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Mardi 1 mai 2012 2 01 /05 /Mai /2012 12:37

 

Depuis que j’écris sur la Syrie je dérange beaucoup de mes camarades français, à tel point que l’un d’eux m’a blessé au plus profond de moi-même en m’écrivant : « Mais comment, toi qui est chrétien, peux-tu défendre ce ”dictateur” qui massacre son propre peuple ».
30 avril 2012

J’ai beaucoup réfléchi à toutes ces questions de religions et de politique au Moyen-Orient, d’instrumentalisations religieuses à buts stratégiques et politiques par des États occidentaux supposés chrétiens, qui agissent en États athées, excitant les fanatismes et s’alliant avec les théocraties islamiques du Golfe pour renverser des chefs d’État arabes laïques, tandis qu’en Occident, ils excitent les populations contre l’Islam présenté comme religion fanatique. Tout en encourageant parallèlement les riches autorités du Wahhabisme pétrolier à envahir le monde occidental et arabe et à y répandre les thèses extrémistes de l’Islam [1].

 

Révoltes arabes, intégrismes et prix du pétrole

Il faut se rappeler que, depuis que Nixon a annulé la couverture or du dollar, la valeur de cette monnaie est assurée par le pétrole que le monde entier doit payer en dollars et donc en avoir des réserves suffisantes. Bien sûr, les États-Unis n’ont qu’à faire marcher leur planche à billets pour s’approvisionner en énergie. C’est pour cela que, dès le début, ils s’étaient assuré que les pays du Golfe ne vendraient leur pétrole qu’en dollars. Ils avaient en plus promis de protéger leurs monarchies contre toute tentative de les renverser. Ils avaient même, dans les années cinquante, renversé la seule démocratie de la région en Iran pour y installer le Shah et monopoliser ainsi la vente du pétrole au monde entier. À ce moment-là, l’Islam des théocraties extrémistes pétrolières les dérangeait si peu que le fait qu’ils foulaient aux pieds les droits de l’Homme était secondaire à leurs yeux et à ceux de leurs alliés européens.

 

La guerre du Liban et l’utilisation de la religion pour des buts stratégiques

En 1948 et 1967, Israël, avec l’aide de l’Occident et surtout des chefs d’États arabes, sous protectorat ou influence restante des mandats anglais et français, avait chassé les Palestiniens de leurs maisons, leurs terres et leurs villages et les avait chassés dans les pays environnants ; un grand nombre dans le pays le plus faible, car le plus pacifique et le plus démocratique, le Liban, où le pouvoir était partagé entre ses différentes communautés, mais surtout entre les chrétiens et les sunnites. Les réfugiés palestiniens y étaient nombreux ; et de plus en plus révoltés contre le comportement de tous les États arabes qui ne les avaient jamais vraiment protégés, car dirigés par des gens asservis aux puissances coloniales, qui avaient planifié l’exode des Palestiniens, en leur commanditant une tragi-comédie de guerre israélo-arabe qu’ils devaient perdre sur ordre. La présence de ces réfugiés palestiniens, en quasi totalité musulmans sunnites, déstabilisa le Liban en divisant les Libanais, entre partisans sunnites des Palestiniens d’un côté et chrétiens libanais de l’autre. Ces derniers sous prétexte de protéger l’indépendance du pays, étaient encouragés par les Occidentaux à s’allier avec l’ennemi israélien pour « se défendre ».


Tout cela permettait de susciter une guerre de religion à la frontière Sud de l’Union Soviétique athée, tandis qu’Israël, allié du Shah d’Iran, allait profiter du chaos général, pour s’attaquer aux Palestiniens réfugiés dans le Sud du Liban et bombarder en même temps les villages chiites de la région.

 

Le Shah fut renversé et remplacé par la République Islamique d’Iran.

 

Ainsi, les États-Unis firent d’une pierre deux coups. La guerre contre le Liban avait réussi, d’une part à susciter des guerres religieuses dans tout le Moyen-Orient, au Sud des républiques musulmanes de l’Union Soviétique, et d’autre part à créer un ennemi islamique chiite iranien pour alimenter les peurs et la haine des populations sunnites du monde arabe contre lui, de façon à ce qu’Israël n’apparaisse plus comme l’ennemi principal.

 

C’est ainsi qu’Al-Qaeda fut créé en s’appuyant sur l’Arabie saoudite et le Pakistan, et que Saddam Hussein, homme de main de la CIA, déclencha la guerre contre l’Iran et souleva encore plus les peurs et les haines entre les deux rives du Golfe. Saddam Hussein fut encouragé par l’ambassadrice des États-Unis elle-même à envahir le Kuwait. Ainsi Al Qaeda, après avoir contribué à déstabiliser l’Union soviétique, se serait retournée contre les États-Unis, ceux-ci se « vengeant » en intervenant en Afghanistan et, surtout, en occupant l’Irak avec pour objectif de le diviser en petits États communautaires rivaux ; ce qui devait permettre aux États-Unis de contrôler la ligne de fractures eurasiatique allant de la Chine à la Méditerranée, en passant surtout par le Golfe pétrolier. À cette époque, il n’était question ni de droits de l’Homme, ni de protection des innocents. Résultat : il y eut plus d’un million de morts et de sans-abris innocents victimes des guerres menées par les États-Unis.

 

Pourquoi les États-Unis ont-ils renversé en Irak un dictateur, ancien homme de main de la CIA, qui leur avait rendu le service d’attaquer l’Iran ? Parce que Saddam Hussein a par la suite désobéi en voulant vendre son pétrole en une autre monnaie que le dollar.

 

Et pour l’Iran, comme disent les militaires, même motif, même punition. Il voulait vendre ou vend déjà son pétrole en d’autres monnaies que le dollar, empêchant ainsi le dollar d’être la monnaie de réserve du monde entier. Mais ce n’est pas la seule raison. Il fallait susciter au sein des populations sunnites arabes la peur d’une prétendue menace qui les jetterait dans les bras de leurs monarques alliés aux États-Unis et, bien sûr, dans les bras d’Israël, selon le dicton « l’ami de mes amis est mon ami » et de son pendant « l’ennemi de mes ennemis est mon ami ».

Tout le battage médiatique et gouvernemental des pays occidentaux, sur la prétendue bombe nucléaire iranienne et la prétendue « défense des droits de l’Homme », dans les pays du Printemps arabe, n’est qu’un rideau de fumée cachant des intérêts beaucoup plus matériels.

 

La Syrie, le Liban, leurs champs de gaz et la lutte pour la mainmise sur l’énergie

Qui peut encore croire que l’Occident combat pour défendre les droits de l’Homme en Syrie, au Liban, en Palestine ou dans le monde ?

 

Car, comment peut-on défendre les droits de l’Homme quand on manipule des peuples anciennement colonisés en les assujettissant à des régimes criminels, qui, dès 1948 et en accord avec les pays occidentaux, ont planifié la défaite et l’exode subséquent des Palestiniens et la victoire d’Israël ; et quand on s’allie avec les pires dictatures théocratiques et fanatiques du Golfe ; et quand on qualifie la Turquie de « démocratie », alors qu’elle a nettoyé et nettoie toujours ethniquement ses minorités et qu’on veut lui faire reprendre pied et assurer les droits de l’Homme dans les territoires où elle a autrefois perpétré ses crimes ?

 

Ceux qui se demandent ce qui pousse l’Occident à lancer les théocraties contre la Syrie ont pensé que son objectif était d’affaiblir l’Iran et le Hezbollah libanais, et de construire un oléoduc pour le pétrole du Golfe, lui permettant d’éviter le Détroit d’Hormuz rendant ainsi l’Europe moins tributaire de la Russie pour ses approvisionnements énergétiques.

Tout cela est vrai. Mais le plus important est que le Liban et la Syrie détiennent des réserves gazières énormes dans leurs eaux territoriales, et que le Sud-Liban regorge d’un pétrole que l’Occident et Israël convoitent en secret depuis des décennies et dont ils interdisent l’exploitation. Or, il se trouve que la Russie et la Chine sont aujourd’hui aux côtés de ceux qui veulent aider ces deux pays à exploiter leurs richesses et que cela ne fait pas l’affaire de l’Occident, de la Turquie et des théocraties du Golfe.

 

Kofi Annan et les 300 observateurs de l’ONU arriveront-ils à calmer le jeu ? Ou tragiquement les bandes armées et les livraisons d’armes continueront-elles à déferler sur ces deux pays, subissant la malédiction de l’Or Noir ?

Roger Akl
30 avril 2012

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Roger Akl commence sa carrière comme officier de la marine libanaise. Toute sa formation militaire et stratégique a été effectuée en France (EN58, École de spécialité, ESGI, CSI). Il a occupé, entre autres, les postes d’adjoint à l’Attaché des Forces Armées à Washington DC, de Commandant en second de la marine libanaise et de Chef du Bureau de Liaison au Liban avec les Forces des Etats Unis. Il quitte la marine libanaise en 1983 et s’installe en France comme administrateur de sociétés, tout en conservant des contacts avec le Proche-Orient et les États-Unis. Il est actuellement politologue, spécialiste des questions stratégiques du Moyen-Orient.

URL de cet article :
http://www.silviacattori.net/article3168.html

Source : Roger Akl

 


[1] Alain Chouet, dans “Au Cœur des Services Spéciaux”, La Découverte, Paris, 2011, compare l’extrémisme des wahhabites, de la Qaeda, des Frères Musulmans et des Salafis à celui des Evangélistes américains. J’ajouterai qu’ils se comparent aussi aux extrémistes israéliens du parti Shass et autres extrémistes, alliés à ceux qui gouvernent aujourd’hui Israël, tous ne reculant pas devant l’utilisation de la violence pour arriver à leurs buts.

 

Source :

silviacattori.net



Par Roger Akl - Publié dans : Notes de lecture - Communauté : Blog citoyen en Haute-Garonne
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Samedi 21 avril 2012 6 21 /04 /Avr /2012 09:07

 

Dans une interview accordée à nos confrères suisses de Mecanopolis que nous reproduisons dans nos colonnes, Thierry Meyssan revient sur l’offensive internationale contre la Syrie, la situation dramatique de la Libye et la campagne électorale en France. Comme un symbole, le « succès » français en Libye est un désastre, alors que paradoxalement, l’échec d’Alain juppé en Syrie préserve les chances de peser dans le monde de demain. Parce que la bataille de Syrie annonce la fin du monde unipolaire et le bouleversement des anciennes alliances, le peuple de France est face à un choix historique : entamer la reconquête de sa souveraineté ou continuer à subir les conséquences de l’impasse mondialiste.

 

Réseau Voltaire | Beyrouth (Liban) | 20 avril 2012
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Mecanopolis : Thierry Meyssan, vous observez la situation en Syrie depuis plusieurs mois pour le Réseau Voltaire. Que pouvez-vous nous dire des dernières évolutions sur le terrain ?


Thierry Meyssan : Durant un an, la Syrie a affronté une « guerre de basse intensité ». Des milliers de mercenaires, venant de toute la région et ayant une expérience du combat en Irak et en Libye, ont saboté les infrastructures énergétiques et de télécommunication. Puissamment armés par l’OTAN, disposant de renseignements satellitaires, encadrés par des instructeurs occidentaux, ils ont tenté de semer la terreur et le chaos en perpétrant des crimes d’une violence inouïe. Simultanément, les médias occidentaux ont inventé une histoire de révolution/répression que leurs lecteurs et spectateurs ont gobée par assimilation : le schéma tunisien se reproduirait dans tous les pays où les gens parlent arabe.

 

Il n’y a pas à ce jour de bilan clair des victimes. La seule source indépendante crédible à laquelle on peut se référer est la Mission d’observation de la Ligue arabe. Elle était majoritairement composée d’experts de haut niveau (officiers supérieurs et diplomates), de nationalités différentes, et a pu librement se déployer dans tout le pays. Selon elle, il n’y a jamais eu de manifestations de masse contre le régime et, partant de là, jamais de répression. Surtout, les groupes armés ont fait autant de victimes parmi les civils que parmi les forces de sécurité (armée et police). Ce constat, qui contredit les assertions des puissances occidentales et du Golfe, a été rejeté par elles, alors mêmes que ce sont elles qui avaient voulu et composé cette Mission d’observation.

 

La « guerre de basse intensité » a pris fin avec le retrait états-unien consécutif au double veto russo-chinois et au déploiement des armes anti-aériennes russes. L’OTAN, ayant été contrainte d’abandonner son projet de bombardement de la Syrie, n’avait plus de raison de poursuivre sa stratégie préparatoire au sol. Les derniers combattants se sont retranchés dans un quartier de Homs, où ils ont proclamé l’Emirat islamique de Baba Amr. Durant un mois, ils ont organisé un show télévisé mondial pour faire accroire que leur bastion était « pilloné » par les forces syriennes ; ce qui n’a jamais eu lieu et ne pouvait pas avoir lieu puisqu’un détachement syrien était lui-même prisonnier à l’intérieur de l’Emirat islamique. En définitive, à la suite d’un accord conclu entre Claude Guéant et le général Assef Chawkat, les instructeurs français ont quitté Baba Amr et la plupart des mercenaires se sont rendus.

Comme toujours lorsqu’une guerre est finie, il reste des individus et des groupuscules isolés, animés par un esprit de vengeance, qui causent encore des dommages à la population. Quoi qu’il en soit, progressivement tout revient à la normale. Dans quelques jours se tiendront des élections législatives pluralistes, les premières que le pays aura connues depuis un demi-siècle. Les nouveaux partis politiques découvrent la possibilité de s’exprimer à la télévision et d’animer des débats publics. En définitive, la Syrie sort de cette épreuve appauvrie, mais renforcée.

 

Les efforts de l’OTAN pour faire tomber le régime de Bachar el-Assad ont jusqu’ici été mis en échec. Nous imaginons toutefois que cette coalition occidentale ne va pas abandonner ses projets. Quelles seront, selon vous, les prochaines actions de déstabilisation de la Syrie ?


En déployant en Syrie le système de défense anti-aérien le plus sophistiqué du monde, la Fédération de Russie a mis fin à la dominance aérienne des États-Unis et d’Israël au Proche-Orient. Or, la puissance des forces armées US repose principalement sur sa capacité de destruction aérienne, les forces au sol ayant montré leur incapacité à occuper un terrain. Washington n’a donc plus les moyens de sa politique.

 

La présence russe est massive. Il y a aujourd’hui plus de 100 000 ressortissants russes stationnés en Syrie et ce sont des militaires russes qui servent leur matériel de défense anti-aérienne.

 

L’équilibre stratégique s’est inversé en quelques années. Washington, qui n’avait pas réussi à entrer en guerre au Liban en 2005, y a livré une guerre par procuration en 2006, laquelle s’est soldée par la cuisante défaite d’Israël face au Hezbollah. Puis, le Pentagone a été contraint d’évacuer en 2011 les gigantesques bases militaires qu’il avait construites pour un siècle en Irak. L’OTAN vient de reculer en Syrie, et il n’est plus question d’attaquer l’Iran.

Bien plus que les États-Unis et Israël, ce sont les régimes arabes sionistes qui sont les grands perdants de cette nouvelle donne. Je pense particulièrement aux dictatures wahhabites d’Arabie saoudite et du Qatar. Je ne suis pas sûr qu’ils puissent survivre longtemps à leur défaite

 

Pouvez-vous nous expliquer en quelques mots quels sont les intérêts que servent l’OTAN dans la déstabilisation de la Syrie, et quel est leur but final ?


L’OTAN n’a d’alliance défensive que le nom. En réalité, c’est une organisation de supplétifs des États-Unis, au service de leurs ambitions impériales. La décision d’attaquer la Syrie a été prise lors d’une réunion au Camp David, le 15 septembre 2001, juste après les attentats de New York et Washington. Elle faisait partie d’une liste de 7 objectifs, après l’Afghanistan et l’Irak, il était prévu d’attaquer la Libye et la Syrie, puis la Somalie et le Soudan, et enfin l’Iran. Les préparatifs de la guerre contre la Syrie ont débuté après la chute de Bagdad, avec le vote du Syria Accountability Act, le 15 octobre 2003. Immédiatement, les premières sanctions ont été prises. Leur prétexte était que la Force de paix syrienne déployée au Liban pour mettre fin à la guerre civile s’y éternisait. Damas a retiré ses troupes, laissant le pays du cèdre à découvert face à l’ennemi israélien, mais les sanctions ont été maintenues. Depuis, tout a été essayé pour provoquer le conflit. Souvenez-vous par exemple de la manière dont on a accusé, sur la base de faux témoignages aujourd’hui annués, le président Bachar el-Assad d’avoir commandité divers assassinats au Liban dont celui de l’ex-Premier ministre Rafic Hariri. Pour juger el-Assad, les Etats de l’OTAN et du CCG ont alors financé un tribunal d’exception, dont les règles violent les principes les plus élémentaires de la Justice et du Droit international. Et ainsi de suite.

 

Fondamentalement, la coalition anti-syrienne unit quatre composantes.

- Les États-Unis veulent poursuivre le remodelage du « Moyen-Orient élargi ». Il s’agit pour eux de casser les grands États historiques et de leur substituer de petits États ethniquement homogènes, plus faciles à manipuler. Ils entendent amputer le Nord-Est de la Syrie en vue de la création d’un Kurdistan avec des éléments irakiens, turcs, voire iraniens. Et amputer la côte syrienne pour déplacer le Liban vers le Nord et offrir une partie de son territoire actuel à Israël.

- De son côté la colonie juive de Palestine vise à briser « l’Axe de la Résistance ». Il lui faut changer le régime, renverser Bachar el-Assad, au profit d’un fantoche, Burhan Galioun, dont le seul programme politique est de rompre l’alliance syrienne avec le Hezbollah et l’Iran, ainsi qu’il l’a lui-même expliqué au Wall Street Journal.

- En ce qui les concerne, les dictatures religieuses du Golfe ont, pour survivre, un besoin vital d’éliminer le modèle laïque syrien. Celui-ci est très différents de ce que nous connaissons sous le même vocable en Europe, particulièrement en France. La laïcité syrienne n’est pas une cohabitation, une tolérance, entre communautés religieuse —et encore moins un cache-nez du racisme comme elle tend à le devenir en Europe , mais une véritable coopération entre croyants pour garantir la liberté de chacun de s’épanouir spirituellement en suivant la foi de ses ancêtres.

- Enfin, les multinationales de l’énergie convoitent le gaz de la région. On a découvert des réserves considérables en Méditerranée sous la croute de sel, et dans le continent. Ces gisements sont partagés entre l’Egypte, la Palestine occupée, le Liban, la Syrie, la Turquie et Chypre, mais leur centre se trouve à Qârâ, non loin de Homs. Nous venons en fait d’assister à la première grande guerre du gaz qui préfigure de nouvelles règles géopolitiques bien différentes de celles du pétrole. C’est aussi la raison pour laquelle, les grandes puissances du gaz sont si impliquées : la Russie, l’Iran et le Qatar.

En embarquant la France dans cette aventure, Nicolas Sarkozy et Alain Juppé ont cherché à satisfaire chacune des quatre composantes de la coalition ; Paris n’ayant aucun intérêt direct au conflit. La France a cru pouvoir jouer un rôle en tant qu’ancienne puissance mandataire, et monnayer ce rôle. Cependant, l’espoir de la victoire a laissé place à la réalité de la défaite et les Français vont être surpris de devoir payer la facture des crimes commis en leur nom.

 

Plusieurs mois après l’intervention de l’OTAN en Libye, pouvez-vous nous dire quelle est la situation dans ce pays, et qui le dirige ?


Personne ne gouverne la Libye. Et personne ne pourra la gouverner avant longtemps. J’avais expliqué lors de l’assassinat de Mouammar el-Khadafi, mort sous la torture un jour après l’attaque de son convoi par les Français, que la disparition du « Leader » marquait l’anéantissement de la notion d’autorité dans une société tribale. Le but recherché a été atteint : la société libyenne est détruite, comme on a détruit la société en Somalie et en Irak.

Les partisans du « remodelage » ont étendu leur stratégie à l’Afrique du Nord. La contagion gagne maintenant le Mali et menace l’Algérie.

 

Permettez-moi de répéter qu’il n’y a jamais eu de révolution anti-Kadhafi en Libye, qui était apprécié par son peuple et n’a jamais envisagé de le massacrer. Par contre, il y a eu une sécession de la Cyrénaïque à l’initiative de la France et du Royaume-Uni pour le compte des États-Unis et d’Israël. On se dirige maintenant vers une partition du pays : rétablissement de la monarchie Senussie en Cyrénaïque, installation des Frères musulmans en Tripolitaine, et repli des anti-impérialistes au Fezzam.

 

En France, nous approchons du premier tour de l’élection présidentielle. Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon se sont auto désignés comme les candidats de l’antimondialiste. Pensez-vous qu’ils le soient réellement ?


Si nous abordons la question des programmes politiques, nous devons la penser en termes de partis, d’équipes, et pas de personnes. A l’inverse, si nous parlons des candidats, nous devons juger leur personnalité, leur compétence et leur vertu républicaine.

 

Je ne doute pas que Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon soient antimondialistes, mais l’important est de savoir si leurs équipes le sont. Les positions du Front national et du Front de gauche sont généralement anti-mondialistes, mais souvent ambiguës et parfois contradictoires. Seul des deux, le Front national a condamné les aventures militaires de Nicolas Sarkozy en Afghanistan, en Côte d’Ivoire, en Libye et en Syrie, mais il entretient un flou artistique à propos des États-Unis et d’Israël. Il est clair pour moi que le Front de gauche, malgré les efforts de son candidat, n’est pas anti-mondialiste. Je suis par contre dubitatif quant au Front national qui a soigneusement évité de clarifier en son sein cette question centrale.

 

Notre ami et camarade Pierre Hillard s’apprête à lancer, dans la continuité du texte d’Adrien Abauzit, un « appel à l’abstention » pour le deuxième tour de cette élection qui, sauf surprise, consacrera un duel entre Nicolas Sarkozy et François Hollande. L’idée est de donner le moins de légitimité possible au prochain président, de sorte à pouvoir ensuite contester son autorité – qu’il ne manquera pas de mettre au service de l’oligarchie mondialiste. Seriez-vous prêt à le signer, avec d’autres intellectuels français ?


D’abord, par principe, je me refuse à discuter en public de la stratégie de second tour avant que le suffrage universel ait parlé au premier tour.

 

Ensuite, je pense que le passage du vote blanc à l’abstention doit être murement réfléchi. Le premier exprime un refus de légitimer le choix présenté, tandis que le second manifeste une volonté de délégitimer les institutions. Nous avons évoqué tout à l’heure la Libye. J’ai vu ce que signifie l’effondrement d’un État, l’anarchie que Hobbes décrivait en disant qu’elle fait de l’homme « un loup pour l’homme », et je ne souhaite pas ce genre chose à n’importe quel peuple et surtout pas au mien.

 

Je pense comme Pierre Hillard, et certainement de très nombreux Français, que notre République n’est plus laïque, n’est plus démocratique et n’est plus sociale. Mais si nous appelons à délégitimer les institutions, nous ne pouvons en rester là. Nous devons aller jusqu’au bout : la Révolution ! Sommes-nous prêts ?

 

« Thierry Meyssan sur les tentatives de déstabilisation de la Syrie et sur l’élection présidentielle française », Mecanopolis, 19 avril 2012.

 

Source : « Thierry Meyssan sur les tentatives de déstabilisation de la Syrie et sur l’élection présidentielle française », Réseau Voltaire, 20 avril 2012, www.voltairenet.org/a173801

Par Réseau Voltaire - Publié dans : Notes de lecture - Communauté : Blog citoyen en Haute-Garonne
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Jeudi 19 avril 2012 4 19 /04 /Avr /2012 20:15
Entretien avec Jacob Cohen
 
L’entretien accordé à Silvia Cattori par M. Jacob Cohen revient sur un ouvrage, « Le printemps des sayanim », que tout citoyen qui s’intéresse aux affaires de son pays devrait lire. Il s’agit de l’activité de renseignement, de désinformation et de propagande de la part de citoyens de confession juive, au service d’un État tiers, Israël. Nos autorités peuvent-elles continuer d’ignorer cette activité et son impact crucial sur la politique et l’opinion publique dans nos pays ?
18 avril 2012

Silvia Cattori : C’est avec intérêt et beaucoup de plaisir que j’ai lu Le printemps des Sayanim [1]. Raconter par le biais du roman ce qui est véridique, est-ce pour vous une manière de prendre de la distance ?


Jacob Cohen : J’ai conscience de certaines réalités et de certaines manipulations ; je ressens le besoin de les faire passer, de démystifier certaines choses. Et je raconte mieux dans la forme romanesque. Les personnages sont mieux campés.

 

Silvia Cattori : Fondé sur des faits et des personnages réels, ponctué d’évènements qui ont marqué l’actualité durant plusieurs décennies et que la désinformation a travestis, votre ouvrage en dévoile les coulisses. N’est-ce pas une mise à nu de ce que les divers pouvoirs nous cachent ?


Jacob Cohen : Tout à fait. J’ai l’opportunité de suivre l’actualité dans les médias favorables à Israël, et je cherche à en donner les clés. On connaît par exemple l’émission « Rire contre le racisme » [2] lancée par l’UEJF (Union des étudiants juifs de France) et ses complices de SOS Racisme [3]. Une initiative a priori sympathique, sauf qu’elle a été montée pour contrer les sorties humoristiques de Dieudonné [4]. Le message sous-jacent et qui passait dans les médias judéo-sionistes était : « On peut rigoler sans revenir aux questions compliquées de l’occupation et la colonisation israéliennes ».


Silvia Cattori : Vous mettez en perspective des évènements que tout un chacun peut avoir effleurés sans en avoir peut-être saisi toutes les facettes. À commencer par les manœuvres de ceux qui s’attachent à montrer l’occupant israélien sous un angle favorable ?


Jacob Cohen : Oui, tout à fait. Une partie de mon travail consiste à aller chercher des informations sur les sites judéo-sionistes. Pour comprendre comment ils présentent les choses et les font avancer. C’est ainsi que j’arrive à mettre en lumière les intentions véritables des acteurs politiques.

 

Silvia Cattori : Au travers de Youssef, un personnage fort attachant, on suit l’action de gens facilement reconnaissables, comme BHL que vous appelez MST. On croit comprendre que Youssef, arabe d’origine marocaine, c’est vous ? Incarne-t-il à vos yeux l’insoumission de l’Arabe colonisé face au mépris du dominant israélien ?


Jacob Cohen : Oui, c’est la trajectoire qui a été un peu la mienne au sein du Grand Orient. Youssef se bat contre la loge judéo-sioniste qui bénéficie de la complaisance des dirigeants de l’Obédience. Il y a toujours eu dans toute société, surtout en conflit, des francs tireurs, je n’ose pas dire des justiciers. Des gens qui résistent, il y en a en Israël, il y en a partout, dans tous les milieux ; chacun à sa manière essaie de se battre contre l’injustice ou contre l’imposition d’une idéologie dominante.

 

Silvia Cattori : Trois mots reviennent fréquemment dans votre roman : sayanim, paix, et antisémitisme. C’est autour des sayanim que se déroule toute l’intrigue. Au travers de personnages connus, faciles à identifier, vous nous rendez attentifs au fait qu’il y a parmi nous des gens insoupçonnés qui collaborent avec le Mossad. Et que le fait qu’ils travaillent pour un pays étranger est accepté. Pourquoi est-il important pour vous de les exposer ?


Jacob Cohen : Lorsqu’on combat l’idéologie sioniste et ses forfaits, il est important de mettre en lumière la façon dont ils agissent. D’abord pour comprendre, et ensuite pour pouvoir les contrer, ne pas se laisser abuser par leur propagande.

 

Silvia Cattori : L’existence des sayanim était pratiquement inconnue avant la parution de votre ouvrage. N’êtes-vous pas le premier auteur français à donner corps à une réalité méconnue faisant ainsi entrer ce terme dans le vocabulaire ?


Jacob Cohen : Quand j’ai lu des livres sur le Mossad et que j’ai découvert l’existence des sayanim, je tombais des nues. Ce qui est extraordinaire - et je l’ai dit ailleurs - c’est qu’en France il y a probablement quelques milliers de sayanim et ce mot n’a jamais été prononcé. Quand j’ai découvert cette réalité, j’ai voulu lui donner une certaine épaisseur. J’ai tenu à le mettre en titre. Je pense que j’ai été le premier à utiliser ce mot en France. Alors que, dans les pays anglo-saxons, c’est un terme qui est assez courant. Je suis assez content aujourd’hui parce que le mot sayanim est presque entré dans le langage courant sur le web. Il y a beaucoup de gens qui utilisent maintenant ce terme de sayanim comme un nom commun.

 

Silvia Cattori : Un sayan est-il pour autant un agent du Mossad ?


Jacob Cohen : Non pas du tout. Les sayanim ne sont pas des agents du Mossad. Ce sont des gens qui ont leur vie normale. Ils sont écrivains, journalistes, directeurs d’hotel ou d’une agence immobilière, etc. Les agents du Mossad peuvent avoir un jour besoin d’un coup de main, que ce soit pour espionner, ou pour orchestrer une manipulation médiatique, par exemple la campagne autour de Gilad Shalit, une merveille en termes de propagande.

 

Silvia Cattori : Sont-ils devenus des informateurs, des espions au service du Mossad à leur insu ? Ou savent-ils qui sont réellement ceux qui leurs demandent des services ?


Jacob Cohen : Ils collaborent volontairement avec le Mossad. En général, ils appartiennent à des organisations judéo-sionistes totalement dévouées à Israël, comme le Bnaï Brit, une espèce de franc-maçonnerie internationale juive qui compte 500 000 membres dans le monde. Ils sont plutôt fiers d’apporter leur contribution.

 

Silvia Cattori : Comment agissent-ils concrètement ?


Jacob Cohen : Prenons le cas de Gilad Shalit. Comment se fait-il qu’un caporal d’une armée d’occupation, enlevé par le Hamas, dont le père est un petit fonctionnaire sans moyens, comment se fait-il que du jour au lendemain il devient une personnalité internationale ? Comment se fait-il que ce père soit invité à plusieurs reprises par Sarkozy, par Obama, par le Pape, par le secrétaire général de l’ONU, par Merkel ? Cela est le travail des sayanim. C’est le réseau des sayanim qui organise tout cela. Voilà un exemple qui montre à quoi peuvent servir les sayanim.

 

Silvia Cattori : En quoi le mot paix prête-t-il à discussion selon vous ? Israël n’est-il pas intéressé par la paix ?


Jacob Cohen : Les Israéliens sont très forts quand il s’agit du mot paix. Pour ceux qui ne connaissent pas la mentalité israélienne. Quand je vais en Israël je lis les journaux, je connais un peu l’hébreu, je discute. La musique israélienne par exemple ; on chante toujours la paix, quand la paix sera là…on fait vivre les gens dans l’illusion de la paix. C’est une manière de faire croire aux gens qu’on est dans la recherche de la paix : si seulement on avait un partenaire, fiable, sérieux, si seulement on pouvait faire confiance. Le mot paix fait partie intégrante du vocabulaire sioniste de manière obsessionnelle. Mais c’est totalement illusoire.

 

Silvia Cattori : En quoi la promesse d’un État palestinien est-elle suspecte à vos yeux ?


Jacob Cohen : C’est un slogan creux. Tout le monde parle d’un État palestinien. Même Georges W. Bush avait déclaré qu’il y aurait un État palestinien avant 2005. Puis avant 2008. C’est tout un vocabulaire qui sert à faire croire que l’objectif est à portée de main, alors qu’il n’en est rien, car la colonisation se poursuit et la Palestine se réduit à vue d’œil.

 

Silvia Cattori : Ne faites-vous pas partie d’associations de défense des droits des Palestiniens, qui pourtant y croient ?

Jacob Cohen : La seule association dont je suis membre est l’UJFP (Union Juive Française pour la paix). Je pense que de nombreux militants, à l’UJFP ou ailleurs, croient de moins en moins à la perspective d’un État palestinien. Personnellement, je pense que la solution qui s’imposera, avec violence certainement, sera un État unique.

 

Silvia Cattori : L’UJFP parlons-en ! À notre connaissance ses responsables n’ont aucun scrupule à se servir de l’anathème de l’antisémitisme de manière à exclure des gens tout à fait honorables ! Ils sont à l’origine de la campagne menée aujourd’hui contre le jazzman Gilad Atzmon [5] suite à la publication de son livre « The Wandering Who ? ». Comment réagissez-vous à cela ?

 

Jacob Cohen : Je ne connais Atzmon que depuis très peu. Son éditeur m’a envoyé son livre que j’ai apprécié. J’en ai même écrit une recension élogieuse. Bien que je me sente visé par sa critique des « juifs antisionistes qui restent juifs ». J’ai été surpris par la violence des débats. Je regrette beaucoup ces accusations d’antisémitisme. D’autant qu’elles sont généralement l’œuvre des judéo-sionistes qui veulent empêcher ainsi toute critique d’Israël. C’est ce qui est arrivé à Günter Grass, prix Nobel de littérature : on le traite d’antisémite. Je trouve cela lamentable. Cela dit, je ne suis pas responsable des positions de l’UJFP en tant que telle.

 

Silvia Cattori : Votre roman traduit très bien le climat d’intimidation et de suspicion que fait régner cet anathème de l’antisémitisme. D’une manière différente, ne dites-vous pas un peu la même chose qu’Atzmon ? Lui, s’appuie sur des concepts ; vous sur ce que vous observez au jour le jour. Ne mettez-vous pas en question un certain comportement identitaire et son impact sur la scène politique ?


Jacob Cohen : Je me différencie en cela des positions d’Atzmon. J’ai une identité juive qui est le produit de plusieurs éléments historiques, culturels, liturgiques, traditionalistes, et je ne tiens pas à m’en défaire sans raison.

 

Silvia Cattori : Votre personnage exprime la crainte d’être accusé d’antisémitisme et déplore la difficulté qu’il a à dire ce qu’il pense. L’usage de cette accusation n’est-elle pas une escroquerie ?


Jacob Cohen : Ah, tout à fait. Les Israéliens, les sionistes, les organisations judéo-sionistes de par le monde ont trouvé cette parade. J’ai trouvé dans le livre d’Israël Shahak [6] que, en 1973 déjà, un journal britannique a été accusé d’être antisémite parce qu’il critiquait l’occupation israélienne. Ils ont trouvé un argument extraordinaire. Une excellente méthode pour contrer les critiques et leur imposer le silence. Cette accusation a marché longtemps mais elle fait de moins en moins peur. D’ailleurs les Israéliens - ou les judéo-sionistes comme j’aime les appeler - utilisent moins l’accusation d’antisémitisme. Ce sont des exagérations qui finissent par devenir inopérantes. Ils ont trouvé une autre parade : ils parlent de « délégitimation » d’Israël. Ils disent : ils veulent délégitimer Israël, dire qu’Israël n’a pas le droit d’exister, délégitimer l’État. C’est une autre façon de dissuader les critiques. Pascal Boniface a écrit un livre : Est-il permis de critiquer Israël ? De plus en plus de personnalités disent : cela suffit ces amalgames.

 

Silvia Cattori : Youssef, le protagoniste de votre livre, porte un regard sévère sur ces manifestations qui ont pour but d’établir une symétrie entre l’oppresseur et l’occupé. L’intrigue qui se noue autour d’un match de football est éclairante. Est-elle réelle ?


Jacob Cohen : L’histoire du match de football est tout à fait vraie. J’ai suivi comment les médias en avaient parlé. J’ai imaginé ce qui s’était dit dans le bureau du chef des sayanim, les raisons véritables pour lesquelles on avait monté cette opération de propagande. Il faut donner l’illusion qu’on fait des choses pour faciliter la compréhension entre les peuples. Seulement pendant ce temps-là, la colonisation se poursuit implacablement.

 

Silvia Cattori : Mme Leila Shahid [7] était-elle sur le lieu du match ?


Jacob Cohen : J’ai imaginé qu’elle devait être là. Si elle n’était pas à ce match elle a dû participer à d’autres manifestations de ce genre. C’est la liberté du romancier. Je surfe sur la réalité. L’essentiel est de créer l’atmosphère. Leila Shahid comme Dalil Boubaker, etc…on les met dans des situations très difficiles. Ils sont obligés de participer à ce genre de manifestations soi-disant «  de paix » ; s’ils ne le faisaient pas on leur dirait : vous êtes contre la paix.

 

Silvia Cattori : Vous êtes indulgent à leur égard. Leila Shahid, par exemple, ne se plie-t-elle pas aux désidératas contre nature d’autorités qui, à Ramallah comme à Paris, collaborent avec l’occupant israélien ?


Jacob Cohen : Laïla Soudry, [Leila Shahid] dans mon roman, s’interroge beaucoup sur sa fonction et sur le rôle qu’on lui fait jouer. Rappelez-vous la scène pendant les hymnes. Ceci dit, de manière générale, dans mes articles, je suis très critique vis-à-vis des « Kollabos » comme je les appelle. Je viens de publier une chronique dans mon blog [8] sur la visite de Salam Fayyad à Benyamin Netanyahou et intitulée : « Le vassal palestinien rencontre son maître et saigneur sioniste ».


Silvia Cattori : Les Palestiniens qui de facto collaborent avec l’occupant israélien sont très courtisés en France, et pas uniquement par les sayanim…


Jacob Cohen : Tout à fait. Dalil Boubaker, et plus récemment l’imam de Drancy Shalgoumi, sont devenus les chouchous du CRIF et du pouvoir sarkozyste. Malheureusement, il se trouve toujours ce genre de collabos qui trahissent les aspirations des peuples qu’ils sont censés représenter.

 

Silvia Cattori : Face à l’action de ces sayanim selon vous actifs partout dans le monde, les Palestiniens ne sont-ils pas condamnés à échouer ?


Jacob Cohen : Je ne crois pas. Aujourd’hui, ils ont l’air de n’avoir aucune chance, c’est ce qui pousse les Israéliens à être intransigeants et à se croire intouchables. Mais le rapport de force est en train de s’inverser. Il n’y a pas longtemps, ils étaient célébrés comme la « seule démocratie du Moyen-Orient ». Souvenez-vous de cette période où les Européens allaient dans les kibboutzim. En 1967, alors qu’Israël venait de conquérir des nouveaux territoires palestiniens et le Golan, toute la gauche française est sortie dans la rue pour célébrer Israël. Ce renversement commence à porter ses fruits. Israël devient de plus en plus le paria. Le colonialisme et l’apartheid façonnent désormais l’image d’Israël. L’aventure sioniste aura une fin. D’autant plus que les Israéliens sont tellement sûrs d’eux-mêmes qu’ils rejettent toutes solutions qui pourraient leur permettre de trouver leur place dans la paix. Ils veulent une paix où ils seraient les maîtres absolus.

 

Silvia Cattori : L’opinion est une chose, la classe politique en est une autre… Quand le Général De Gaulle [9] avait désigné ce « peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur » cela avait fait scandale. Ne pensez-vous pas qu’aujourd’hui encore tout homme politique qui dirait cela risquerait sa carrière ?


Jacob Cohen : Je ne suis pas d’accord. Les choses évoluent là aussi. Je suis l’actualité au jour le jour. Une délégation parlementaire française a fait une étude sur l’accaparement de l’eau en Cisjordanie par les autorités occupantes. Le rapporteur a intitulé son rapport « L’apartheid d’Israël ». Une chose inimaginable il y a peu. La sensibilisation a évolué. Il y a une réalité que les hommes politiques ne peuvent plus ignorer indéfiniment.

 

Silvia Cattori : Il demeure que les médias ont ignoré votre livre. N’est-ce pas la preuve que vous touchez à un tabou [10] ?


Jacob Cohen : Il y a eu un mur de silence autour de mon livre. Assez compréhensible s’agissant des médias traditionnels. Mais très peu d’associations progressistes et pro-palestiniennes se sont mobilisées pour le livre. J’étais assez surpris et pas mal déçu.

 

Silvia Cattori : Votre description de SOS Racisme est très forte. Vous montrez comment ses dirigeants se livrent à des compromissions contre nature avec un groupe marqué par l’idéologie raciste : l’UEJF (Union des étudiants juifs de France). Et avec quelle facilité ce groupe peut les acheter et les instrumentaliser et les conduire à servir les intérêts d’Israël…


Jacob Cohen : SOS Racisme est un cas particulier, quasiment une caricature d’une organisation à majorité arabe et musulmane, créée, financée, contrôlée, manipulée, par les sionistes, c’est-à-dire par l’UEJF. Je ne comprends pas que ceux qui forment sa base, et qui sont en général des étudiants ou des cadres, ne réalisent pas les manipulations dont ils sont l’objet. SOS Racisme n’a jamais dit un mot sur l’occupation sioniste. Vous trouverez son nom toujours accolé à celui de l’UEJF. Ils marchent main dans la main pour la gloire d’Israël.

 

Silvia Cattori : Vous venez de publier un nouveau roman « Dieu ne repasse pas à Bethléem ». Il traite également de l’actualité au Proche-Orient [11]. Consacrez-vous tout votre temps à l’écriture ?


Jacob Cohen : Je consacre 3 à 4 heures par jour à l’écriture romanesque. Et puis il y a l’engagement politique, principalement sur le web.

 

Silvia Cattori : « Dieu ne repasse pas à Bethléem », tout comme le Printemps des Sayanim, « semble être davantage un récit, tissé de votre vécu, de vos expériences. Le Moyen-Orient est-il un sujet qui vous préoccupe particulièrement ?


Jacob Cohen : « Dieu ne repasse pas à Bethléem » est l’épopée romancée de Valérie Hoffenberg, présidente de l’American Jewish Committee France, élue de l’UMP et sioniste de choc, nommée par Sarkozy en 2009 « représentante spéciale de la France au Proche-Orient ». Cette Dame a créé la zone industrielle de Bethléem pour soi-disant favoriser le rapprochement israélo-palestinien et contribuer à créer les conditions de paix. Comme je l’ai dit précédemment, c’est le type d’arnaque politique et médiatique pour donner l’illusion d’une marche vers la paix. En réalité, c’est un écran de fumée qui permet à l’occupant sioniste de resserrer son étreinte sur la Cisjordanie en toute impunité.

Le Moyen-Orient me préoccupe particulièrement parce que toute ma famille et une grande partie de ma Communauté marocaines ont été déracinées et implantées sur une terre étrangère et inhospitalière, soumises au racisme ashkénaze et entraînées dans des guerres qui ne les concernaient pas.

 

Silvia Cattori : Je vous remercie.


Silvia Cattori

 


[1] Jacob Cohen, écrivain franco-marocain, a publié 5 romans. Né en 1944 dans le Mellah de Meknès, il obtient une licence en Droit à la Faculté de Casablanca. Ensuite ; fait Sciences-Po à Paris, émigre à Montréal et à Berlin. De retour au Maroc en 1978 il devient maître-assistant à la Faculté de Casablanca jusqu’en 1987. Il vit depuis à Paris

Le printemps des Sayanim. Editions L’Harmattan, 2010.
http://www.editions-harmattan.fr/index.asp ?navig=catalogue&obj=livre&no=30951

Les « sayanim » –informateurs en hébreu- ce sont quelques dizaines de milliers de gens ordinaires qui obéissent « au doigt et à l’œil au Mossad », partout où ils résident, et se transforment en espions potentiels. Les ambassades et autres institutions israéliennes peuvent compter sur cette armada d’informateurs que sont les « sayanim » pour faciliter les activités secrètes de leurs agents secrets à travers le monde.

Le 12 mars 2012 lors d’une séance de dédicace de son livre, Jacob Cohen a été agressé par un groupe de sept à huit membres de la Ligue de Défense Juive. « Ils se sont précipitées sur moi et ont commencé à casser des œufs sur ma tête, à m’asperger de farine. En partant ils ont hurlé kapo, collabo on reviendra à chaque fois que vous organisez quelque chose. Depuis un an je reçois des insultes sur internet et sur Facebook… Je me disais qu’un jour ou l’autre ils allaient faire quelque chose. Il leur est insupportable qu’il y ait un juif qui dit ce que je dis et qui commence à être connu. Je m’attendais plutôt à ce qu’ils me décrivent comme antisémite, à un procès, car ils s’en servent pour intimider et dissuader » nous confiait M. Cohen peu après cette lâche agression.

[2] « Rire contre le racisme » créée en 2004 en partenariat par l’UEJF et SOS Racisme s’est transformée en 2009 en « Rire Ensemble. »

[3] Association française créée en 1984 par l’ultra sioniste Julien Dray ; la lutte « contre le racisme et l’antisémitisme » n’était, pour Dray et ses amis, qu’une manière de main mise sur les militants à des fins d’instrumentalisation politique. A la fin des années 1990, la réputation d’Israël se trouvant de plus en plus écornée par les images de soldats tirant à balles réelles sur des enfants qui se soulevaient en lançant des pierres, SOS Racisme véhiculait le même discours que ces officines sionistes qui avaient pour vocation de détourner les gens concernés par les crimes d’Israël sur une prétendue « résurgence d’un nouvel antisémitisme ». Dotée d’environ un million d’euros par an, SOS Racisme compte quelque 20’000 membres en France.

[4] Dieudonné, qui était en 2003 qualifié de plus grand humoriste français, a été accusé d’antisémitisme, banni du jour au lendemain des médias, poursuivi par des bandes extrémistes juives, interdit de salles, pour avoir simplement lors d’un sketch imité un colon israélien.

[5] Voir la lettre publiée le 26 octobre 2011 par Pierre Stambul au nom du bureau national de l’UJFP :
http://la-feuille-de-chou.fr/archives/27698

[6] Israël Shahak, Le racisme de l’État d’Israël, Guy Authier éditeur, Paris, 1975.

[7] Déléguée générale de l’Autorité palestinienne en France de 1994 à 2005. Puis auprès de l’Union européenne.

[8] Blog de Jacob Cohen : http://jacobdemeknes.blogspot.com/

[9] Le Général De Gaulle dans une conférence de presse en novembre 1967. Il marquait sa désapprobation envers Israël d’avoir lancé la guerre des six jours.
http://www.ina.fr/fresques/de-gaulle/fiche-media/Gaulle00139/conference-de-presse-du-27-novembre-1967.html ?video=Gaulle00139
Raymond Aron accusera de Gaulle « d’avoir réhabilité l’antisémitisme ».

[10] En France, seuls de rares sites (Info palestine, Comité Valmy, Palestine solidarité, Le Grand soir, Michel Collon, Le libre penseur…) lui ont fait écho.

[11] « Dieu ne repasse pas à Bethléem », [publié au Maroc en mars 2012 aux éditions Kalimate], parle de « cette complicité odieuse, entre une Europe lâche et pusillanime, et un Israël au sommet de sa puissance, arrogant et intransigeant, et qui se voit le maître incontesté de toute la région pour l’éternité ».

 

source : http://www.silviacattori.net/article3111.html

Par Silvia Cattori - Publié dans : Notes de lecture - Communauté : Blog citoyen en Haute-Garonne
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Lundi 2 avril 2012 1 02 /04 /Avr /2012 18:43

Il suffisait de regarder davantage. La preuve du mensonge policier était devant mes yeux, là, dans... Paris-Match, qui a un intérêt à faire disparaître au plus vite l'exemplaire de la semaine s'il ne veut pas le transformer comme preuve à charge contre le pouvoir en place. Dedans, en effet, il y a une photo, qui prouve l'impossibilité de la thèse officielle énoncée par Claude Guéant, qui avait dû s'y reprendre à deux fois fois pour la divulguer aux journalistes, devant la forêt de micros que jevous avais montrée. La photo, c'est celle du balcon d'où est censé s'être jeté Mohamed Merah. Un balcon qui ne fait pas trois mètres de large, et où stationnaient en armes au minimum trois policiers. Juste sur le bord de ce balcon, les preuves de quatre tirs de sniper ayant raté leur cible. Toutes les vidéos montrant l'assaut, prises par des voisins, avaient été faites sous un angle où ce fameux balcon n'apparaissait pas. Il n'y avait aucune image de disponible, sauf, aujourd'hui, celle-là. Il y a cinq ans, j'avais écrit un article montrant une photo prise à la Gare du Nord démontrant que la police l'avait laissée se faire saccager : elle était en une du Figaro. La presse censée soutenir Nicolas Sarkozy, a force d'avoir trop voulu en faire, est celle qui le condamne le plus en montrant ses manipulations : étrange paradoxe. Place donc à ce cliché mémorable :

Cette vue rend impossible la thèse officielle d'un Merah traversant son salon en tirant pour aller se jeter, toujours en tirant, sur le sol en bas de ce même balcon. Impossible. Soit les policiers sont rentrés entre temps, ce qui semble impossible par la seule porte existante (imaginez la bousculade) soit ce sont eux qui se retrouvent obligés de sauter pour laisser le tueur toulousain faire son dernier saut de Lucifer (avec pirouette pour éviter les échelles). Impossible. Une seule photo, et tout s'écroule ; et c'est celle-là la bonne. Et je ne vous parle pas de la thèse du sniper, qui en ce cas, aurait vraimenr été adroit, pour éviter... ses collègues dans un espace aussi restreint. A voir les traces des quatres tirs sur le béton du balcon, on peut penser que l'initiative eût été aventureuse.

Je ne vous parle même pas de la précédente, qui remet en cause la phrase désormais célèbre d'Amaury de Hautecloque avec ces "armes non létales". Visiblement, les policiers du raid n'ont pas en main des lance-pierres. Mais ont leurs HK, dont un modèle est siglé..."UMP" (ici c'est un G-36C "Commando") à chargeur transparent de 30 cartouches. Et tous ceux qui escaladent les échelles en premier en sont munis. Il y en a même un muni d'un respirateur.

Paris-Match, avec sa volonté d'en faire trop, vient d'enterrer l'explication officielle donnée à l'assaut de l'appartement de Mohamed Merah. On a bien affaire à un mensonge, qui devient de facto, par cette seule photo, mensonge d'Etat.

Source: agoravox

Par AgoraVox - Publié dans : Notes de lecture - Communauté : Blog citoyen en Haute-Garonne
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Vendredi 30 mars 2012 5 30 /03 /Mars /2012 21:52
Alexandre Latsa
10:32 28/03/2012
"Un autre regard sur la Russie" par Alexandre Latsa

Il y a tout juste un an, seulement 48 heures avant le début des bombardements en Libye, j’écrivais un article intitulé “les enjeux de la bataille pour Tripoli”. En substance le texte soulevait la question des motivations de l'offensive occidentale en Libye mais aussi de ses conséquences potentielles, tant pour le pays que pour la stabilité dans la région. L'article citait le spécialiste en géopolitique Evgueny Satanovski qui conseillait à la Russie de ne surtout pas s’ingérer dans les affaires intérieures de la Lybie, mais plutôt de consacrer tant ses ressources que son énergie au développement de la Russie. Il semblerait que celui-ci ait été entendu par le président Medvedev, qui ouvrit sans doute involontairement la porte à l'intervention militaire occidentale en Libye. On sait ce qu'il advint, après 7 mois de bombardements, le régime de Mouammar Kadhafi détruit et ce dernier assassiné, après avoir été capturé par le Conseil National Syrien, la structure de coalition de ses opposants. Un an plus tard, on est loin des rêves de démocratie de la coalition occidentale. La situation en Libye n’est pas apaisée, loin de là, et le renversement du régime libyen par cette méthode a probablement créé plus de problèmes qu'il n'en a résolus. La Libye devrait voir la Charia devenir sa loi fondamentale et l'Est du pays est en état de quasi sécession. Les grandes villes sont toujours le théâtre d’affrontements sporadiques entre partisans de l'ancien régime, et diverses milices du nouveau pouvoir. Les vidéos répugnantes de travailleurs « noirs » (libyens ou étrangers originaires d’Afrique) martyrisés ont en outre fait le tour de la planète.

 

Le temps passe, et la rhétorique de la libération et de la démocratisation continue. Aujourd'hui c'est la Syrie qui est sous le feu médiatique occidental, alors que chacun se demande si une intervention militaire occidentale n’est pas de plus en plus probable, sur le modèle libyen. Pourtant il y a, au nom de la démocratie, quelque chose d'extraordinairement subversif et pervers dans ce qui se passe actuellement et que certains qualifient encore de Printemps Arabe. Jusqu’à maintenant, l’onde de choc qui frappe les pays arabes et aboutit à des renversements de pouvoir prend deux formes bien différentes.

 

La première variante se manifeste sans trop de violences meurtrières, et prend la forme de rassemblements et de soulèvements populaires comme cela fut le cas en Tunisie ou en Égypte. Très logiquement, les échéances électorales qui ont découlé de ces manifestations ont vu la prise de pouvoir des partis religieux, les peuples montrant ainsi clairement qu'ils ont plus confiance dans leur clergé que dans des hommes politiques corrompus et autoritaires. Quel est donc l’intérêt des occidentaux (s'il y en a un) à provoquer la mise en place de régimes islamistes?

 

La seconde variante de ces soulèvements est moins pacifique, les opposants au régime choisissant la lutte armée, avec le soutien (moral, médiatique et logistique) des occidentaux. Le fait que les rebelles syriens soient infiltrés par des combattants islamistes radicaux salafistes, voire proches d’Al-Qaïda comme ceux qui ont combattu en Libye est passé sous silence. Le fait que des armes soient livrées par divers canaux à ces mêmes combattants radicaux, avec les risques évidents engendrés, ne fait curieusement pas la une du mainstream-médiatique occidental.

 

Il y a un autre aspect important de ces événements dans le monde arabe qui est occulté. Les états concernés (visés?) par ces renversements de pouvoir sont maintenant des états non alignés du monde musulman chiite. Qu'est ce que cela veut dire? Les démocraties occidentales font bloc avec la “ligue arabe” (sous contrôle de l'Arabie Saoudite et du Qatar, les deux seuls états wahhabites) contre des états comme la Syrie ou l’Iran. Ce faisant, les états occidentaux contribuent directement à l'extension de l'islamisme le plus radical et ils encouragent par ailleurs (peut être volontairement ?), un conflit inter religieux entre musulmans Sunnites et Chiites, conflit qui se développe lentement. Très curieusement lorsque des manifestations de civils Chiites ont eu lieu, par exemple à Bahreïn, et ont été violemment réprimées avec l'aide de l’armée saoudienne, cela n’a pas entrainé de protestations en occident. On ne peut qu’être surpris par un tel système à deux poids et deux mesures.

 

Lorsque la guerre contre l'Islamisme radical et contre Al-Qaïda a été déclenchée en 2001, des opérations militaires de grande envergure ont été lancées en Afghanistan et en Irak. Les Talibans ont été provisoirement chassés du pouvoir (ils y reviennent peu à peu) et l'Irak est devenu l’épicentre du conflit Sunnite-Chiite alors même qu'aucune arme de destruction massive n'a été découverte dans ce pays. Le 11 septembre 2001, ce ne sont pourtant pas des iraniens, des syriens ou des libyens qui ont contribué à tuer 3.000 citoyens américains. Sur les 19 terroristes impliqués, 15 étaient saoudiens et 2 émiratis. Je parlais plus haut de l'Arabie Saoudite et du Qatar, et si les liens entre ces deux pays et les États-Unis sont bien connus de tous, ceux de la France avec l'Arabie Saoudite le sont moins, l'hexagone étant pourtant le principal fournisseur européen d'armes du royaume Saoudien. Quand au Qatar, le journal "l'expansion" décrivait récemment les très forts investissements de ce pays en France sous le titre: "le Qatar rachète la France". L'article mentionnait notamment les investissements faits dans les banlieues françaises, pour y promouvoir “la diversité culturelle et religieuse via le soutien aux petites entreprises des quartiers défavorisés musulmans” via un fonds d'investissement créé fin 2011. Y a t-il un lien avec cette première et étonnante rencontre à Bagnolet au mois d’octobre 2011 et qui appelait à un printemps arabe en France?

 

Il est donc difficile de décrypter le but des ingérences de la France et de ses alliés occidentaux dans le monde arabo musulman. Les projets de démocratisation en Tunisie, en Egypte et en Lybie n’ont pas donné les résultats attendus, l’occupation de l’Afghanistan et de l’Irak non plus. En Irak, l’intervention militaire a permis au bloc chiite de venir au pouvoir, mais la coalition occidentale fait maintenant le jeu des sunnites en Syrie, avec l’appui de l’Arabie Saoudite et du Qatar. De plus, il y a maintenant une menace sérieuse d’affrontements inter religieux entre musulmans dans la région, et toutes ces révolutions paraissent avoir favorisé l’implantation de certains mouvements terroristes.

 

Les assassinats de Toulouse et de Montauban devraient apparaître pour la France tout comme pour un certain nombre d’états occidentaux comme un avertissement quand à leurs politiques extérieures, mais aussi intérieures. Au lieu de rêver à une révolution du genre printemps démocratique en Russie, les stratèges occidentaux devraient peut être examiner avec soin les positions intelligentes de la diplomatie russe au moyen orient, ainsi que le fonctionnement du modèle multiculturel russe.

 

L’opinion de l’auteur ne coïncide pas forcément avec la position de la rédaction.

* Alexandre Latsa est un journaliste français qui vit en Russie et anime le site DISSONANCE, destiné à donner un "autre regard sur la Russie". Il collabore également avec l'Institut de Relations Internationales et Stratégique (IRIS), l'institut Eurasia-Riviesta, et participe à diverses autres publications.

"Un autre regard sur la Russie": Election présidentielle: Petite analyse des votes russes à l’étranger

"Un autre regard sur la Russie": Réflexions sur une opposition désunie

"Un autre regard sur la Russie": Poutine jusqu’en 2018

"Un autre regard sur la Russie": Les minorités Tcherkesses

 "Un autre regard sur la Russie": La Russie, BRIC européen dans un monde asiatique?

"Un autre regard sur la Russie": La démographie russe de 1991 à 2012

"Un autre regard sur la Russie": Russie: Rapport de forces

"Un autre regard sur la Russie": Travailler en Russie

"Un autre regard sur la Russie": Une nouvelle opposition "Made in Russia"

"Un autre regard sur la Russie": L’idéologie nationale-démocrate devient manifeste

"Un autre regard sur la Russie": Des terres rares en Russie

"Un autre regard sur la Russie": Vers un monde incertain?

 

Source : RiaNovosti

Par Alexandre Latsa - Publié dans : Notes de lecture - Communauté : Blog citoyen en Haute-Garonne
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