi leurs profits car jusqu’ici, la Grèce a toujours payé. Il paraît que cette année, un total de 2,2 billions d’emprunts d’Etat arrive à échéance dans le zone euro. Une grande partie devra être financée en recourant aux marchés financiers. Si le monde de la finance réussissait ici aussi — au Portugal, en Italie et en Espagne et également en France et en Belgique, peut-être même en Allemagne — à faire grimper les taux d’intérêt, avec l’aide des agences de notation ? 1% de plus, cela représente déjà 22 milliards d’euros. Ce serait une affaire formidable … en tout cas aussi longtemps que les peuples et les Etats participeront à ce jeu sinistre. Et qu’est-ce qui se passerait si l’euro ne pouvait plus être soutenu, si l’UE s’effondrait et si par exemple la Grèce ne remboursait plus ses dettes qu’à des conditions équitables ?

L’Allemagne a profité de l’euro … au détriment d’autres pays

L’Allemagne avant tout perdrait énormément de sa puissance. Son industrie exportatrice tout particulièrement a profité considérablement jusqu’ici de l’UE et de l’introduction de l’euro. Actuellement, les exportations représentent environ 50% du PIB.

Le journal Junge Welt titrait même, le 9 février : « Faillite made in Germany. La me­nace d’effondrement des finances publiques d’Etats d’Europe du Sud est la consé­quence directe de la politique agressive de l’Allemagne en matière de commerce extérieur ». Dans l’article, on pouvait lire ceci : « Depuis des décennies, Berlin mène une politique économique agressive fondée sur les exportations. […] Le plus grand débouché pour le capital allemand, c’est l’UE. […] La monnaie commune européenne a privé les pays de la zone euro exposés à cette offensive exportatrice allemande de la possibilité de rétablir la compétitivité de leur économie en procédant à une dévaluation de leur monnaie. L’énorme déséquilibre économique qui en est résulté se manifeste de manière éclatante à travers la Grèce, cette candidate à la faillite qui, en 2008, a importé des marchandises alle­mandes pour 8,3 milliards d’euros alors que ses exportations ne s’élevaient qu’à 1,9 milliard d’euros.

Pour l’auteur de l’article, une cause importante du « succès » allemand réside dans une « stratégie d’appauvrissement du marché intérieur : Entre 2002 et 2008, les salaires bruts ont augmenté en moyenne de 15,2% en Allemagne, mais de 31,9% dans l’ensemble des pays de l’UE. »

L’euro conduit à un contrôle total des Etats de l’UE

La grande industrie allemande « a besoin » de pays comme la Grèce, mais à la longue, cela ne fonctionne que si la politique alle­mande peut contrôler de plus en plus ces pays. Et c’est à cela que sert l’actuelle politique de la carotte et du bâton : le bâton des restrictions pour la population, celui du contrôle par des commissaires européens pour le gouvernement. Le nouveau président de l’UE Hermann van Rompuy a déclaré après le sommet de Bruxelles : « Nous demandons au gouvernement grec d’appliquer toutes ces mesures de manière rigoureuse et déterminée. » Mais la carotte a également été présentée lors de la réunion du 11 février des chefs d’Etat et de gouvernement : « Nous n’abandonnerons pas la Grèce », a déclaré la Chancelière allemande Angela Merkel (communiqué officiel).

Cela veut dire que l’Allemagne fait savoir qu’en cas d’insolvabilité de la Grèce, elle est prête à l’aider financièrement … afin de soutenir l’euro et mais sans doute pas par solidarité.

Et quel en est le prix ? L’inflation ? Encore plus de sacrifices pour le contribuable allemand, et avant tout au détriment des travailleurs ? Daniel Gros, directeur du Centre for European Policy Studies (CEPS) de Bruxelles, a fait savoir au Manager Magazin allemand en quoi consistait la « maîtrise de la crise » dans des pays comme la Grèce : « Il s’agit précisément de baisse des salaires dans le secteur privé. C’est pour moi l’essentiel. » Et il ne pensait pas seulement à la Grèce.

Les leaders socialistes européens vont louer cela comme étant un acte de solidarité. Les chefs de gouvernement socialistes des Etats européens, à la veille de la rencontre des chefs d’Etat et de gouvernement, avaient demandé une « aide » d’urgence pour la Grèce (et les autres pays du sud de l’Europe dont il était question à la une des journaux). En effet notons-le bien : les socialistes européens veulent aussi l’UE et l’euro.

Le gouvernement allemand aspire-t-il à un statut de puissance mondiale ?

Revenons encore une fois à l’Allemagne. L’Agence de Renseignement privée états-unienne Stratfor Global Intelligence a publié le 8 février une analyse intéressante sur le rôle de l’Allemagne en Europe et dans le monde (« Germany’s Choice »). Pendant des décennies, l’Allemagne a été le trésorier (coupable) de l’Europe sans y jouir d’un poids politique réel, mais maintenant, elle n’est plus un « observateur passif muni d’un carnet de chèques ». Merkel est la première Chancelière qui gouverne « libérée du poids des péchés passés ». Elle n’est plus disposée à payer pour l’Europe « au détriment des intérêts allemands ».

Mais elle paiera malgré cela, ou plutôt à cause de cela, pour la Grèce. Il serait certes « intelligent » que l’Allemagne cesse de payer et que l’UE et l’euro s’effondrent, mais sans l’UE et l’euro, l’Allemagne ne pourrait plus prétendre au statut de puissance mondiale. (A vrai dire, la population n’y tient pas.) Cependant, le gouvernement Merkel y tient et le prix que les autres Etats de l’UE doivent payer pour cela est le contrôle absolu de l’Allemagne sur la Banque centrale européenne et par là même sur les budgets de tous les pays de la zone euro.

Mais ne voyons-nous pas se profiler ici une mégalomanie qui s’était déjà mani­festée jadis en Allemagne ? Qu’est-ce qui rend le gouvernement allemand si certain qu’il ne pourra pas se trouver bientôt au bord de la faillite ? Où existe-t-il des plans sinistres de la droite et des Verts en vue d’un renouveau « allemand vert » qui ne recule devant rien ?

Mais revenons à la Grèce. Lors des manifestations contre le plan de rigueur imposé par l’UE au nouveau gouvernement, on pouvait lire ou entendre des slogans comme « Nous n’accepterons pas le chômage et la pauvreté pour permettre au capital monopoliste de faire de gros profits » ou : « Nous ne payerons pas un centime pour la ploutocratie ». Le secrétaire général du syndicat grec des fonctionnaires Adedy a déclaré : « Ils ont promis que les riches paieraient mais au lieu de cela, ils se servent chez les pauvres. C’est cette politique que nous combattons, pas la tentative de surmonter la crise. »

Les Grecs en ont assez de l’UE

La Grèce a-t-elle une chance de s’en tirer au sein de l’UE et de la zone euro ? Guère ! Un article paru dans le Neue Zürcher Zeitung du 12 février et intitulé « La zone euro, zone de conflits » a une fois encore rappelé un défaut fondamental de l’euro : Contre toute raison économique, l’introduction de l’euro devait permettre de créer un super-Etat européen. L’euro devait contraindre les Etats à harmoniser de plus en plus leurs politiques. Mais c’était chimérique dès le début : « Les tensions au sein de l’union monétaire européenne sont plus ou moins le résultat du fait que les politiques ont toujours vu dans l’union monétaire un instrument destiné à accélérer et à imposer l’intégration politique de l’Europe. On a fait un usage abusif de l’institution moné­taire afin de viser des objectifs situés au-delà de la politique monétaire, ce qui représente un danger pour la stabilité de la monnaie et pour l’économie. »

Il est possible que si la Grèce sortait de l’UE, elle subirait dans un premier temps un certain nombre d’inconvénients écono­miques et autres, mais si elle reste dans l’UE, les inconvénients se multiplieront considérablement. Les Athéniens disent qu’ils en ont assez de l’UE, et c’est normal. Ne se fier qu’à ses propres forces et jouir de la liberté est plus digne que mener de plus en plus une vie d’esclaves.


Par brigitte - Publié dans : Europe - Communauté : Blog citoyen en Haute-Garonne
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Vendredi 26 février 2010 5 26 /02 /Fév /2010 21:51
Par brigitte - Publié dans : Europe - Communauté : Blog citoyen en Haute-Garonne
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Mercredi 24 février 2010 3 24 /02 /Fév /2010 07:03

Communiqué de Solidarité & Progrès


Paris, le 22 février 2009


L’Europe est dans la tourmente financière. Soit elle sombre comme dans les années trente, soit elle redevient l’Europe des nations et du progrès qu’elle fut dans la période d’après-guerre. Notre campagne en Bretagne et les propositions que nous énonçons ci-dessous montrent la voie pour une sortie républicaine de cette crise.

Depuis le début de la crise, nous redoutions la réapparition du fascisme financier, d’une oligarchie financière qui, craignant de tout perdre, devient putschiste et décide de reprendre de force à la population tout ce qu’elle a perdu dans la débâcle. Or, aux derniers sommets de l’UE et de l’Eurogroupe portant sur la crise grecque, le bourreau du fascisme financier a clairement levé la tête. Il avait le visage du président de la BCE, Jean-Claude Trichet, et des principaux dirigeants européens décrétant une surveillance supranationale de tous les instants sur ce pays pour qu’il impose des coupes draconiennes dans ses dépenses sociales ; il avait le visage de ces chefs d’Etat européens, menaçant la Grèce de nouvelles sanctions si, avant un mois, elle n’a pas prouvé sa détermination à couper davantage pour aboutir à une réduction féroce de 4% de son déficit budgétaire cette année.

La nouvelle junte des colonels
Image publiée par nos collègues italiens sur le site movisol.org, et reprise par plusieurs blogues à travers toute l'Italie. Notons toutefois qu'ils ont oublié la figure de Strausskhanisis !

Paniqués à l’idée d’une explosion de la zone euro que les marchés financiers, notamment anglo-saxons, ont orchestrée depuis plusieurs semaines, les chefs d’Etats européens, plutôt que de remettre à plat un système financier parti en folie depuis une trentaine d’années et d’en créer un nouveau au service de l’intérêt général, comme le fit Roosevelt en 1933, ont préféré mettre le doigt dans l’engrenage d’un processus conduisant à la dictature supranationale, pour tenter de sauver les meubles. Il n’y a eu aucune contestation à l’idée d’un gouvernement économique européen, s’est félicité Nicolas Sarkozy lors d’une conférence de presse conjointe avec Angela Merkel, après le sommet de l’UE, le 11 février dernier. L’Allemagne, jusqu’ici réticente à cette idée, a fini aussi par donner son accord.

Si l’on ne connaît pas encore le contenu que donneront les chefs d’Etat européens à un tel projet, leur attitude envers la Grèce, bien pire que celle qui a rendu le FMI si tristement célèbre dans les pays en développement, et les propositions formulées par Edouard Balladur, visant à donner aux ministres des Finances de la zone euro le droit d’approuver ou de rejeter les budgets nationaux avant qu’ils ne soient votés par les parlements nationaux, vont clairement dans le sens d’une dictature supranationale. Exercée par un groupe d’hommes n’ayant jamais reçu mandat pour appliquer de telles politiques, sur des peuples majoritairement opposés à cette Europe, cette dictature n’a d’autre but que de satisfaire les marchés financiers qui, après avoir été renfloués par les Etats, exigent désormais d’eux qu’ils taillent dans leurs dépenses sociales afin « d’assainir les finances publiques ».


Mettre la zone euro en règlement judiciaire


En empêchant le domino grec de tomber, les chefs d’Etat européens croient pouvoir enrayer l’explosion de l’ensemble de la zone euro. C’est parfaitement illusoire ! La zone euro, tout comme le reste de l’économie mondiale, est totalement en faillite. Le système monétaire international tout entier fonctionne comme un énorme jeu de cavalerie financière, où chacun vit de l’argent emprunté au précédent, et dans lequel, au bout de cette chaîne infinie, il ne reste presque plus de richesse.

Prise au début comme bouc émissaire, les problèmes de la Grèce apparaissent aujourd’hui comme bien moindres que ceux de l’Espagne et surtout, du Royaume-Uni, comme l’aurait même remarqué, selon le Canard Enchaîné de la semaine dernière, Nicolas Sarkozy. Si le Financial Times avait fustigé la Grèce pour son déficit de 12,7%, l’on sait désormais que celui du Royaume-Uni se situera aux alentours de 12,8% en 2010 et que sa dette n’est pas de 60% du PIB, comme il le prétend, mais de 147% – 50% de plus que celle de la Grèce – si on inclut le renflouement de son système bancaire en faillite ! Quant à l’Espagne, la bulle immobilière qui constituait l’essentiel de son « miracle économique » est en train d’éclater. Suite aux saisies et aux swaps, les banques seraient devenues les plus grosses détentrices d’immobilier en Espagne. Mais le Crédit suisse, après l’UBS, tire la sonnette d’alarme sur les créances douteuses que cachent les principaux acteurs du secteur, et qui représentent 30 à 40 % du total. Début 2010, la dette hypothécaire espagnole représentait 58% du PIB du pays !

Pour faire face à ces montagnes de dette, les gouvernements européens s’orientent vers de nouveaux renflouements. Selon Der Spiegel, l’Europe serait désormais prête à aligner 20 à 25 milliards d’euros pour un plan de sauvetage de la Grèce, sous forme de prêts ou de garanties de prêts, auxquels tous les pays européens contribueraient en fonction de leurs moyens. Cette politique ne fera qu’augmenter les dettes, endettement que les gouvernements tenteront de réduire en coupant de plus en plus dans les budgets sociaux. C’est la politique qui a conduit, de proche en proche, aux camps de la mort en Allemagne.


Récréer une Europe des patries et des projets


Tandis qu’il n’y a rien à espérer de la plupart des élites européennes, qui ont depuis fort longtemps perdu leur âme, cette crise crée cependant les conditions pour que la population, de plus en plus saisie par une juste colère, reprenne le contrôle des finances et de son destin.

1) Catalyser une réforme du système monétaire international. Plutôt que d’endosser le costume de gendarme de la zone euro, à la place du FMI, la France et l’Allemagne doivent coordonner leurs efforts pour jouer le rôle de catalyseur d’un nouvel ordre économique et monétaire de progrès mondial, en ouvrant des discussions dans ce sens avec les grandes nations souveraines que sont les Etats-Unis, la Chine, la Russie et l’Inde.

Au-delà des tensions actuelles, cette crise est celle du système qui a remplacé l’ordre de Bretton Woods, où les Etats ont abandonné le monopole de l’émission monétaire à des banques privées et à des banques centrales indépendantes représentant des intérêts privés. Ce système, dans lequel la City de Londres joue le rôle central avec la complicité agissante de Wall Street, s’est orienté vers les spéculations les plus insensées avec de l’argent de plus en plus douteux. Il ne survit qu’en détruisant le travail et les investissements à long terme, dans la recherche, la haute technologie, l’industrie et les infrastructures.

2) Sortir de la dictature financière de la City de Londres et de Wall Street. La zone euro s’inscrit dans le contexte de ce système financier international et se trouve donc sous le contrôle d’un système monétariste britannique. Nous avons perdu notre souveraineté nationale en matière monétaire en adhérant à l’euro. Cette monnaie ne repose sur aucune politique commune, aucun dessein à long terme ; elle n’est qu’une monnaie de banque livrée aux marchés financiers.

3) Revoir les traités de l’Union économique et monétaire, qui se trouvent d’ores et déjà remis en cause par l’endettement et les déficits de l’ensemble de la zone euro. Y renoncer revient donc à abandonner un mourant afin de pouvoir survivre.

4) Face à la menace d’explosion, reconstituer le noyau initial de 6. A condition de changer du tout au tout la politique économique, un premier pas serait, pour les 6 fondateurs de l’Europe – France, Allemagne, pays du Benelux et Italie – de reprendre leur liberté et de commencer à bâtir les fondations d’une autre Europe.

5) L’Etat doit reprendre le contrôle de l’émission d’argent. L’Europe a abandonné l’émission de crédit à un système de banques privées, organisé autour de banques centrales indépendantes représentant des intérêts privés. En France, ceci remonte aux lois des 3 janvier et 4 août 1973 (Pompidou/Giscard) qui ont interdit à la Banque de France de faire des avances au Trésor, sans intérêt, d’autoriser des découverts de tout type au Trésor ou autres institutions publiques, et de souscrire à leurs instruments de dette. L’article 104 §1 du Traité de Maastricht, voté en 1992, étend ces interdits à la BCE et aux banques centrales des Etats membres. En clair, cela veut dire que le monopole de l’endettement de l’Etat a été livré aux établissements financiers privés. Résultat, sur la dette actuelle de la France représentant 80% du PIB, 60% constitue le paiement d’intérêts à ces banques privées ! Il faut revenir à un ordre de crédit public productif, c’est-à-dire du crédit émis par une banque nationale, sous contrôle public, et non une banque centrale privée ou arrimée aux marchés. Ces crédits, à long terme et faible taux d’intérêt, doivent permettre de « jouer l’avenir » en équipant l’homme et la nature.

6) Procéder à une banqueroute organisée des institutions financières de la zone euro. Comme Roosevelt l’a fait en 1933, l’Europe doit mettre en faillite les avoirs spéculatifs qui ont parasité, et parfois même remplacé, les économies productives de la zone. Les bulles immobilières qui ont constitué l’essentiel des économies de l’Espagne, l’Irlande ou l’Angleterre, n’en sont que l’exemple le plus extrême. La loi Glass-Steagall adoptée par Roosevelt en 1933, qui imposa la séparation totale entre banques d’affaires, se livrant à la spéculation, et banques de dépôt, doit guider la nécessaire réorganisation bancaire.

7) Retour aux monnaies nationales. 47% des Français regrettent beaucoup le franc, 22% le regrettent un peu, contre seulement 30% qui ne le regrettent pas. Sous le poids de la crise et des conceptions monétaristes de l’Union économique et monétaire, les économies nationales ont divergé radicalement, rendant nécessaire le retour aux monnaies nationales et limitant l’euro à une monnaie de référence utile, pour la réalisation de grands projets communs. Mais il ne s’agit pas de revenir aux monnaies nationales dans le contexte d’une économie monétariste. Nous voulons un « franc polytechnique », lié à l’introduction de technologies nouvelles et à la qualification du travail humain.

8) Réorienter l’investissement vers la recherche, la haute technologie et l’industrie, créateurs de richesse. L’Europe est devenue une économie de services. Depuis trente ans, l’industrie française a perdu 36% de ses emplois, soit 1 912 500 emplois. 96% de ces pertes concernent l’industrie manufacturière. Alors que l’Europe se désindustrialise et adopte des politiques écologistes qui la ramèneront à l’âge de pierre, les pays asiatiques et d’autres prennent leur envol. Souhaitons-nous réellement que l’Europe quitte le cœur de l’histoire ?

Par brigitte - Publié dans : Europe
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Dimanche 21 février 2010 7 21 /02 /Fév /2010 13:44

No-War

                                          apocalypse-1

                                       No-War, le blog d'eva R-sistons à l'intolérable
                              Informer contre la guerre est le premier de mes engagements.

  
  La guerre est la pire des solutions, elle aggrave les problèmes au lieu de les résoudre. Elle sème partout ruines, désolation, morts, handicaps, blessures intérieures, stress, douleurs... Et avec les moyens actuels, elle est redoutablement dangereuse. Désormais, on parle d'ailleurs ouvertement d'utiliser les armes nucléaires - banalisées !
   Nous sommes prévenus: L'OTAN, que j'appelle l'Organisation Terroriste (terrorisme d'Etat) Anti-Nations (portant atteinte aux souverainetés) appelle à la guerre préventive, permanente, totale, nucléaire. Elle a enrôlé sous sa bannière....

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Par brigitte - Publié dans : Europe - Communauté : Blog citoyen en Haute-Garonne
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Mercredi 17 février 2010 3 17 /02 /Fév /2010 18:20

Un « mini-traité » de… 1300 pages

par Silvia Cattori*

 

 

En 2005, un Français comme les autres, Étienne Chouard, professeur au lycée Marcel Pagnol de Marseille, a présenté sur son blog ses analyses du projet de Traité constitutionnel européen. Au cours de la campagne référendaire, son site suscite un véritable engouement et devient l’un des plus fréquentés de France. Tranchant avec l’opacité des discours officiels, la simplicité de ses argumentaires touche un vaste public pour qui « ce qui se conçoit bien s’énonce clairement ». Silvia Cattori a rencontré ce citoyen exemplaire qui revient sur le devant de la scène à l’occasion de la signature du mini-traité européen. Il raconte son parcours et décrit sa vision d’institutions selon lui dénaturées.

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Silvia Cattori : En consultant votre site internet on découvre, qu’en 2004, vous étiez favorable au Traité constitutionnel européen, mais qu’après en avoir étudié son contenu, vous avez radicalement changé d’avis. Pourriez-vous nous résumer les raisons de votre revirement ?

Étienne Chouard : Ma trajectoire est celle de quelqu’un qui faisait confiance aux politiciens. Je ne faisais pas de politique. Quand j’ai commencé à comprendre ce qu’étaient devenues les institutions européennes, je suis tombé de haut. Je me suis rendu compte que les hommes au pouvoir étaient en train d’écrire eux-mêmes les limites de leur pouvoir, qu’il y en avait pas ou peu, et qu’elles étaient écrites de façon à ce que nous ne comprenions rien.

Dans les institutions européennes, plus aucun acteur n’est responsable de ses actes devant les citoyens ; il y a quelques apparences de responsabilité, mais ce sont des faux semblants, des leurres.
Mais surtout, le Parlement ne compte pour rien dans les institutions : il n’a pas l’initiative des lois, il ne participe à l’élaboration de la loi que sous la tutelle (la surveillance ?) du Conseil des ministres qui s’est promu co-législateur au mépris de la plus élémentaire et indispensable séparation des pouvoirs, et encore, pas dans tous les domaines ! En effet, il y a des domaines soumis à ce qu’on appelle les « procédures législatives spéciales », une vingtaine, dont on n’affiche la liste nulle part, et dans lesquels le Conseil des ministres décide seul, sans le Parlement. Le saviez-vous ?

C’est impressionnant de voir le nombre d’institutions européennes non élues qui ont un pouvoir important et mal contrôlé.

La Banque centrale européenne, non plus, ne rend de comptes à personne. C’est extravagant, la façon dont cela a été écrit : on voit bien, on voit partout, que ce sont des ministres qui ont écrit ces règles sur mesure, pour eux-mêmes.

En regardant bien, on s’aperçoit même que ces institutions ont été écrites plus pour l’intérêt des banques et des multinationales que pour l’intérêt général. On peut se demander pourquoi.

Quand on lit le livre de Jean-Pierre Chevènement, on découvre que Jean Monet, cette icône, ce symbole de l’Europe, ce quasi saint pour les « eurolâtres », était un banquier français qui vivait aux États-Unis et qui s’était imprégné de leurs valeurs. En fait, il avait conçu et construit l’Union européenne pour affaiblir l’Europe, pour empêcher les souverainetés populaires de se reconstruire après la guerre. Il l’écrit lui-même ! C’est consternant !

Quand on lit les traités européens avec ces lunettes, ils ressemblent à cette vision-là de Monet : ces institutions permettent aux multinationales d’écrire le droit et interdisent aux parlements nationaux et aux peuples de s’y opposer. C’est un régime inacceptable ; pourtant, Monet et ses fidèles nous l’ont imposé par voie de traités depuis 50 ans sans que le peuple n’ait jamais vraiment son mot à dire.

Il y a eu un simulacre de débat sur Maastricht ; je vous rappelle, qu’alors, on n’a absolument pas parlé d’institutions ; on a parlé de monnaie, certes, mais même pas de ce qui compte le plus en matière monétaire : on ne nous a rien dit, notamment, de l’abandon total de la création monétaire aux banques privées (article 104) qui est pourtant un pur scandale, la cause majeure de la dette publique qui asphyxie nos États et une cause importante du chômage endémique qui asphyxie nos économies.

En 1992, on ne nous a invités à débattre que de l’indépendance de la Banque centrale et de la nouvelle monnaie unique, qui sont sans doute de bonnes choses. Mais, de la faiblesse du Parlement, de la confusion des pouvoir, de l’indépendance des juges, de l’impuissance des citoyens, de la révision sans référendum, de toutes ces honteuses et dangereuses institutions, on n’a pas du tout parlé. Du vote de Maastricht, on ne peut donc pas dire honnêtement qu’il cautionne les institutions.

Si on envisage l’ensemble de la construction européenne sur cinquante ans, les peuples n’ont donc finalement pas eu droit au moindre débat sur l’essentiel.

La seule fois où on nous a demandé vraiment notre avis, en 2005, la première fois où on nous a retiré le bâillon, on a crié « Non ! » Aussitôt, on nous a remis le bâillon et puis le viol a recommencé. Et on nous dit : « Vous n’en voulez pas, mais vous l’aurez quand même, par la voie parlementaire… »

2007 a donc confirmé ce que 2005 avait révélé : la méthode et le contenu du traité de Lisbonne confirment que l’on a une bande de violeurs aux manettes, et ce qui se passe là, c’est un coup d’État. C’est un coup de force. La définition du coup d’État, c’est un pouvoir exécutif qui ne se plie pas au suffrage universel. Nous y sommes.

Silvia Cattori : Tout cela a pu se faire car les citoyens ont abandonné leurs responsabilités et s’en sont remis naïvement à leurs représentants sans sans imaginer qu’ils pouvaient abuser de leurs pouvoirs et sans contrôler leur action.

Étienne Chouard : Oui. Le mensonge est partout et les gens honnêtes n’osent pas y croire. On parle d’un mini traité simplifié, qui n’est ni « mini », ni « simplifié ». Il faut lire trois mille pages maintenant pour savoir ce qu’il y a dans le traité de Lisbonne. C’est extrêmement compliqué. Il y a toutes sortes de renvois et tout ce qui était dans le traité de 2005 se retrouve ici. Même ce qu’ils ont dit vouloir retirer. L’hymne, ils vont le garder. Le drapeau va rester. La référence à l’euro va rester. Ils ont dit qu’ils retireraient le drapeau. Mais vous le croyez, qu’ils vont le retirer ? Ils ont retiré l’étiquette « constitution ». Mais sur une fiole de poison, qu’est-ce qui est dangereux ? L’étiquette ou le poison ? Quand on retire l’étiquette, est-ce que le poison est moins dangereux ?

On nous prend pour des imbéciles.

C’est une constitution, à l’évidence, mais une mauvaise constitution écrite par des gens qui ne devaient pas l’écrire. On a des élus, mais ce n’est pas à eux d’écrire la constitution. Je tiens à cette idée forte : ce n’est pas aux hommes au pouvoir d’écrire les règles du pouvoir ; ce n’est pas aux parlementaires, aux ministres, aux juges, d’écrire la constitution ; c’est à d’autres, à des gens désintéressés.

Il n’y a pas d’autre moyen, pour nous les simples citoyens, d’être protégés contre les abus de pouvoir, qu’une Assemblée constituante, mais attention : surtout pas élue parmi les candidats des partis, car les partis ont de nombreux membres au pouvoir dont les amis écriraient à nouveau des règles pour eux-mêmes et on n’en sortirait pas.

Ce que Giscard lui-même a affirmé [1] de ce traité de Lisbonne devrait amener les 16 millions d’électeurs qui ont voté non à descendre dans la rue, car c’est le même traité que le précédent, illisible, et s’il est compliqué, Giscard dit que c’est pour rendre impossible le référendum ; Giscard dit aussi que tout ce qui tenait à cœur aux Conventionnels en 2004 se retrouve dans le traité de Lisbonne, sauf que c’est dans un ordre différent.

Ma conclusion est celle-ci : tout cela arrive parce que ceux qui écrivent les règles les écrivent pour eux-mêmes et qu’ils trichent.

Silvia Cattori : Aucun acteur n’a de compte à rendre ?

Étienne Chouard : Aucun ; les citoyens ne comptent pour rien. Ils n’ont aucun moyen de résister contre les abus de pouvoir dans ces institutions. Le seul bon moyen serait le référendum d’initiative populaire et nous ne l’avons pas. Je dirais même qu’on ne l’aura jamais si ce sont des représentants élus qui écrivent les règles. Le droit de pétition (de l’article 11 du traité de Lisbonne consolidé) n’a aucune valeur contraignante. On n’a pas besoin d’un article comme ça pour faire des pétitions : même si on le retirait, les gens pourraient toujours faire pétition.

Silvia Cattori : Le traité de Lisbonne ne comporte-t-il pas au moins un élément positif, par exemple la possibilité pour un État de sortir de l’Union européenne ?

Étienne Chouard : Oui, et cela existait déjà dans le TCE rejeté en 2005, et c’est repris, comme tout le reste.

Silvia Cattori : Dans ce cas de figure, comment un État qui le souhaiterait pourrait-il sortir de l’Union ? Cette procédure est-elle applicable ?

Étienne Chouard : Cela ne serait pas simple de sortir de l’Union européenne et cela coûterait très cher ; il y a beaucoup de rouages en œuvre ; il faudrait un gouvernement très déterminé. Cette situation de non-retour me fait penser à l’AGCS (l’Accord Général sur le Commerce des Services) d’où on ne peut pas sortir non plus : cet accord (négocié et signé sans nous en parler, dans le plus grand secret) a le même génome antidémocratique que l’Union européenne : ce sont les mêmes qui l’ont conçu, ce sont les mêmes intérêts qui sont servis : les multinationales et les banques.

À quoi sert l’AGCS ? À faire disparaître toutes les contraintes sur le commerce des services. Aujourd’hui, un État souverain peut encore interdire quantité d’abus pour se protéger contre les investisseurs prédateurs : quand une grande entreprise veut venir s’installer quelque part, le pays a ses propres règles pour défendre son droit social, son droit environnemental, son droit fiscal, ses ressources naturelles, etc.

Cela va disparaître : Les États, dans les négociations secrètes de l’AGCS, sont en train de s’interdire d’interdire (aux entreprises), les uns les autres : je ne t’interdis plus cela, mais toi, tu arrêtes de m’interdire ça… Les citoyens vont se retrouver nus, sans défense et personne n’en parle ! Tous les services publics sont menacés par ces mécanismes. Et cela est irréversible : les amendes que les États acceptent de devoir payer en cas de retrait ne sont pas payables, tellement elles sont prohibitives.

Les accords de l’AGCS sont donc négociés en secret par une personne seule : le commissaire européen au commerce extérieur… Une personne seule pour 480 millions de personnes négocie en secret des accords décisifs qui lèsent tout le monde de façon irréversible. C’est un pur scandale, c’est très grave.

Silvia Cattori : En voyant les chefs d’État et de gouvernement de l’Union signer le traité à Lisbonne qu’avez-vous ressenti ?

Étienne Chouard : L’impression d’être violenté, à l’évidence, et par ceux-là mêmes qui prétendent partout me défendre… L’impression d’être dans un piège contrôlé par des menteurs professionnels et des voleurs en bande. Ce qui me désole est que les gens ne soient pas du tout informés et ne se sentent donc pas concernés.

Silvia Cattori : Il y a un aspect très important qui est également peu présent dans le débat : la politique étrangère de l’Union ; la participation de ses principaux membres à des opérations militaires via l’OTAN. Or, là aussi, alors que les sondages montrent que les citoyens sont très majoritairement opposés à ces guerres illégales, ils sont totalement impuissants à les empêcher. Alors que les invasions de l’Afghanistan et de l’Irak se révélent être des aventures coloniales, M. Sarkozy tente de resserrer les liens de l’Union européenne et des États-Unis dans la perspective d’un conflit avec l’Iran dans l’intérêt d’Israël. Que pensez-vous de cet aspect de l’Union ?

Étienne Chouard : On a l’impression que tout cela a été programmé depuis le début. Cela s’est fait de manière progressive. Le Non les a un peu ralentis mais, deux ans plus tard, les autorités font passer le traité en force. Et les citoyens ne réagissent pas, ce qui confirme sans doute les gouvernants dans l’opinion qu’ils ont tous les droits. L’ambiance est au pessimisme. Oui, ils peuvent enlever des enfants africains dans les écoles, oui ils peuvent aller faire la guerre au bout du monde. Il faut lire Alain Badiou (De quoi Sarkozy est-il le nom). Les critiques des médias ont été si virulentes contre ce livre que j’ai failli ne pas le lire. Je le trouve pourtant passionnant. C’est très bien analysé ; il dit bien que l’ambiance n’est pas au pétainisme, mais au néo pétainisme.

Il faut aussi lire François-Xavier Verschave (« De la Françafrique à la Mafiafrique , pour commencer) pour comprendre que la décolonisation n’a pas eu lieu.

Silvia Cattori : Votre réflexion rejoint celle que le sociologue Jean-Claude Paye a conduit à propos des libertés fondamentales dans l’Union [2]. Comme vous, il constate que les institutions ont été construites de telle façon que les décisions échappent aux citoyens.

Étienne Chouard : Effectivement, je ne suis pas le seul à le dire, loin de là, et en fait, tous ceux qui étudient honnêtement les institutions sont scandalisés et regrettent d’avoir trop fait confiance à leurs élus.

Silvia Cattori : Ces sommets, Lisbonne, le G 8, ne seraient donc que des mascarades où des dirigeants, entre festins et embrassades, prennent des décisions sans en référer à leurs mandants comme si on était dans un système dictatorial ?

Étienne Chouard : Ce n’est pas —encore— une dictature car, dans une dictature, il n’y a pas de liberté d’opinion ni d’expression. C’est donc plus soft que cela, c’est poli, c’est joli à voir, c’est en train de devenir totalitaire, mais il y a moins de prise à la critique, c’est plus difficile à condamner. Le discours mensonger, inversant les valeurs, Orwell l’annonçait fort bien dans 1984, consistait à dire « la guerre, c’est la paix », « le travail ; c’est la liberté », et le simple fait de le répéter retire des armes aux résistants potentiels. La manipulation par le langage fonctionne bien. Elle demande, de la part des résistants, une formation, un apprentissage de ces manipulations.

Silvia Cattori : Quels outils les partisans du non ont-ils pour vaincre ces obstacles ?

Étienne Chouard : Il y en a un qui sera peut-être assez fort : c’est une requête individuelle auprès de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), qui ne fait pas partie de l’Union européenne mais dont l’Union a signé la Convention qu’elle doit donc respecter.

La Cour peut être saisie par une unique personne contre un État. C’est une cour qui protège les individus isolés.

Son argumentation est puissante (voyez le site 29mai.eu), je m’en sers déjà à tout propos. La requête consiste à attaquer l’État français pour violation de l’article 3 du protocole 1 de la Convention qui dit que les « hautes parties contractantes s’engagent à garantir à leurs citoyens des élections libres qui permettent un libre choix du corps législatif ».

En fait, notre corps législatif est désormais très largement européen. Et au niveau européen, est-ce que le corps législatif est élu ? Pour l’essentiel, non : nous n’avons pas le choix. Le corps législatif en France, ce n’est pas l’Assemblée nationale : 80 % des nouvelles lois qui s’appliquent en France sont des normes européennes automatiquement transposées dans notre droit national, sans vrai débat parlementaire.

Alors, qu’en est-il donc en Europe ?

Au niveau constituant d’abord, c’est une CIG (Conférence intergouvernementale, non élue) qui écrit et corrige les traités, c’est-à-dire la Constitution européenne (qui cache désormais son nom, hypocritement). Les parlements (les seuls qui soient élus) ne peuvent que ratifier ou pas les traités écrits par des non élus, en bloc : ils n’ont ni droit d’initiative, ni droit d’amendement : ils sont donc réduits à la portion congrue, alors que ce sont eux qui sont élus !

Au niveau constituant, donc, le pouvoir échappe aux élus.

Ensuite, les lois ordinaires européennes sont écrites par la Commission (non élue) qui a l’exclusivité et l’initiative des lois, et ces lois sont ensuite discutées et votées par le Conseil des ministres (non élu) en « codécision » avec le Parlement européen (le seul qui soit élu).

Mais —écoutez bien cela, c’est essentiel— il n’y a pas codécision sur tous les sujets : il y a une quantité de sujets où des non élus (Commission et Conseil) décident seuls de la loi européenne.

Ces domaines où les exécutifs écrivent ce que j’appelle des lois sans parlement (c’est plus clair que l’expression chafouine « procédures législatives spéciales ») sont soigneusement cachés, ils n’y a pas de liste : demandez donc à vos parlementaires ou à vos ministres ou à vos journalistes de vous dire quelques uns de ces domaines : ils ne les connaissent pas eux-mêmes (ou alors ce sont de vrais bandits de ne pas en parler clairement à tout le monde).

Cette stérilisation progressive du suffrage universel est une raison solide d’attaquer l’État français pour violation de la Convention européenne des droits de l’homme : nos propres représentants sont en train de vider nos votes de toute force : la démocratie agonise dans un décor factice de démocratie simulée.

Une seule requête suffit, mais en en envoyant des milliers, on crée une force politique en appui d’une requête juridique.

C’est gratuit. Si on perd, cela n’aura coûté que le timbre d’envoi.

De plus, la Cour Européenne des Droits de l’Homme (CEDH) a intérêt à montrer quelle sert à quelque chose, et c’est un cas d’école (inédit) qui pourrait faire jurisprudence.

En tout cas, c’est le seul moyen dont nous disposons, nous : simples citoyens. Tous les autres moyens dépendent de nos représentants, parlementaires et ministres, qui ont montré qu’ils sont décidés à nous violer. Si on attend d’eux qu’ils nous défendent, on va attendre longtemps, c’est perdu d’avance.

Cette requête donne de l’espoir car la Cour peut bloquer le processus de ratification, le temps de décider sur le fond. Il me semble que c’est une arme puissante, nouvelle.

Silvia Cattori : Que dites-vous à ces citoyens suisses et norvégiens qui ont refusé jusqu’ici d’adhérer à l’Union européenne, généralement qualifiés d’« attardés qui refusent le progrès » par leurs détracteurs ?

Étienne Chouard : J’espère pour eux qu’ils vont continuer de résister. Je les envie, car j’ai l’impression que nous sommes enfermés par nos propres élus dans un piège épouvantable. Notre désindustrialisation a commencé et elle va à grand pas. On nous oblige à ouvrir nos frontières avec des pays qui ne respectent ni les droits du travail, ni les droits environnementaux, ni aucune des contraintes que nous imposons à nos propres entreprises en vertu du progrès social. Mis en concurrence déloyale avec des pays qui sont si peu comparables, on ne peut que continuer de dégringoler vers la ruine générale.

Ne riez pas : des pays ont déjà vécu cette descente aux enfers en appliquant ces mauvaises recettes : voyez le cas effrayant de l’Argentine, cobaye du néolibéralisme…

Silvia Cattori : Si on demandait aux citoyens s’ils veulent rester ou sortir de l’Union, que choisiraient-ils selon vous ?

Étienne Chouard : le coup d’État de Lisbonne me conduit à me demander s’il ne faut pas sortir de toute urgence de cette UE-MB (Union européenne des multinationales et des banques). Je commence effectivement à désespérer de changer l’UE, dont le programme génétique semble être conçu contre les peuples et contre la démocratie.

Peut-être faut-il sortir de cette UE-là pour construire enfin une vraie société européenne, voulue et défendue par les peuples concernés (et pas par leurs élites décalées).

Silvia Cattori : Pourquoi ne pas faire campagne pour en sortir carrément, si les chances de revenir sur le traité sont nulles ?

Étienne Chouard : Je n’ai pas encore renoncé à mon rêve européen de fraternité. Je voudrais que l’on recommence avec moins de pays à la place de ce monstre conçu par et pour les grandes corporations. Là on est en train de marier des peuples avec le consentement de leurs « pères ». Un mariage réussi et durable se fait forcément avec le consentement des peuples concernés.

Silvia Cattori : Les sociaux-démocrates ne portent-ils pas la principale part de responsabilité dans cette forme de construction européenne ? Jacques Delors n’a-t-il pas fait l’Europe du marché ?

Étienne Chouard : Jacques Delors et la plupart des leaders socialistes nous ont évidemment trompés, ils nous ont menti mille fois, et cette évidente trahison des chefs de la gauche est une catastrophe pour le pays.

Je leur faisais confiance, et très particulièrement à Jacques Delors : je me souviens du dernier jour avant le référendum de Maastricht : Jacques Delors nous avait parlé à la télévision ; il avouait qu’on n’avait encore pas « fait de social » jusque-là en Europe, mais il prenait date avec nous, solennellement, en nous regardant avec ses yeux bleus tristes et sincères, il nous a promis ardemment de commencer à « faire du social » dès le lendemain de notre vote Oui. Il nous l’a promis pour qu’on vote OUI. Quinze ans après, nous sommes plus que jamais en recul social sur tous les plans… J’ai l’impression d’avoir été trompé par un des hommes en qui je faisais le plus confiance. C’est triste et révoltant à la fois.

La chute est rude.

Silvia Cattori : Vous avez parlé d’abandon total de la création monétaire. Vous pouvez préciser de quoi il s’agit ?

Étienne Chouard : Il y a un rouage essentiel qui m’est apparu cette année. Je commence même à y voir le cœur du piège, le diamant central, le moteur de notre impuissance… C’est l’article 104 de Maastricht (qui est devenu l’article 123 du traité de Lisbonne).

Il dit ceci : « Les États n’ont plus le droit d’emprunter auprès de leurs banques centrales ». Pour le commun des mortels c’est incompréhensible.

De quoi s’agit-il ? Depuis des siècles, les États ont abandonné une partie de leur pouvoir de créer la monnaie aux banques privées : les banques ont obtenu des gouvernants, très certainement par corruption, le droit (fondamental) de créer la monnaie.

Mais au moins, jusqu’à une période récente (1974 en France), les États partageaient encore avec les banques privées le droit de créer la monnaie : quand un État avait besoin d’argent pour créer des voies ferrées, des logements ou des hôpitaux, l’État créait lui même sa monnaie, et il ne devait pas payer d’intérêts pendant les remboursements - ne relâchez pas votre attention et n’oubliez pas : c’est le point crucial, celui qui vous condamne aux travaux forcés au profit de rentiers oisifs.

C’est comme cela que l’État créait la monnaie : l’État empruntait auprès de sa banque centrale (qui créait cette monnaie pour l’occasion) et, au fur et à mesure où l’État remboursait cet emprunt, la Banque centrale détruisait cet argent, mais sans faire payer d’intérêts à l’État !

Depuis 1974 en France, à l’époque du serpent monétaire européen, l’État —et c’est sans doute pareil dans les autres pays européens— s’est interdit à lui-même d’emprunter auprès de sa banque centrale et il s’est donc lui-même privé de la création monétaire. Donc, l’État (c’est-à-dire nous tous !) s’oblige à emprunter auprès d’acteurs privés, à qui il doit donc payer des intérêts, et cela rend évidemment tout beaucoup plus cher.

Dans quel intérêt ? L’intérêt général ? Vous plaisantez, sans doute !

Je vous fais remarquer que, précisément depuis 1974, la dette publique ne cesse d’augmenter et le chômage aussi.

Je prétends que c’est lié.

Ce n’est pas fini : depuis 1992, avec l’article 104 du traité de Maastricht, cette interdiction pour les États de créer la monnaie a été hissée au plus haut niveau du droit : international et constitutionnel. Irréversible, quoi, et hors de portée des citoyens.

On ne l’a dit pas clairement : on a dit qu’il y avait désormais interdiction d’emprunter à la Banque centrale, ce qui n’est pas honnête, pas clair, et ne permet pas aux gens de comprendre. Si l’article 104, disait « Les États ne peuvent plus créer la monnaie, maintenant ils doivent l’emprunter auprès des acteurs privés en leur payant un intérêt ruineux qui rend tous les investissements publics hors de prix mais qui fait aussi le grand bonheur des riches rentiers, propriétaires de fonds à prêter à qui voudra les emprunter », il y aurait eu une révolution.

Ce hold-up scandaleux coûte à la France environ 80 milliards par an (*) et nous ruine année après année ; mais on ne peut plus rien faire.

Ce sujet devrait être au cœur de toutes nos luttes sociales, le fer de lance de la gauche et de la droite républicaines. Au lieu de cela, personne n’en parle. C’est consternant.

Silvia Cattori : C’est difficile pour le citoyen d’imaginer que leurs élus se compromettent tous à ce point. Finalement ce sont des citoyens isolés, qui comme vous, s’investissent de manière désintéressée, qui reprennent en main le débat que leurs élus ont abandonné.

Étienne Chouard : Il y a des gens qui se battent. Maurice Allais, prix Nobel d’économie, tempête contre la création monétaire abandonnée aux banques privées ; il proteste énergiquement et affirme que c’est une honte, que les banques privées se comportent (parce qu’on les y autorise) comme des faux monnayeurs et que cela nous ruine. L’esprit libre Maurice Allais dit aussi que les multinationales qui nous imposent ce grand marché dérégulé sont malfaisantes. L’ultra libéral Maurice Allais dénonce la « chienlit laisser-fairiste » de l’Union européenne. Peut-on être plus clair ?

Et bien, ce monsieur qui a voué un grande partie de sa vie à l’étude de la monnaie et qui a probablement reçu tous les honneurs et toutes les médailles du monde, ce grand spécialiste de la monnaie est « triquard » (interdit de tribune) dans les grands médias, il n’arrive plus à publier ni dans Le Monde, ni dans Le Figaro.

Qui ne voit le lien évident entre la persécution d’un citoyen courageux qui appuie là où ça fait mal et le fait que les grands médias aient été achetés -et soient désormais contrôlés- précisément par des multinationales et des banques ?

Maurice Allais développe une idée majeure (que nous devrions tous étudier) quand il dit qu’il faut rendre la création monétaire aux États, à une banque centrale indépendante, qu’il faut que la banque européenne (BCE) récupère la création monétaire en la reprenant aux banques privées.

Silvia Cattori

 

Source : Réseau Voltaire


 

Par brigitte - Publié dans : Europe - Communauté : Blog citoyen en Haute-Garonne
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