Dimanche 15 janvier 2012 7 15 /01 /Jan /2012 20:45

http://french.irib.ir/media/k2/items/cache/76da08796682d8f37277718ed999819d_L.jpg IRIB- Le vice-Premier ministre russe, Dmitri Rogozine, ex-ambassadeur de la Russie, auprès de l’OTAN, depuis peu, est retourné, ce vendredi 13 janvier, au siège de l’OTAN, à Bruxelles, afin d’y tenir sa dernière conférence de presse.

Le ton et le contenu sont restés dans l’esprit des avertissements, lancés, le 12 janvier, par le secrétaire du Conseil de sécurité russe, Nikolaï Patrouchev. Ignoré par les grands média, nous reproduisons le message de Rogozine, relaté par Interfax et posté, sur le site internet de "Russie unie".

 

Au sujet de la crise iranienne, Rogozine affirme :

«Pour les Américains, [l’Iran] est très éloigné, complètement de l’autre côté de la Terre, de la planète, du globe. Mais pour nous, il est juste au Sud de notre Caucase. Par conséquent, si quelque chose a lieu avec l’Iran, s’il est impliqué, dans un genre d’initiative militaire, alors, cela constitue une menace directe à notre sécurité». Pour Rogozine, la Russie, en tant que grande puissance «responsable» de la paix mondiale, partage les intérêts des Etats-Unis d’Amérique et d’autres nations, quant à la non-prolifération d’armes de destruction massive. «De plus, en tant que vice-président de notre gouvernement en charge de l’industrie nucléaire, pour "Rosatom", je peux vous dire, en des termes dénués d’ambiguïté, que nous mènerons une politique très dure, destinée à empêcher des pays, tandis que nous les aidons à développer des sources modernes d’énergie, d’acquérir des technologies pour utiliser l’atome, à des fins militaires. Cela n’arrivera pas. Je vous le garantie». Précisant que la surveillance du processus d’exportation est en cours de resserrement, il a ajouté : «Nous remplirons, strictement, nos obligations internationales dans ce domaine».

 

"Dans le même temps, a-t-il ajouté, c’est un droit, pour chaque pays, «de disposer de tout ce dont il a besoin, de se sentir à l’aise et solide. L’Iran, aussi, a ce droit. En conséquence, nous voudrions dire à tous ceux qui prennent part à ce jeu agité autour de l’Iran : "Calmez-vous. Baissez vos débats et vos déclarations publiques d’un ton. Gardez en tête que toute déclaration publique a des conséquences matérielles". (…) Nous espérons que la crise actuelle autour de l’Iran s’apaisera par le fait de chacun d’entre nous. Si la tension continue de croître autour de l’Iran, et qu’elle se combine à la situation en Syrie, aux suites de la guerre civile, en Libye, et au "printemps arabe", à venir en Afrique du Nord, personne ne dira qu’il s’agit là de quelque chose d’insignifiant. Nous le répétons donc, "prenez un verre d’eau minérale fraîche et calmez-vous"».

 

Les préoccupations de Rogozine, quant aux sanctions contre l’Iran, ont été soulignées, dans une déclaration faite à Moscou, ce 13 janvier, par le vice-ministre aux Affaires étrangères, Guennadi Gatilov, qui a identifié la politique de sanctions, présentée, en Occident, comme une alternative à la guerre, comme étant une politique de guerre : «Des sanctions supplémentaires contre l’Iran, ou une possible frappe militaire contre la République islamique d’Iran, seront, incontestablement, perçues, par la communauté internationale, comme poursuivant un objectif de ’changement de régime’ à Téhéran».

 

Il a, aussi, été interrogé, sur la déclaration de Susan Rice, l’ambassadrice américaine, aux Nations unies, affirmant qu’une nouvelle ébauche de résolution du Conseil de sécurité des Nations unies, au sujet de la Syrie, est attendue, de la part de la Russie. Là, encore, il a, clairement, refusé de cautionner toute politique visant à renverser le régime : «Malheureusement, l’approche de l’Occident est, fondamentalement, différente de la nôtre, et, à en juger par les amendements avancés, [elle] vise, essentiellement, à défaire le régime Assad, à Damas»

 

Source : french.irib.ir

Par IRIB - Publié dans : Société - Communauté : Blog citoyen en Haute-Garonne
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Dimanche 15 janvier 2012 7 15 /01 /Jan /2012 20:32

Réseau Voltaire | 15 janvier 2012

 

S’il fallait encore des preuves que la Syrie n’est pas secouée par une révolte généralisée, mais bel et bien par des actes destinés à terroriser la population et susciter son ressentiment vis-à-vis d’un gouvernement décidément trop populaire, les récents actes de sabotage des infrastructures publiques ne laissent plus guère de doute.


Dans la province d’Idleb, un engin explosif artisanal installé en bord de route a causé la mort de 6 employés d’une usine textile, et blessé 16 autres qui se rendaient en minibus sur leur lieu de travail. Le transport ferroviaire de carburant destiné à la production d’électricité a en outre été visé dans le même secteur par un engin explosif, blessant trois employés qui se trouvaient à bord du train.


À Deir Ezzor, ce sont des pylônes de lignes électriques à haute tension qui ont fait l’objet d’actes de sabotage, provoquant d’importantes perturbations sur le réseau de distribution.


L’« Observatoire syrien des droits de l’homme » (Bureau londonien des Frères musulmans) n’est pas encore parvenu à attribuer ces actes à la répression gouvernementale, préférant dénoncer d’hypothétiques massacres commis par l’armée sans apporter le moindre élément concret pour appuyer ses dires.

 

Source : « Syrie : attaques terroristes répétées contre la population et les infrastructures publiques », Réseau Voltaire, 15 janvier 2012, www.voltairenet.org/a172367

Par Réseau Voltaire - Publié dans : Syrie - Communauté : Blog citoyen en Haute-Garonne
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Dimanche 15 janvier 2012 7 15 /01 /Jan /2012 16:48
 Le "Projet Jugement dernier" et les événements profonds : JFK, le Watergate, l’Irangate et le 11-Septembre

Dans la deuxième partie de son étude sur l’État profond US, Peter Dale Scott revient sur l’assassinat de Robert Kennedy, le Watergate et l’affaire Iran-Contra. Instrumentalisant ces événements, le complexe militaro-industriel s’est emparé progressivement du pouvoir dans un pays désormais placé en état d’urgence permanent. Selon l’historien canadien, la première revendication d’un mouvement comme Occupy Wall Street devrait être de réclamer l’abrogation du Patriot Act, qui légalise la résolution de la crise politique aux États-Unis par des moyens militaires.

Réseau Voltaire | 14 janvier 2012

 

Pour lire la 1ere partie de cet article, cliquez ici.

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La signature du Patriot Act par George W. Bush en 2001. 10 ans plus tard, cette loi d’exception est toujours en vigueur, prorogée par la signature automatique d’un "autopen" alors que Obama était en déplacement à l’étranger. Ce texte permet notamment au gouvernement des États-Unis de détenir sans limite et sans inculpation toute personne soupçonnée de projet “terroriste”.

L’accroissement des pouvoirs répressifs suite aux événements profonds

Tous les événements profonds évoqués précédemment ont conduit à l’attribution de toujours plus de pouvoirs répressifs à Washington. Par exemple, il est clair que la Commission Warren a utilisé l’assassinat de JFK pour accroître la surveillance des citoyens des États-Unis par la CIA. Comme je l’ai écrit dans mon livre Deep politics, ceci résultait « des recommandations controversées de la Commission Warren, imposant que les responsabilités du Secret Service en matière de surveillance intérieure soient élargies (WR 25-26). Paradoxalement, cette dernière a conclu qu’Oswald avait agi seul (WR 22) […], mais également que le Secret Service, le FBI et la CIA devaient coordonner plus étroitement la surveillance des groupes organisés (WR 463). En particulier, elle a recommandé au Secret Service de se doter d’une base de données informatisée compatible avec celle déjà élaborée par la CIA. » [1]

 

Ce schéma se répètera quatre ans plus tard avec l’assassinat de Robert Kennedy [surnommé RFK, ou Bobby]. Dans les 24 heures entre les tirs frappant Bobby et son décès, le Congrès adopta dans l’urgence une loi rédigée bien à l’avance (tout comme l’étaient la Résolution du golfe du Tonkin de 1964 et le Patriot Act de 2001) – une loi qui élargit de nouveau les pouvoirs secrets conférés au Secret Service au nom de la protection des candidats à la présidence. [2]

Il ne s’agissait pas d’un changement insignifiant ou bénin : de cette loi votée à la hâte sous Johnson ont découlé quelques-uns des pires excès de l’ère Nixon. [3]

 

Ce changement a également contribué au chaos et aux violences survenues lors de la Convention démocrate de Chicago en 1968. Des agents de surveillance des Renseignements militaires, détachés auprès du Secret Service, opéraient à l’intérieur et à l’extérieur de la salle des congrès. Certains d’entre eux équipèrent les « voyous de la Legion of Justice, dont la Chicago Red Squad [qui] brutalisa les groupes anti-guerre locaux ». [4]

 

Voilà comment les nouveaux pouvoirs secrets conférés après l’assassinat de RFK contribuèrent au catastrophique désordre de la Convention de Chicago, ce qui a véritablement détruit le vieux Parti Démocrate représentant les syndicats : les trois Présidents démocrates élus par la suite furent nettement plus conservateurs.

Si l’on aborde la question du Watergate et de l’Irangate, ces deux événements constituèrent dans une certaine mesure un recul et non une extension des pouvoirs répressifs exercés par Richard Nixon et par la Maison Blanche de Reagan. À un niveau superficiel, cela est vrai : ces deux événements ont entraîné des réformes législatives qui semblent contredire ma thèse de l’extension de la répression.

 

Il faut cependant bien distinguer, d’une part, la phase initiale du Watergate (l’effraction), et d’autre part les deux années de crise que cet acte malveillant a engendré. La crise du Watergate a montré un Président contraint à la démission par de nombreuses forces, impliquant à la fois des libéraux et des conservateurs. Mais les personnages clés de la première phase du Watergate – Howard Hunt, James W. McCord, G. Gordon Liddy et leurs alliés cubains – étaient tous très à droite de Nixon et de Kissinger. Et le résultat final de leurs machinations ne s’est matérialisé que lors de ce que l’on a appelé le Massacre d’Halloween en 1975, quand Henry Kissinger fut évincé de son poste de conseiller à la Sécurité nationale, et que le Vice-président Nelson Rockefeller s’est vu notifier qu’il serait écarté de la candidature républicaine en 1976. Cet important remaniement a été conçu par deux autres personnages ancrés très à droite : Donald Rumsfeld et Dick Cheney, qui faisaient alors partie de la Maison Blanche de Gerald Ford. [5]

 

Cette journée de 1975 a vu la défaite ultime de la faction dite « Rockefeller » – ou faction libérale – du Parti républicain. Celle-ci fut remplacée par la faction conservatrice dite « Goldwater-Casey », qui allait bientôt s’emparer de la candidature présidentielle puis de la fonction suprême pour le compte de Ronald Reagan. [6] Cette révolution de palais peu remarquée, comme d’autres intrigues survenues dans le milieu des années 1970, a contribué au bouleversement des États-Unis : ce pays est ainsi passé d’une économie capitaliste du bien-être, réduisant progressivement les disparités de revenus et de richesse, à une « ploutonomie » financiarisée où ces tendances ont été inversées. [7]

À travers l’Irangate (également appelé l’affaire Iran-Contra), nous constatons de nouveau une accumulation plus profonde de pouvoirs répressifs sous couvert de réformes libérales. À cette époque la presse, mais aussi des universitaires – dont je faisais partie – ont célébré la fin du soutien des contras au Nicaragua, ainsi que le succès du processus de paix de Contadora. En revanche, il a été généralement ignoré que, même si le lieutenant-colonel Oliver North avait été écarté du Projet Jugement dernier, les plans de ce programme préparant la surveillance, les détentions arbitraires ainsi que la militarisation des États-Unis ont continué à s’étendre après son départ. [8]

 

On ne remarqua pas non plus le fait que le Congrès des États-Unis, tout en réduisant son aide à une petite armée narco-financée liée à la CIA, développait alors en Afghanistan un soutien croissant à une bien plus grande coalition de forces paramilitaires alliées à l’Agence et financées par la drogue. [9] Alors que l’Irangate permit de révéler les 32 millions de dollars que l’Arabie saoudite avait fourni aux Contras (à la demande pressante du directeur de la CIA William Casey), rien ne fut révélé concernant les 500 millions de dollars (voire plus) que les Saoudiens, encore une fois sous l’insistance de Casey, avaient transmis à la même époque aux moudjahidines afghans. [10] En ce sens, le caractère dramatique que prit l’Irangate au Congrès peut être considéré comme une mise en scène trompeuse, détournant l’attention du public de l’engagement US beaucoup plus important en Afghanistan – une politique secrète qui a depuis évolué pour devenir la plus longue guerre de l’Histoire des États-Unis.

 

Il nous faut élargir notre vision de l’affaire Iran-Contra pour la concevoir comme l’affaire Iran-Afghanistan-Contra. Ce faisant, nous devrons admettre qu’au travers de cet événement profond complexe et mal compris, la CIA a retrouvé en Afghanistan la capacité paramilitaire que l’amiral Stansfield Turner avait tenté de lui retirer lorsqu’il était directeur de l’Agence sous Jimmy Carter. En résumé, ce fut une victoire pour une faction d’individus tels que Richard Blee, protecteur d’al-Mihdhar et défenseur en 2000 d’un accroissement des activités paramilitaires de la CIA en Afghanistan. [11]

Des recoupements de personnel entre les événements profonds successifs

Je n’oublierai jamais la une du New York Times du 18 juin 1972, au lendemain de l’effraction à l’hôtel Watergate. On y voyait les photos des cambrioleurs de cet immeuble, dont celle de Franck Sturgis (alias « Fiorini »). J’avais déjà écrit à son sujet environ deux ans plus tôt, dans le manuscrit de mon livre sur l’assassinat de JFK qui n’est jamais paru, La Conspiration de Dallas (The Dallas Conspiracy).

 

Sturgis n’était pas n’importe qui : ancien employé contractuel de la CIA, il était également bien introduit dans le milieu des anciens propriétaires de casinos de La Havane, qui étaient tous liés à la pègre. [12] Mes premiers écrits sur l’affaire Kennedy se sont concentrés sur les liens entre Frank Sturgis et un camp d’entraînement de Cubains anticastristes près de la Nouvelle-Orléans, pour lequel Oswald avait montré de l’intérêt ; ils portaient aussi sur l’implication de Sturgis dans des faux récits primaires dépeignant Oswald comme faisant partie d’une conspiration communiste cubaine. [13]

 

En 1963, un certain nombre de Cubains membres de l’armée de Manuel Artime, qui était soutenue par la CIA en Amérique centrale, aidèrent Sturgis à propager ces récits primaires. En 1965, la base d’Artime au Costa Rica fut fermée, soi-disant à cause de son implication dans le trafic de drogue. [14] Dans les années 1980, certains de ces exilés cubains furent impliqués dans des activités de soutien des contras au travers du trafic de drogue. [15]

Le mentor politique du mouvement MRR (Movimiento de Recuperación Revolucionaria) de Manuel Artime était Howard Hunt, l’un des organisateurs de l’opération du Watergate ; en 1972, Artime payera la caution des cambrioleurs cubains du Watergate. Ramón Milián Rodríguez, un blanchisseur d’argent de la drogue, a affirmé avoir remis en liquide 200 000 dollars appartenant à Artime à certains des cambrioleurs cubains du Watergate ; plus tard, Rodríguez dirigea deux entreprises costaricaines de fruits de mer – Frigorificos et Ocean Hunter – qui blanchissaient l’argent de la drogue pour soutenir financièrement les Contras. [16]

 

Il a été avancé qu’Howard Hunt et James McCord avaient tous deux été impliqués dans les plans de Manuel Artime pour envahir Cuba en 1963. [17] Je ne crois pas qu’il relève du hasard si Artime, le protégé de Hunt, s’est lancé dans le trafic de drogue. Comme je l’ai expliqué ailleurs, Hunt gérait une connexion narcotique aux États-Unis depuis qu’il avait occupé en 1950 le poste de chef d’antenne de l’OPC (Bureau de Coordination Politique) à Mexico. [18]

 

Mais James McCord, qui sera plus tard le complice d’Howard Hunt et de G. Gordon Liddy dans la préparation et l’exécution du cambriolage du Watergate, ne s’était pas seulement distingué par ses activités anticastristes en 1963. Il faisait également partie du réseau de planification de crise des États-Unis, qui occupera plus tard une place centrale derrière l’Irangate et le 11-Septembre. McCord était membre d’une petite unité de réserve de l’US Air Force à Washington, qui était rattachée au Bureau de Préparation aux Crises (OEP pour Office of Emergency Preparedness). Cette unité était chargée « de dresser la liste des extrémistes et de mettre en place des plans d’urgence pour censurer les médias et le courrier postal aux États-Unis en période de conflit armé ». [19] Son unité faisait partie du Programme de sécurisation de l’information en temps de guerre (WISP pour Wartime Information Security Program) qui avait la responsabilité d’activer « les plans d’urgence pour imposer la censure de la presse, des courriers et de toutes les télécommunications (y compris les communications gouvernementales), ainsi que pour enfermer de façon préventive les civils représentant des “risques sécuritaires” en les plaçant dans des “camps” militaires ». [20] En d’autres termes, ce sont ces mêmes plans identifiés dans les années 1980 sous le nom de Projet Jugement dernier – les plans de la Continuité du gouvernement (COG pour Continuity of Government) sur lesquels Dick Cheney et Donald Rumsfeld ont travaillé conjointement pendant les 20 années précédant le 11-Septembre.

Un dénominateur commun aux événements profonds structurels : le Projet Jugement dernier et la COG

La participation de James McCord à un système de planification d’urgence chargé des télécommunications suggère un dénominateur commun derrière pratiquement tous les événements profonds que nous étudions. Oliver North – qui dans l’organisation de l’Iran-Contra était l’homme de confiance du tandem Reagan-Bush au sein du Bureau de Préparation aux Crises (OEP) – a également été impliqué dans ce genre de planifications ; et il avait accès au réseau national top secret de communication du Projet Jugement dernier. Le réseau de North, connu sous le nom de Flashboard, « excluait les autres fonctionnaires dont les points de vue étaient opposés […] [et] disposait de son propre réseau informatique mondial axé sur l’antiterrorisme, […] par lequel ses membres pouvaient communiquer exclusivement entre eux ainsi qu’avec leurs collaborateurs à l’étranger. » [21]

 

Flashboard a été utilisé par Oliver North et ses supérieurs au cours d’opérations particulièrement sensibles, qui devaient être dissimulées aux autres éléments – suspicieux ou hostiles – de l’administration de Washington. Ces opérations incluaient des livraisons illégales d’armes à l’Iran ainsi que d’autres activités, dont certaines demeurent inconnues, qui auraient peut-être ciblé la Suède d’Olof Palme. [22] Flashboard, le réseau d’urgence des années 1980 aux États-Unis, était entre 1984 et 1986 le nom du réseau opérationnel de crise de la COG [Continuité du gouvernement]. Ce dernier a été secrètement planifié pendant 20 ans par une équipe comprenant Dick Cheney et Donald Rumsfeld, pour un coût total de plusieurs milliards de dollars. Le 11-Septembre, ce même réseau a de nouveau été activé par les deux hommes qui l’avaient planifié depuis tant d’années. [23]

 

On retrouve cependant des traces du Projet Jugement dernier en 1963, lorsque Jack Crichton, chef de la 488e unité de réserve des Renseignements militaires, y participa en sa qualité de chef du renseignement pour la Protection civile de Dallas, opérant depuis le Centre des Opérations d’Urgence souterrain. Comme Russ Baker le relate, « étant donné qu’il devait permettre d’assurer la “continuité du gouvernement” en cas d’attaque, [le centre] avait été entièrement équipé de matériels de communication ». [24] Un discours prononcé lors de l’inauguration du centre en 1961 fournit de plus amples détails :

« Ce Centre des Opérations d’Urgence fait partie du Plan national visant à relier les agences gouvernementales fédérales, provinciales et locales au moyen d’un réseau de communication, à partir duquel les opérations de sauvetage pourront être dirigées en cas d’urgence locale ou nationale. Il constitue une partie essentielle du Plan opérationnel de survie aussi bien au niveau fédéral, provincial que local. » [25]

 

Autrement dit, Jack Crichton, tout comme James McCord, Oliver North, Donald Rumsfeld et Dick Cheney après lui, faisait également partie de ce qui fut appelé dans les années 1980 le Projet Jugement dernier. Mais en 1988, l’objectif de ce programme fut considérablement élargi : il ne s’agissait plus seulement de se préparer à une attaque nucléaire, mais de planifier la suspension effective de la Constitution des États-Unis en cas d’urgence nationale de toute forme. [26] Ce changement survenu en 1988 a permis la mise en œuvre de la COG le 11 septembre 2001. Jusqu’alors, le Projet Jugement dernier s’était développé au point de devenir ce que le Washington Post a appelé « un gouvernement de l’ombre qui a évolué sur la base de “plans de continuité des opérations” préparés de longue date ». [27]

 

Il est clair que le Bureau de la Préparation aux Crises (l’OEP, connu entre 1961 et 1968 sous le nom de Bureau pour la Planification d’Urgence) nous apporte un dénominateur commun pour identifier des personnes clés derrière pratiquement tous les événements structurels analysés dans cet article. La route sera encore longue avant de pouvoir établir si l’OEP lui-même (en plus des individus ici mentionnés) fut à l’origine de l’un de ces événements. Néanmoins, je crois que les réseaux alternatifs de communication internes à l’OEP (qui seront ensuite intégrés au Projet 908) ont joué un rôle significatif dans au moins trois événements profonds : l’assassinat de JFK, l’Irangate et le 11-Septembre.

Ceci est facilement démontrable dans le cas du 11-Septembre, où il est admis que les plans de Continuité du gouvernement du Projet Jugement dernier ont été mis en œuvre par Dick Cheney le 11 septembre 2001, visiblement avant même que le dernier des quatre avions détournés ne se soit écrasé. [28] La Commission d’enquête sur le 11-Septembre a été incapable de retrouver les registres qui retraçaient les décisions clés prises par Cheney ce jour-là, ce qui suggère qu’elles ont pu avoir été élaborées sur le « téléphone sécurisé » situé dans le tunnel menant au bunker présidentiel – avec un tel niveau de classification que la Commission d’enquête sur le 11-Septembre n’a jamais pu obtenir les enregistrements téléphoniques. [29] Il s’agissait vraisemblablement d’un téléphone du programme de la COG.

 

On ne sait pas vraiment si le « téléphone sécurisé » dans le tunnel de la Maison Blanche appartenait au Secret Service ou si, comme l’on pourrait s’y attendre, il faisait partie du réseau sécurisé de l’Agence de Communication de la Maison Blanche (WHCA pour White House Communications Agency). Dans cette dernière hypothèse, nous aurions un lien frappant entre le 11-Septembre et l’assassinat de JFK. En effet, sur son site web, la WHCA affirme que l’agence fut « un élément clé dans la documentation concernant l’assassinat du Président Kennedy. » [30] Cependant, il n’est pas évident de comprendre pour qui cette documentation fut compilée, car la Commission Warren n’a pas pu obtenir l’accès aux registres et aux transcriptions de la WHCA. [31]

 

Le Secret Service avait installé une radio portative de la WHCA dans le véhicule de tête du cortège présidentiel. [32] Celui-ci utilisait aussi la radio de la police pour rester en contact avec la voiture-pilote, dans laquelle se trouvait George Lumpkin, le directeur adjoint du Département de la Police de Dallas (DPD) appartenant à la 488e unité de réserve des Renseignements militaires. [33] Les enregistrements des communications WHCA du convoi n’ont jamais été fournis à la Commission Warren, ni à la Commission de la Chambre des Représentants sur les Assassinats [HSCA pour House Select Committee on Assassinations] ou au Comité d’étude des archives sur les assassinats [ARRB pour Assassination Records Review Board]. [34] Ainsi, nous ne pouvons pas déterminer si ces enregistrements pourraient expliquer certaines des anomalies constatées sur les deux canaux du Département de la Police de Dallas. Par exemple, ils auraient pu faire la lumière sur cet appel de source inconnue enregistré par la police de Dallas. Il signala un suspect ayant exactement la même taille et le même poids – erronés – que ceux notés dans les dossiers du FBI et de la CIA concernant Oswald. [35]

 

Aujourd’hui encore, en 2011, nous vivons sous l’état d’urgence proclamé après le 11-Septembre par le Président Bush. Du moins, certaines dispositions de la COG sont toujours en vigueur, et elles ont même été renforcées par Bush à travers la Directive présidentielle 51 (PD-51) de mai 2007. Commentant cette PD-51, le Washington Post écrivait à l’époque :

« Après les attentats de 2001, Bush nomma environ 100 hauts fonctionnaires civils, dont Cheney, pour qu’ils se relaient secrètement pendant plusieurs semaines, ou plusieurs mois, sur des sites de la COG situés en dehors de Washington, afin d’assurer la survie de la nation. Ils constituent ainsi un gouvernement de l’ombre qui a évolué sur la base de ‘plans pour la continuité des opérations’ préparés de longue date. » [36]

Il est vraisemblable que ce « gouvernement de l’ombre » ait finalisé des projets de la COG qui étaient prévus depuis longtemps, comme par exemple la surveillance sans mandat, notamment grâce au Patriot Act. Les dispositions controversées de cette législation avaient déjà été mises en œuvre par Cheney et par d’autres fonctionnaires, et ce bien avant que le projet de loi ne soit arrivé au Congrès le 12 octobre 2001. [37] D’autres projets de la COG qui furent mis en œuvre comprenaient la militarisation de la surveillance intérieure sous la direction du NORTHCOM, ainsi que le projet du Département de la Sécurité intérieure appelé Endgame – un plan décennal d’extension des camps de détention pour un coût s’élevant à 400 millions de dollars pour le seul exercice fiscal 2007. [38]

 

Par conséquent, j’ai une recommandation à faire pour le mouvement Occupy, qui se révolte légitimement contre les excès ploutocratiques dont Wall Street s’est rendu coupable ces trois dernières décennies. Cette recommandation consiste à appeler à mettre fin à l’état d’urgence resté en vigueur depuis 2001. En vertu de celui-ci, depuis 2008, une brigade de combat de l’armée US a été positionnée de manière permanente aux États-Unis, en partie pour se tenir prête « à contribuer au contrôle des foules et des troubles sociaux ». [39]

Les amoureux de la démocratie doivent tout faire pour éviter que la crise politique qui se développe actuellement aux États-Unis ne soit résolue par des moyens militaires.

 

En conclusion, je dirais que, depuis un demi-siècle, la politique états-unienne a été contrainte et altérée par la non-résolution de l’assassinat de Kennedy. D’après un mémo du 25 novembre 1963, rédigé par le Procureur général adjoint Nicholas Katzenbach, il était alors important de convaincre l’opinion publique qu’« Oswald était l’assassin » et qu’« il n’avait pas de complices ». [40] Évidemment, cette priorité est devenue encore plus importante après que ces propositions discutables eurent été adoptées à la fois par la Commission Warren, les institutions états-uniennes et la presse dominante.

 

Cette dissimulation de la vérité est depuis restée une priorité bien embarrassante pour les administrations qui se sont succédé, y compris pour celle qui est en place actuellement. Par exemple, nous pouvons citer ce fonctionnaire du Département d’État d’Obama, Todd Leventhal, dont la fonction officielle – jusqu’à une date récente – était de défendre la thèse du fou solitaire contre les soi-disant « conspirationnistes ». [41]

Si Oswald n’était pas un assassin solitaire, alors il ne serait pas surprenant qu’il existe un lien entre ceux qui ont falsifié les rapports le concernant et ceux qui ont déformé la politique des États-Unis dans les événements profonds ultérieurs, à commencer par le Watergate.

 

Depuis les événements profonds de 1963, la légitimité du système politique des États-Unis a été enfermée dans un mensonge, que les événements profonds ultérieurs ont contribué à protéger. [42]

Traduction
Maxime Chaix
Sven Martin

 [1] Peter Dale Scott, Deep Politics and the Death of JFK, p.280.
[2] Public Law 90-331 (18 U.S.C. 3056) ; analysé dans Peter Dale Scott, Paul L. Hoch et Russell Stetler, The Assassinations : Dallas and Beyond (Random House, New York, 1976), pp.443-46.
[3] Les agents des Renseignements militaires étaient détachés auprès du Secret Service et à l’époque, leur nombre s’agrandissait nettement. Le Washington Star expliqua plus tard que « la forte montée en puissance de la collecte d’information [à l’armée] […] n’a commencé qu’après le meurtre par balles du révérend Martin Luther King » (Washington Star, 6 décembre 1970 ; réimprimé dans Federal Data Banks Hearings, p.1728).
[4] George O’Toole, The Private Sector (Norton, New York, 1978), p.145, cité dans Scott, Deep Politics and the Death of JFK, pp.278-79.
[5] Scott, La Route vers le Nouveau Désordre Mondial, pp.89-91.
[6] Ibidem, pp.90-92.
[7] Ibidem, pp.87-101.
[8] Peter Dale Scott, « Northwards without North », Social Justice (été 1989). Réactualisé sous le titre « North, Iran-Contra, and the Doomsday Project : The Original Congressional Cover Up of Continuity-of-Government Planning », Asia-Pacific Journal : Japan Focus, 21 février 2011.
[9] Scott, La Route vers le Nouveau Désordre Mondial, p.190.
[10] Jonathan Marshall, Peter Dale Scott et Jane Hunter, The Iran-Contra Connection, p.13 (les Contras) ; Richard Coll, Ghost Wars, pp.93-102 (les moudjahidines).
[11] Steve Coll, Ghost Wars, pp.457-59, pp.534-36.
[12] Selon un témoignage de Vernon Walters, le directeur adjoint de la CIA, seuls « Hunt et McCord avaient été des employés à plein temps de la CIA. Les autres [incluant Sturgis] étaient des employés contractuels pour des durées variables » (Auditions sur le Watergate, p.3427). Cf. Marshall, Scott et Hunter, The Iran-Contra Connection, p.45 (propriétaires de casinos).
[13] Peter Dale Scott, « From Dallas to Watergate », Ramparts, décembre 1973 ; réimprimé dans Peter Dale Scott, Paul L. Hoch et Russell Stetler, The Assassinations : Dallas and Beyond, p.356, p.363.
[14] Peter Dale Scott, Crime and Cover-Up, p.20.
[15] Peter Dale Scott et Jonathan Marshall, Cocaine Politics, pp.25-32, etc.
[16] Alexander Cockburn et Jeffrey St. Clair, Whiteout : The CIA, Drugs, and the Press (Verso, Londres, 1998), pp.308-09 ; Martha Honey, Hostile Acts : U.S. Policy in Costa Rica in the 1980s (University Press of Florida, Gainesville, FL, 1994), p.368 (Frigorificos).
[17] Tad Szulc, Compulsive Spy : The Strange Career of E. Howard Hunt (Viking, New York, 1974), pp.96-97.
[18] Scott, American War Machine, pp.51-54. Howard Hunt a contribué à mettre sur pieds ce qui devint la Ligue Anticommuniste Mondiale [WACL pour World Anti-Communist League] liée au trafic de drogue. La base d’Artime au Costa Rica était située sur des terres appartenant à des membres de la branche locale de la WACL (Scott et Marshall, Cocaine Politics, p.87, p.220).
[19] Woodward et Bernstein, All the President’s Men (Simon and Schuster, New York, 1974), p.23.
[20] Jim Hougan, Secret Agenda (Random House, New York, 1984), p.16, citant la Directive 5230.7 du Département de la Défense, 25 juin 1965, amendée le 21 mai 1971.
[21] Peter Dale Scott, « North, Iran-Contra, and the Doomsday Project : The Original Congressional Cover Up of Continuity-of-Government Planning », Asia-Pacific Journal : Japan Focus, 21 février 2011. Cf. Peter Dale Scott, « Northwards Without North : Bush, Counterterrorism, and the Continuation of Secret Power », Social Justice (San Francisco), XVI, 2 (été 1989), pp.1-30 ; Peter Dale Scott, « The Terrorism Task Force », Covert Action Information Bulletin, N°33 (hiver 1990), pp.12-15.
[22] Peter Dale Scott et Jonathan Marshall, Cocaine Politics : Drugs, Armies, and the CIA in Central America (University of California Press, Berkeley, 1998), pp.140-41, p.242 (Iran, etc.) ; Ola Tunander, The Secret War against Sweden : US and British submarine deception in the 1980s, p.309 (Suède).
[23] Scott, La Route vers le Nouveau Désordre Mondial, pp.257-262.
[24] Russ Baker, Family of Secrets, p.121.
[25] « Statement by Col. John W. Mayo, Chairman of City-County Civil Defense and Disaster Commission at the Dedication of the Emergency Operating Center at Fair Park », 24 mai 1961, consultable ici. Quinze centimètres de dossiers administratifs de la Protection civile sont préservés aux archives municipales de Dallas ; un guide est consultable en ligne. J’espère qu’un chercheur qui y trouverait de l’intérêt les consultera.
[26] Scott, La Route vers le Nouveau Désordre Mondial, pp.257-262.
[27] « Bush Changes Continuity Plan », Washington Post, 10 mai 2007.
[28] 9/11 Report [Rapport final de la Commission sur le 11-Septembre], p.38, p.326, p.555n9 ; Peter Dale Scott, La Route vers le Nouveau Désordre Mondial, pp.307-08.
[29] Ibidem, 226-30. Une note de bas de page dans le Rapport final de la Commission sur le 11-Septembre (p.555n9) déclare : « La crise du 11-Septembre a mis à l’épreuve les plans ainsi que les capacités du gouvernement des États-Unis à assurer la continuité du gouvernement constitutionnel et la continuité des opérations gouvernementales. Nous n’avons pas enquêté sur ce sujet, excepté lorsque cela fut nécessaire afin de comprendre les activités et les communications des principaux responsables [aux commandes] lors du 11-Septembre. Le président, le vice-président et les principaux membres de la Commission furent briefés sur la nature générale et la mise en œuvre de ces plans de continuité [du gouvernement]. » Les autres notes de bas de page confirment qu’aucune information venant des dossiers de la COG n’a été utilisée pour documenter le rapport final. Ces dossiers auraient pu, au minimum, résoudre le mystère de l’appel téléphonique manquant qui autorisa la mise en œuvre de la COG et qui, en conséquence, détermina que Bush devait encore être maintenu à l’écart de Washington. Je suspecte que ces dossiers pourraient nous en révéler bien plus à ce sujet.
[30] « White House Communications Agency », Signal Corps Regimental History, consultable ici.
[31] Grâce au Secret Service, les membres de la Commission Warren étaient au courant de la présence de la WHCA à Dallas (17 WH p.598, p.619, p.630, etc.).
[32] Témoignage du fonctionnaire du Secret Service Winston Lawson, 17 WH p.630 (radio de la WHCA).
[33] Pamela McElwain-Brown, « The Presidential Lincoln Continental SS-100-X », Dealey Plaza Echo, Volume 3, N°2, p.23 (radio de la police) ; Scott, Deep Politics and the Death of JFK, pp.272-75 (Lumpkin).
[34] Dans les années 1990, la WHCA fournit au Comité d’étude des archives sur les assassinats [ARRB pour Assassination Records Review Board] des témoignages concernant les communications entre Dallas et Washington le 22 novembre [1963] (NARA #172-10001-10002 à NARA #172-10000-10008). L’ARRB tenta également d’obtenir de la WHCA les bandes originales non altérées de conversations depuis l’Air Force One durant le voyage retour de Dallas, le 22 novembre 1963. (Des versions montées et condensées de ces bandes ont été accessibles depuis les années 1970 à la bibliothèque Lyndon Baines Johnson à Austin, Texas.) Cette tentative fut infructueuse : « Les demandes écrites et orales du Comité d’études à l’Agence de Communication de la Maison Blanche n’ont pas porté leur fruits. La WHCA ne fut pas en mesure de produire une seule archive éclairant la provenance des bandes montées. » Voir Assassinations Records Review Board : Final Report, chapitre 6, partie 1, p.116, consultable ici. En novembre 2011, l’Associated Press rapporta que la copie personnelle des enregistrements de l’Air Force One du général Chester Clifton était mise en vente, à un prix de départ de 500 000 dollars (AP, 15 novembre 2011, source).
[35] Voir Scott, War Conspiracy (2008), pp.347-48, pp.385-87.
[36] « Bush Changes Continuity Plan », Washington Post, 10 mai 2007.
[37] Dick Cheney, In My Time : A Personal and Political Memoir (Threshold Editions, New York, 2011), p.348 : « Afin de renforcer les défenses du pays après le 11-Septembre, l’une de nos premières mesures fut d’assurer le vote du Patriot Act, que le Président promulgua le octobre 2001 », consultable ici ; « Questions and Answers about Beginning of Domestic Spying Program », consultable ici.
[38] Scott, La Route vers le Nouveau Désordre Mondial, pp.323-332 ; Peter Dale Scott, « La continuité du gouvernement états-unien : l’état d’urgence supplante-t-il la Constitution ? », www.mondialisation.ca, 6 décembre 2010.
[39] « Brigade homeland tours start Oct. 1 », Army Times, 30 septembre 2008. Durant les années 1960, dans le plan d’urgence de l’armée nommé Garden Plot, il existait jusqu’en 1971 deux brigades (soit 4800 soldats) prêtes à intervenir pour mater toute rébellion.
[40] « Memorandum for Mr. Moyers » du 25 novembre 1963, FBI 62-109060, Section 18, p.29, consultable ici. Cf. Nicholas Katzenbach, Some of It Was Fun (W.W. Norton, New York, 2008), pp.131-36.
[41] Le titre officiel de Leventhal est « Directeur de l’équipe de contre-désinformation, Département d’État des États-Unis » (source). En 2010, le Département d’État « lança une campagne officielle pour tourner en ridicule les théories du complot. La page web intitulée “Théories du complot et désinformation” insiste sur l’idée que seul Lee Harvey Oswald tua John F. Kennedy, et que le Pentagone n’a pas été frappé par un missile de croisière le 11-Septembre » Daily Record [Écosse], 2 août 2010, (source). Ce site est encore consultable ici, (« Les théories du complot prospèrent dans le royaume du mythe, où l’imagination débridée est sans limite, où les peurs l’emportent sur les faits, et où les preuves sont ignorées. ») Le site attaque encore les théories alternatives sur le 11-Septembre, mais une page concernant l’assassinat de Kennedy a été désactivée. Cf. Robin Ramsay, « Government vs Conspiracy Theorists : The official war on “sick think”  », Fortean Times, avril 2010 ; « The State Department vs “Sick Think” : The JFK assassination, 9/11 and the Tory MP spiked with LSD » Fortean Times, juillet 2010 ; William Kelly, « Todd Leventhal : The Minister of Diz at Dealey Plaza », CTKA, 2010.
[42] Au sujet de la sensibilité de Nixon concernant l’assassinat de Kennedy, et comment cette sensibilité le mena dans certaines des intrigues généralement connues sous le nom de Watergate, voir par exemple Scott, Hoch et Stetler, The Assassinations, pp.374-78 ; Peter Dale Scott, Crime and Cover-up (Open Archive Press, Santa Barbara, CA, 1993), p.33, pp.64-66.
Source : « Le "Projet Jugement dernier" et les événements profonds : JFK, le Watergate, l’Irangate et le 11-Septembre  », par Peter Dale Scott, Traduction Maxime Chaix, Sven Martin, Réseau Voltaire, 14 janvier 2012, www.voltairenet.org/a172310
Par Peter Dale Scott - Publié dans : Société - Communauté : Blog citoyen en Haute-Garonne
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Dimanche 15 janvier 2012 7 15 /01 /Jan /2012 00:44

http://aline.dedieguez.pagesperso-orange.fr/tstmagic/1024/fond_manuel.jpgDernière mise en ligne sur le site de Manuel de Diéguez
 
http://www.dieguez-philosophe.com /

 

- Le génocide arménien et la souveraineté du peuple français (1) , 15 janvier 2012

Depuis le vote de la loi du 23 décembre 2011, qui interdit la sottise de contester le génocide arménien de 1915, j'ai laissé passer trois semaines sans vous dire mot sur le sujet de la pénalisation de l'ignorance, parce qu'il s'agit d'un évènement législatif dont tout l'intérêt est de transcender l'actualité parlementaire et de soulever la question de fond du statut anthropologique de la mauvaise foi dans les sociétés et jusque dans les sciences dures. La première interrogation porte sur la réflexion que doit vous 'imposer le spectacle de la pauvreté méthodologique dont les historiens professionnels d'aujourd'hui ne cessent de vous apporter la démonstration, la seconde, sur la balance à construire afin que vous appreniez à peser les obstacles que rencontre le verbe comprendre appliqué à un génocide.

(…)

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Par Manuel de Diéguez - Publié dans : Religions, philosophie, culture - Communauté : Blog citoyen en Haute-Garonne
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Samedi 14 janvier 2012 6 14 /01 /Jan /2012 08:15
Entretien avec Moshir al-Masri
La venue en Suisse d’un parlementaire palestinien - Moshir al-Masri, porte parole de l’Administration Hamas élue en 2006, lors des premières élections libres et régulières en Palestine occupée par Israël – et son invitation à parler à l’Université de Genève (*), indignent le genevois Pierre Weiss, vice-président du Parti libéral radical suisse, et Président de l’Association Suisse-Israël. Le « porte parole d’un mouvement », se plait-il à rappeler, « considéré comme terroriste par l’Union européenne »
13 janvier 2012 | Thèmes (S.Cattori) : Hamas Rôle des médias

Le gouvernement suisse, qui a accordé un visa à Moshir al-Masri, n’est pas de cet avis. Il entretient des échanges avec le mouvement Hamas, n’en déplaise aux amis d’Israël ; et à Johanne Gurfinkiel de la « Coordination Intercommunautaire Contre l’Antisémitisme et la diffamation » qui, sans surprise, se félicite des protestations de M. Weiss [1].

 

M. Weiss invoque la Charte du Hamas de 1988, alors que celle-ci est caduque [2]. « On invite un spécialiste de la théorie de la lapidation des femmes adultères et des mains coupées pour les voleurs ! » déclare-t-il à un quotidien local (journal papier Le Matin du 13 janvier 2012) [3].

 

Nous n’avons jamais entendu que l’administration Hamas ait coupé des mains ou lapidé des femmes. Le politicien M. Weiss, et ses amis pro-israéliens, en répandant régulièrement des informations calquées sur la propagande des autorités de Tel Aviv, de manière à discréditer, comme ici, l’un des représentant de la seule autorité politique jamais élue par le peuple palestinien, se mettent au service d’un État tiers, Israël. Ils participent ce faisant, activement, à la désinformation qui veut rehausser l’image d’un État occupant que ses crimes ont définitivement noircie auprès de l’opinion publique. Cette désinformation de la part d’un homme politique suisse doit être condamnée.

 

Au moment où Moshir al-Masri est l’objet, bien malgré lui, d’une polémique destinée à le discréditer, nous portons à la connaissance des lecteurs ce que cet homme humble et posé, très aimé et respecté à Gaza, nous disait dans un remarquable entretien en 2006. Cela permettra à chacun de juger de la valeur intellectuelle de ses propos.


Quel est le programme politique du Hamas aujourd’hui ?

Interview de Moshir al-Masri réalisée en janvier 2006

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Militants du Hamas portant des banderolles, le dernier jour de la campagne éléctorale.

Les élections législatives palestiniennes du 25 janvier 2006 s’annoncent comme un séisme politique : le Hamas pourrait emporter la majorité des suffrages. Aussi les médias traditionnels s’efforcent, par avance, de diaboliser ce mouvement politique. Répondant aux questions de Silvia Cattori, Moshir al-Masri, porte-parole du mouvement Hamas, parle, avec une douceur bien éloignée du fanatisme qu’on lui impute, de la souffrance de son peuple confronté à une occupation d’une extrême cruauté.

 

Silvia Cattori : Après le meurtre du Cheikh Yassine, leader spirituel du Hamas, en 2004, les autorités israéliennes ont justifié sa liquidation en affirmant qu’il était le Ben Laden palestinien. Ils ont répandu l’idée que le mouvement islamique du Hamas était lié à Al Quaida. A l’extérieur, quand les journalistes parlent du Hamas, c’est généralement pour présenter ses membres comme des « terroristes », et non pas comme des résistants. On vous a reproché d’avoir refusé le processus de paix d’Oslo, ce en quoi les faits vous ont donné raison. L’idée est largement répandue que « le Hamas n’accepte pas l’existence d’Israël…qu’aucun juif ne pourra rester en Palestine… que tout juif est une cible et doit être éliminé ». Que répondez-vous à ceux qui vous accusent de vouloir « jeter les juifs à la mer » et de refuser « le droit d’Israël à exister » ? Pouvez-vous préciser votre position politique sur ces points ?


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Moshir al-Masri, porte-parole du Hamas

Moshir al-Masri : Tout d’abord, permettez-nous de remercier tous les journalistes étrangers qui partagent les souffrances et la tristesse du peuple palestinien, qui sont dotés d’une conscience humaine, qui comprennent l’injustice qui pèse sur notre peuple et le défendent. Merci à tout journaliste, homme ou femme, qui accomplit sa mission professionnelle de manière objective et fidèle, sans biais pro-israélien.

En ce qui concerne le prétendu rejet de l’existence d’Israël et le refus du maintien des juifs en Palestine, permettez-nous de faire une distinction entre les juifs en tant que tels, c’est-à-dire en tant qu’adeptes d’une religion, que nous respectons et avec lesquels nous avons en partage une histoire honorable à travers l’histoire musulmane, et une occupation présente sur notre territoire.

 

Le problème n’est donc pas un problème avec les juifs. Nous souhaitons la bienvenue aux juifs qui veulent vivre avec nous. C’est là en l’occurrence une attitude permanente que nous constatons tout au long de l’histoire de l’Islam, y compris déjà à l’époque de notre Prophète, Muhammad.

 

Le problème, c’est qu’il y a une occupation qui pèse sur notre terre. Notre problème est donc avec cette occupation. Par conséquent, notre résistance est légale, en vertu de toutes les lois et règlements internationaux. D’ailleurs, la quasi-totalité des révolutions, dans le monde, ont eu pour finalité de chasser une occupation de leur territoire. Cela a été le cas au cœur de l’Europe et en Amérique et, par conséquent, nous avons le droit de nous défendre et de chasser l’occupant de notre sol.

 

Des allégations sont soulevées, autour du mouvement Hamas, selon lesquelles ce mouvement chercherait à « jeter les juifs à la mer ». Ce sont là des propos fallacieux, infondés. Nous respectons le judaïsme en tant que religion et les juifs en tant qu’êtres humains. En revanche, nous ne respectons pas une occupation qui nous chasse de nos terres et exerce à notre encontre toutes les formes d’agression, au moyen des armes les plus atroces, utilisées contre notre peuple palestinien.

 

Il en découle que la présence de cette occupation, on ne saurait l’accepter. Permettez-moi de vous donner un exemple, à ce sujet : si un homme possède une maison et que quelqu’un vienne occuper cette maison, et si ensuite le voleur accepte tout au plus de concéder une toute petite pièce de cette maison à son légitime propriétaire, au cours de ce qu’il appelle lui-même des « négociations », en lui disant : « tout le reste m’appartient », quelqu’un peut-il accepter une telle situation ?

 

Est-il acceptable d’être chassé de chez soi et ensuite de reconnaître que sa maison appartient à celui qui l’a volée ? Et d’aller, par-dessus le marché, négocier avec le voleur pour tenter de récupérer une minuscule chambre, et supporter ses atermoiements ? Alors même qu’en plus, le voleur tue vos enfants, défonce vos cultures agricoles et détruit votre gagne-pain ? Non. Aucune religion n’accepte cela. Ni aucune personne dotée de raison.

 

S.C. - Quand, en 2003, j’ai rencontré le médecin Abdel Azis Rantissi [4], qui était alors le numero deux du Hamas, vous n’étiez pas encore forcés de vivre cachés. Depuis lors, les choses se sont considérablement durcies : le Hamas sous la pression d’Israël, a été inscrit sur la liste noire des organisations « terroristes ». Il y a eu l’assassinat par l’armée israélienne du Dr Rantissi et de centaines d’autres cadres importants. Comment ressentez-vous le fait qu’aucune instance, aucun Etat occidental ne prenne en compte la gravité des violations de la légalité internationale par Israël, et fasse de vous un ennemi ? Que dans le cas d’Israël qui bafoue les principes de justice et la vie humaine, qui a violé plus de 65 résolutions du Conseil de Sécurité, le droit international ne s’applique pas ?


Moshir al-Masri : En ce qui concerne la classification du Hamas dans les mouvements « terroristes », je répondrai qu’assurément cette qualification n’est ni fondée, ni admissible : le Hamas exerce une résistance honorable et équilibrée. Dire de lui qu’il s’agirait d’un mouvement « terroriste » est inacceptable. Nous ne sommes pas des « terroristes », nous ne prônons pas l’assassinat, nous ne volons pas autrui et nous ne sommes pas les occupants, que je sache, pour être ainsi qualifiés ? ! Nous nous défendons face aux incursions, face aux arrestations, face aux assassinats ciblés, face à l’utilisation par Israël des armes les plus cruelles pour frapper sans pitié et arbitrairement des civils. Nous avons le droit de nous défendre.

 

Mais il est évident que les Etats-Unis sont ouvertement de parti pris en faveur d’Israël. Et puis il y a aussi cette faiblesse de l’Europe face à la position américaine. Nous ne pouvons que constater qu’il en découle une connivence européenne avec Israël, fondée sur l’alignement pro-israélien de l’administration américaine.

Nous appelons les citoyens du monde entier à réexaminer la nature du conflit palestino-sioniste et à comprendre, devant la trêve que nous avons observée et que les Israéliens ont violée, que le problème n’est pas du côté du peuple palestinien, pas du côté de sa résistance légitime, mais bien du côté de l’agression dont notre peuple est victime.

 

S.C. - Au moindre acte de résistance non violente ou armée, Israël vous envoie ses bombardiers. Vous n’êtes pas sans savoir qu’il vous harcèle pour vous pousser à la faute et justifier ensuite aux yeux du monde l’usage de la force. Face à la domination d’Israël, à qui les instances étatiques internationales donnent carte blanche pour vous massacrer, n’est-il pas suicidaire de vouloir riposter à ses missiles par les armes ?


Moshir al-Masri : Au sujet de ce qu’on a coutume d’appeler « l’équilibre des forces », permettez-nous d’insister sur le fait que tout pays occupé, dès lors qu’il lutte contre une occupation militaire, ne bénéficie certainement pas d’un rapport de force favorable. Sinon, si les forces étaient équilibrées, l’armée d’occupation ne pourrait pas maintenir une minute de plus son occupation du pays en question et de son peuple…

 

Bien entendu, les forces sont totalement déséquilibrées, et nous sommes faibles. Mais faibles, nous le sommes en raison de notre manque d’armes, et certainement pas dans notre détermination et notre volonté de tenir face aux armes israéliennes ultramodernes et sophistiquées. Nous avons la volonté des montagnes. Nous avons pour nous le droit, et nous sommes prêts à tout sacrifier, je dis bien tout, pour recouvrer notre droit usurpé et violé.

Par conséquent, cet équilibre des forces, il est vraisemblable que nous parviendrons, petit à petit, à le créer. De son début, jusqu’à son terme, l’Intifada (le soulèvement) a changé de tactique militaire, passant d’un mode d’action à un autre, jusqu’à être en mesure de porter des coups à l’ennemi et à arrêter son agression permanente contre notre peuple.

 

S.C. - Quelle a été la politique de Yasser Arafat vis-à-vis du Hamas ? Et quelle est aujourd’hui celle d’Abou Mazen ?


Moshir al-Masri : La politique vis-à-vis du mouvement Hamas du président disparu Abu Ammar [Yasser Arafat] – que Dieu l’accepte dans Sa miséricorde ! – était une politique fluctuante, variant d’un instant à l’autre.

Une chose est sûre : en 1996, l’Autorité palestinienne a eu une politique faite d’arrogance et d’arbitraire à l’encontre du Hamas ; elle a jeté en prison ses militants et ses dirigeants, qu’elle a pourchassés jusqu’à imposer l’assignation domiciliaire au Shaïkh Ahmad Yassine. Nous avons patienté, nous avons surmonté nos blessures. Non pas par faiblesse, mais par respect pour le sang palestinien et afin de préserver l’union nationale.

 

A l’inverse, il y a eu des périodes où la relation entre le Hamas et le président Abu Ammar était une relation solide : il y avait alors interaction. Cette relation, on le voit, n’était pas monocolore : au contraire, elle a pris de multiples colorations, des plus variées…

 

En ce qui concerne, cette fois, nos relations avec le président Abu Mazen [Mahmud Abbas] : jusqu’ici, le président Abu Mazen est un homme faible. Nous sommes tombés d’accord avec lui sur beaucoup de points, mais les décisions prises n’ont pas trouvé de traduction concrète sur le terrain et, jusqu’à présent, il est impossible de procéder à une véritable évaluation de sa politique. D’une part parce que l’expérience n’est pas assez longue pour permettre cette évaluation, mais surtout, d’autre part, parce qu’Abu Mazen n’a mis en application réelle aucun projet politique sur l’arène palestinienne, à l’aune duquel nous soyons en mesure de le juger.

 

S.C. - Plus de 650 000 Palestiniens sont passés par les prisons israéliennes et beaucoup ont été soumis à des tortures traumatisantes depuis 1967 en Cisfordanie et à Gaza. Il y a actuellement en Israël 9 200 prisonniers palestiniens. Comme vous le savez, -cela est documenté par des ONG- la police du Shabak se sert de techniques sophistiquées pour les dégrader, les humilier, les transformer en collaborateurs. On peut s’étonner que l’Autorité palestinienne n’ait pas exigé avec plus d’insistance la libération des prisonniers, comme préalable à toute négociation ! Des centaines de militants du Hamas et du Jihad ont été arrêtés, au cours des derniers mois, en Cisjordanie. Ces arrestations et ces assassinats auraient-ils pu réussir de manière si massive, sans la collaboration des services de sécurité palestiniens de Ramallah avec les services de sécurité israéliens, notamment le Shin Beth ?


Moshir al-Masri : En ce qui concerne les arrestations et les assassinats « ciblés », il faut savoir qu’ils n’auraient jamais pu se produire sans la coopération des services de sécurité palestiniens avec le Shin Bet.

Nous affirmons qu’il y a eu un pacte, par lequel l’Autorité palestinienne s’est liée les poings face à l’ennemi israélien et qu’aux termes de ce pacte, il y avait une coordination sécuritaire qui a placé l’arène palestinienne dans une terrible impasse et dans des dissensions intestines. Les arrestations, les chasses à l’homme, les assignations domiciliaires n’ont pu être imposées aux militants et aux dirigeants du Hamas qu’en raison de cette coopération sécuritaire entre [responsables] palestiniens et israéliens.

 

En ce qui concerne les assassinats ciblés et les arrestations, il est évident qu’il existe tout un réseau de traîtres, qui vont et viennent librement en Palestine. Ce sont eux qui jouent un rôle essentiel direct dans les opérations d’élimination par les services israéliens. Il en va de même des incursions et des rafles.

 

Malheureusement, l’Autorité palestinienne n’a pas été à la hauteur de ses responsabilités, dans ce domaine, et nous n’avons pas voulu nous charger de cette tâche d’ordre public, afin de ne pas créer des dissensions dans l’arène palestinienne, et aussi afin qu’on ne puisse pas dire de nous que nous aurions été un Etat dans l’Etat.

 

Nous ne dirigeons nos armes que contre ceux qui nous agressent et il incombe à la justice palestinienne de prendre ses responsabilités et de régler tout problème interne. Il est évident que l’Autorité palestinienne s’est elle-même liée les mains, en signant des accords qui nous interdisent de pourchasser les traîtres, qui pratiquent l’assassinat de nos concitoyens en désignant aux forces d’occupation les endroits où se trouvent des Palestiniens [résistants] pourchassés, qu’elles recherchent afin de les arrêter, voire, plus fréquemment encore, de les assassiner.

 

S.C.Il est apparu que l’Autorité palestinienne, après avoir mis son peuple dans une situation impossible - en l’appelant notamment à la cessation de la lutte avant même la libération nationale – et après avoir signé avec Israël des traités « entre deux parties », a fait disparaître le terme « ennemi israélien » de son vocabulaire. Récemment le « droit au retour », a également été banni du vocabulaire des dirigeants palestiniens ; ils parlent maintenant « d’une solution au problème des réfugiés » mais pas de droit. Pendant ce temps, l’argent se déverse à flot dans les caisses d’Abou Mazen. Cet argent n’est-il pas destiné à acheter toute une élite politique et une classe moyenne susceptibles de renoncer à la lutte nationale de libération ? Quelle est aujourd’hui la position du Hamas vis-à-vis de l’Autorité palestinienne sur ces questions ?


Moshir al-Masri : En ce qui concerne la modification de la terminologie et de l’utilisation, ou de l’interdiction, de l’expression « ennemi israélien », l’Autorité palestinienne a œuvré, de conserve avec l’ennemi israélien, -en vertu d’un accord sécuritaire conclu entre eux- à faire disparaître beaucoup de concepts et à tenter de les effacer de l’esprit des diverses générations de Palestiniens. Mais l’Intifada bénie d’Al-Aqçâ a remis ces définitions et ces concepts à l’ordre du jour d’une manière encore plus forte qu’auparavant et, cela, surtout suite aux agissements de l’occupant, faits de crimes et de massacres des plus horribles perpétrés contre les enfants de notre peuple.

 

Oui, il y a une faiblesse insigne, dans l’action de l’Autorité palestinienne, à bien des égards. Et comme par hasard, ce sont ses responsables qui veulent changer le vocabulaire. Mais les définitions du peuple ne sont pas celles des représentants de l’autorité. Il en va de même en ce qui concerne le droit au retour des réfugiés palestiniens. Quand un responsable palestinien parle de « résoudre le « problème » des réfugiés », on peut voir là une concession exorbitante, provenant de ce côté-là. Nous parlons ici des millions d’enfants de notre peuple (plus de cinq millions de Palestiniens) qui sont exilés, chassés, éparpillés dans la quasi totalité des pays du monde et qui ont le droit de revenir chez eux, sur leurs terres, dans leur patrie dont on les a chassés par la force.

 

Ce sont là les termes qu’utilisent le peuple et les combattants. Ce que disent certains responsables de l’Autorité palestinienne n’est pas représentatif de l’ensemble des palestiniens.

 

S.C. - Le Congrès pour le « droit au retour » réuni à Nazareth en décembre 2005, a mis en garde ceux qui veulent vous imposer la reconnaissance de l’Etat d’Israël en tant qu’ « Etat juif » et évacuer le droit au retour. Ce droit demeure-t-il pour vous la pierre d’achoppement, « un droit inaliénable » sur lequel nul ne peut revenir ?


Moshir al-Masri : En ce qui concerne l’imposition d’une reconnaissance arabe et palestinienne de l’Etat d’Israël en tant qu’Etat juif et la reconnaissance du fait accompli, je pense que cette reconnaissance de l’Etat d’Israël est extrêmement dangereuse, car elle signifie l’abandon du droit palestinien, et elle signifie que la politique du fait accompli s’est imposée définitivement au monde arabo-musulman.

 

Nous accueillons à bras ouverts les juifs en tant que tels, mais nous n’accueillons pas à bras ouverts une occupation qui écrase notre terre et notre peuple. Comme je l’ai déjà dit, nous ne pouvons accepter d’être chassés de chez nous, de nos maisons, de nos terres, après quoi nous reviendrions prendre possession d’une portion congrue de ces terres et nous reconnaîtrions au voleur la propriété de tout le reste, en disant que cela lui revient de droit et en consacrant ce droit devant le monde entier.

 

C’est la raison pour laquelle, nous, au mouvement Hamas, nous mettons en garde toutes les parties prenantes contre les conséquences terribles qu’aurait le fait de tomber dans le piège israélien consistant à consacrer la politique israélienne des faits accomplis.

 

S.C. - L’autorité palestinienne a tout misé sur la création d’un Etat palestinien indépendant. Mais les Palestiniens sont-ils prêts à accepter un Etat sur le peu qui restera : quelques 8 % des terres historiques pour tout règlement des torts causés par Israël depuis 1948 ? Un Etat unique où juifs et non juifs vivent avec des droits égaux ne serait-il pas une solution plus équitable ?


Moshir al-Masri : Je tiens à dire que le mouvement Hamas croit aux solutions par étapes, mais pas aux solutions basées sur des concessions. C’est ce qu’avait affirmé le Shaïkh Yassine, fondateur et dirigeant du Hamas, il y a plus de quinze ans. Il avait dit : « Nous pouvons accepter la création d’un Etat en Cisjordanie, dans la bande de Gaza et à Jérusalem Est, avec le retour des réfugiés et la libération de tous les prisonniers. C’est alors que nous pourrons signer une trêve sur le long terme, pour dix ans s’il le faut, voire même plus ».

 

Mais il est évident que l’ennemi sioniste veut perpétuer son occupation. La preuve en est que Sharon, après avoir vendu son retrait de Gaza, en le présentant comme une « concession douloureuse », revient à Gaza et y assassine, y bombarde, y frappe, et revient au nord de la bande de Gaza pour y établir un no man’s land. On le voit : Sharon ne connaît que le langage de l’occupation. Il ne sait pas ce que veut dire une trêve, comme le montre sa violation de la trêve actuelle, et il ne connaît pas le langage de la paix. Il ne connaît que le langage du crime et de la terreur contre notre peuple.

 

Par conséquent, nous confirmons notre adhésion à des solutions par étapes, mais, en contrepartie, nous ne saurions reconnaître l’occupation de notre territoire. C’est pourquoi le reste du monde doit se rassembler afin de se tenir aux côtés de notre peuple endeuillé et meurtri, dont le territoire est occupé, dont les lieux saints sont violés et dont les enfants sont les victimes de la pire agression.

 

Quant à la création d’un Etat qui réunirait les juifs et les Palestiniens, nous n’avons cessé d’affirmer – mais je veux bien le réaffirmer encore une fois – que nous avons vécu avec les juifs tout au long de l’histoire islamique, qu’en tant que Dhimmis, dans l’Etat musulman, ils bénéficiaient des mêmes avantages et ils étaient soumis aux mêmes obligations que nous ; ils faisaient partie de notre patrie.

Encore une fois : le problème n’est pas avec les juifs. Le seul problème que nous ayons c’est avec l’occupation israélienne.

 

S.C. - Après le retrait des colons de Gaza, la communauté internationale a considéré ce retrait comme une avancée vers la paix. Or ; où est la paix ? Gaza n’est toujours pas libérée. Ceux qui l’ont visitée récemment ont rapporté que le million et demi de Palestiniens qui l’habitent, demeurent sous le contrôle absolu d’Israël ; surveillance et coercition qui vont encore s’accroître par la construction par Israël de la triple barrière munie de mitrailleuses télécommandées, de détecteurs électroniques et optiques. Plutôt que de parler de libération, pourquoi n’avoir pas rappelé que les habitants de Gaza sont emmurés derrière des barrières, dans un camp de concentration ?


Moshir al-Masri : Oui. Il est clair que ce qu’a voulu vendre Sharon, c’est un mensonge. En effet, le retrait de la bande de Gaza n’est pas un véritable retrait, ni un retrait total. Israël continue à occuper l’espace aérien de Gaza : ses avions ne cessent de survoler Gaza, les bombardements continuent et les simulacres d’attaques aussi, ainsi que les assassinats ciblés depuis les airs, par drones et missiles. Il en va de même de l’encerclement terrestre et maritime, y compris du point de passage de Rafah, qui est l’unique issue laissée au peuple palestinien vivant dans la bande de Gaza : il est truffé de caméras, il y a des commissions sécuritaires mixtes, qui interrogent toute personne qui entre dans la bande de Gaza ou qui en sort, même s’il n’y a plus de présence militaire israélienne effective.

 

Il en résulte que nous vivons dans une immense prison, dans la bande de Gaza, et que l’ennemi israélien n’a fait aucune concession. Il ne s’est retiré de Gaza que sous les coups de la résistance : il a lui-même reconnu ne plus pouvoir supporter le fardeau sécuritaire qui pesait sur ses épaules en raison de son occupation de la bande de Gaza, en particulier dans les colonies, en butte aux frappes de la résistance palestinienne, en dépit des moyens rudimentaires de celle-ci, qui a néanmoins réussi à atteindre l’ennemi israélien en lui infligeant une dure leçon et en lui apprenant que la terre palestinienne ne saurait tolérer la perpétuation de son occupation par Israël.

 

S.C. - Contrairement à l’ANC en Afrique du Sud, ni Arafat ni Abou Mazen n’ont jamais appelé au boycott international, ni à la lutte civile, ni à des sanctions punitives contre Israël. Le président de l’Université palestinienne Al Quds s’est même élevé contre le boycott des universités israéliennes lancé par des Britanniques. Comment expliquez-vous une telle soumission de la part des dirigeants de l’OLP à Israël, alors que les Palestiniens attendent de leurs autorités qu’elles défendent leur cause ?


Moshir al-Masri : Il est clair que l’Autorité palestinienne est en train de connaître une dérive dangereuse et que certains de ses dirigeants s’accrochent à leur fauteuil. Ils sont prêts à faire toutes les concessions possibles et imaginables.

C’est ce dont nous nous sommes rendu compte, avec le genre d’accord qu’ils ont signés : il n’y avait pas de position solide de l’Autorité palestinienne qui fût en mesure de mettre un terme à l’agression sioniste contre le peuple palestinien. Le discours dominant, c’était celui des concessions : c’est cette langue des concessions qui s’est imposée la plupart du temps, à un point tel que le président d’une université palestinienne a osé protester, vous avez tout à fait raison, contre le boycott des universités israéliennes, comme si nous vivions avec Israël dans un même cadre, en oubliant totalement notre sang versé, la confiscation de nos terres et la mise sous occupation de toutes les possibilités du peuple palestinien !

 

Oui, hélas, il y a une soumission, de la part de l’Autorité, à l’administration israélienne, en échange de non-concessions israéliennes vis-à-vis de l’Autorité. Et cela, parce que celle-ci s’est liée les mains avec des accords dont elle est incapable de s’extraire, au moment même où Sharon et consorts nient les accords dont il est question, en déclarant que les accords d’Oslo n’ont plus d’existence pratique, sur le terrain.

 

S.C. - Les parlementaires de l’Union européenne- gauche et droite - ont voté en 2004, à une large majorité, une résolution dite " Paix et Dignité au Proche-Orient" qui exige de l’Autorité palestinienne de mener une lutte contre les actes de terrorisme. Cette résolution :


- « réitère sa ferme condamnation ainsi que le rejet de tout acte de terrorisme commis par des organisations terroristes palestiniennes contre le peuple israélien, et exige que l’Autorité nationale palestinienne mène une lutte sans merci contre ces actes de terrorisme jusqu’au démantèlement total de ces organisations »

- « déclare expressément que le terrorisme palestinien, que ses victimes soient civiles ou militaires, non seulement est responsable de nombreuses victimes innocentes, ce qui le rend des plus condamnables, mais en plus nuit gravement au processus de paix que l’on veut reprendre ». Que dites-vous à ces parlementaires de l’Union européenne ?


Moshir al-Masri : En ce qui concerne les « terroristes », et l’affirmation selon laquelle la résistance non seulement tuerait des innocents, mais ferait obstacle au processus de paix, nous disons : « Observons attentivement et précisément la scène palestinienne et les événements qui s’y sont produits depuis la signature de l’accord de paix entre Palestiniens et Israéliens.

 

Qui a commencé à tuer ? Qui a perpétré des massacres le premier ? Comment l’Intifada d’Al-Aqçâ, que nous continuons à vivre aujourd’hui, a-t-elle débuté ? Ne serait-ce pas, par hasard, avec la visite provocatrice de Sharon à la Mosquée Al-Aqçâ, bénie et sainte pour les musulmans et pour le peuple palestinien ?

Les fidèles [musulmans] ayant protesté, les forces de l’occupation ont abattu des dizaines d’entre eux, en quelques instants. C’est alors que les foules se sont levées, partout, afin de défendre leurs lieux saints, comme c’était leur droit et leur devoir.

 

La première Intifada (1987-1991), quant à elle, n’avait-elle pas éclaté après qu’un colon eut écrasé volontairement sept ouvriers palestiniens à Jabalya ?

 

Par conséquent, nous défendons notre peuple, et ceux qui nous qualifient de « terroristes » se trompent ; ils doivent reconsidérer leur appréciation. Nous ne sommes pas des « terroristes ». Nous prônons la vie, nous prônons un projet de libération, nous défendons la dignité et la légitime fierté. Il faut que le monde européen cesse d’être le complice de l’Amérique, dans son alignement patent sur l’ennemi israélien. Si vous étudiez et examinez précisément les problèmes en jeu sur l’arène palestinienne, vous comprendrez que, dans la quasi totalité des cas, c’est l’occupation qui provoque les problèmes.

 

S.C. - Le récent succès électoral du Hamas a jeté un vent de panique au sein de l’Autorité palestinienne. Pensez-vous qu’après avoir régné durant douze ans en maître absolu, s’être enlisée dans des négociations « de paix » -les Accord d’Oslo- qui ne menaient qu’à plus de souffrances pour les Palestiniens, sera-t-elle capable de renoncer aux privilèges acquis aux dépens de son peuple et d’accepter le message que ce dernier lui envoie ?


Moshir al-Masri : Nous pensons qu’un des principes de la démocratie, c’est l’acceptation des résultats des élections. La nation n’est le monopole de personne, elle appartient à tout le monde.

Le mouvement Hamas tient à rassurer tout le monde, l’Europe, l’Amérique et le monde entier, ainsi que l’Autorité palestinienne : nous n’avons nullement l’intention de prendre la place de qui que ce soit dans ces élections, ni de contester quiconque.

 

Nous voulons consacrer une nouvelle étape, celle de la participation politique, afin d’en finir avec l’exclusive dans la prise de décision politique palestinienne. Cette étape sera aussi celle de l’union nationale face aux défis propres à cette étape : ce peuple qui a fait les plus grands sacrifices pour contraindre l’occupant à se retirer d’une partie de son territoire doit aujourd’hui pouvoir vivre une vie tranquille et décente, loin des manifestations d’anarchie et d’insécurité, provoquées la plupart du temps par les services dits « de sécurité » eux-mêmes, loin du système du piston et des pots-de-vin, loin de la perte des repères, du vide devant l’inconnu, qui dominent actuellement la scène palestinienne.

C’est la raison pour laquelle le Hamas a voulu participer sans plus tarder aux élections législatives, afin de tenter de sauver la scène palestinienne de cette situation délétère.

 

S.C. - C’est pour le peuple palestinien une situation on ne peut plus déprimante. Rien de ce que l’Autorité palestinienne lui a promis n’a été réalisé. Or, si les Palestiniens lui ont tourné le dos, cela ne veut pas dire, pour autant, qu’ils adhèrent à votre programme ?


Moshir al-Masri : Il est clair qu’en raison de la monopolisation du pouvoir par l’Autorité palestinienne, qui prend seule toutes les décisions concernant l’avenir du peuple palestinien depuis dix ans, et d’autre part du succès du mouvement Hamas et de son programme en matière de résistance légitimement reconnue par le droit international et du fait que ce mouvement a été le porteur des préoccupations du peuple palestinien et de la bannière du changement et de la réforme, on a assisté à un rassemblement populaire autour du Hamas.

 

De plus, le peuple palestinien est un peuple musulman en majorité. Or, le Hamas est un mouvement musulman, qui veut que notre peuple vive l’Islam comme une réalité concrète autant que cela nous est possible.

Il est clair que l’Autorité palestinienne n’a pas tiré les leçons de ses erreurs, et que sa situation est déplorable. Elle est même incapable de tenir tête à ceux de ses membres qui pratiquent des enlèvements d’étrangers, qui nuisent à l’image honorable de notre peuple, ou qui pratiquent les occupations de diverses institutions, le racket et l’intimidation.

Tout ceci fait que l’Autorité palestinienne traverse une période de grande faiblesse et de décomposition. C’est la raison pour laquelle nous avons tenu à participer aux élections, afin que l’Autorité recouvre son prestige et que le droit retrouve sa primauté. Nous voulons créer une Autorité palestinienne respectable, afin que le peuple palestinien puisse la respecter.

 

S.C. - Sauf à Ramallah, durant l’année écoulée, lors des élections locales, le Hamas a récolté plus de 50 % des voix. Le FPLP, parti de gauche, a dans certaines villes fait alliance avec vous. Cela tend-il à démontrer qu’il ne s’agit pas de voter pour une religion mais pour des hommes et des femmes qui, contrairement aux cadres du Fatah, n’ont jamais abandonné la lutte de libération ?


Moshir al-Masri : Le fait que le Hamas conclut des alliances avec le Front Populaire de Libération de la Palestine ou d’autres organisations, confirme qu’il n’est pas un mouvement sectaire, ni sclérosé, ni replié sur lui-même.

Le Hamas est un mouvement qui s’affirme comme une page ouverte à tous, comme un mouvement prêt à s’allier avec tous les enfants de notre peuple palestinien, afin de défendre les intérêts supérieurs de notre peuple, dans le cadre d’un changement et d’une réforme réels dans l’arène palestinienne. C’est de là que découle le soutien apporté par le Hamas à une candidate de gauche à la mairie de Ramallah, soutien qui n’est pas un cas unique, loin de là.

Nous disons à tous que nous ne voulons prendre la place de personne, nous ne voulons évincer personne. Nous voulons vivre une existence digne et tranquille, à l’abri de tous les phénomènes que connaît la scène palestinienne depuis dix ans. Nous voulons convenir d’une stratégie bien définie qui protège les droits du peuple palestinien et préserve ses avancées, sans considération sur les appartenances de ces alliés : il suffit qu’ils soient Palestiniens et qu’ils veuillent servir la cause du peuple palestinien.

 

S.C. - Pourquoi avez-vous pris le parti de participer à ces élections alors que le Jihad islamique, lui, s’est abstenu ? Des élections sous occupation ne détournent-elles pas les Palestiniens de l’essentiel ? La priorité n’est-elle pas de nouer le dialogue inter-palestinien pour relancer la lutte nationale ?


Moshir al-Masri : Quelles sont les priorités du Hamas, dans la période actuelle ? Mettons les points sur les « i » : le Hamas a trois priorités, dont aucune n’est caduque, ni moins importante que les autres.

La première priorité, c’est le renforcement de l’unité interne, étant donné que c’est cette unité qui est à même de protéger l’arène palestinienne contre tout développement dangereux.

La seconde, c’est le renforcement de la participation politique, qui représente une option susceptible de sauver la scène palestinienne du marasme actuel.

Le troisième point, c’est le renforcement du programme de la résistance en tant que choix stratégique de notre peuple, tant qu’une occupation continuera à peser sur notre terre et tant que se poursuivra l’agression continue contre notre peuple. Ce choix a été celui de toutes les révolutions de par le monde, y compris en Europe et en Amérique. Il s’agit d’un choix reconnu par le droit international.

 

S.C. - La participation du Hamas aux élections législatives palestiniennes, dans les territoires sous contrôle de l’Autorité Palestinienne, a été mise en cause par M. Javier Solana. Celui-ci, reprenant la menace des Etats-Unis, a fait pression sur les Palestiniens en affirmant que si le Hamas remportait les élections, l’aide financière de l’Europe serait suspendue. Ce qui indique que l’Europe ne reconnaît pas aux Palestiniens le droit de choisir leurs propres représentants ni celui de résister. Ce chantage, qui menace les Palestiniens d’un étranglement financier, donc de les rendre encore plus faibles face à l’occupant, empêchera-t-il les Palestiniens de voter pour les candidats du Hamas ou du FPLP ?


Moshir al-Masri : En ce qui concerne la question de savoir si les menaces européennes et les menaces américaines de couper les aides sont susceptibles de dissuader notre peuple de soutenir le Hamas, je répondrai que je pense que les déclarations tant européennes qu’américaines à cet effet ont coïncidé avec la quatrième étape des élections municipales palestiniennes, en particulier dans les plus grandes villes.

 

Or, quel en a été l’effet ? Le Hamas a remporté les élections dans les plus grandes villes palestiniennes, comme Naplouse, El-Biréh, Ramallah ou Jénine. Par conséquent, notre peuple palestinien est un peuple qui compte essentiellement sur Dieu – Qu’Il soit exalté ! – et qui connaît ce verset coranique « C’est dans le ciel que se trouve la véritable vie qui vous a été promise ». Le peuple sait très bien qu’il y a un complot international ourdi contre lui. Par conséquent, il veut choisir ceux qui seront capables de porter sa préoccupation et ceux dont il sait, de confiance, qu’ils seront dignes de la mission qu’il leur aura confiée, par la grâce de Dieu !

 

Nous, au Hamas, nous avons fait nos preuves, au fil des années, dans de nombreuses institutions, syndicats, coopératives, ou autres, et nous avons donné un exemple à suivre. C’est en connaissance de cause que le peuple palestinien nous a élus, c’est en raison de sa confiance.

 

Par conséquent, la provocation de l’administration américaine qui, aux dires des responsables de l’Autorité palestinienne, n’accorde au peuple palestinien que des miettes qui ne représentent pratiquement rien dans le budget palestinien et la position européenne, voire même les déclarations de Javier Solana dont je ne pense pas qu’elles reflètent une position européenne bien étudiée qui représente vraiment tous les Etats membres de l’Union européenne, vous savez…

 

Disons que je ne considère pas que la dernière position adoptée par le Quartette soit une position d’une grande fermeté. Il s’agit plutôt de l’expression d’un recul : après avoir refusé la participation du Hamas aux élections, certains partenaires internationaux ont dépassé ce blocage, après avoir constaté la détermination et la volonté des Palestiniens, ainsi que l’unanimité sur la nécessité de la participation de tous à ces élections.

 

Les puissances étrangères opposées à notre participation ont commencé à brandir la menace de la suspension des aides économiques, puis elles ont cessé de le faire après avoir constaté que cela ne dissuaderait en rien les Palestiniens de voter pour le Hamas. Elles se sont alors contentées de formuler des mises en garde contre la participation du Hamas à tout gouvernement palestinien à venir.

 

Je suis persuadé que les partenaires internationaux se verront contraints de composer avec une réalité nouvelle pour eux : le mouvement Hamas est une composante authentique du peuple palestinien, il fait partie de ceux qui déterminent la décision politique palestinienne.

 

S.C. - La position du Quai d’Orsay, était plus nuancée que celle de M. Solana : « Nous pensons qu’il est important que le processus électoral qui a été engagé dans les territoires palestiniens puisse se dérouler normalement. Le Hamas demeure inscrit sur la liste « des organisations terroristes de l’Union européenne, tant qu’il n’aura pas renoncé à la violence et reconnu l’Etat d’Israël. Pour notre part, nous suivons avec intérêt ce qui se passe et cette évolution du Hamas sur le plan politique ». Vous paraît-il possible de renoncer à la lutte armée et de reconnaître l’existence de l’Etat juif d’Israël ?


Moshir al-Masri : En ce qui concerne la reconnaissance de l’Etat d’Israël et le renoncement à la lutte armée, je réponds : comment le Liban s’est-il libéré ; comment beaucoup de pays européens se sont-ils libérés, et comment l’Amérique du Nord s’est-elle libérée ? N’est-ce pas en chassant les puissances qui les occupaient ?

 

Cela fait dix ans que nous essayons de négocier : pour quel résultat ? Le résultat, n’est-ce pas l’inconnu ? Le résultat, n’est-ce pas le vide ? Qu’est-ce que l’Autorité palestinienne a récolté ? Qu’est-ce que le peuple palestinien a récolté ? Rien, sinon des malheurs, la destruction, le recul de la cause palestinienne pour des lustres.

 

On ne peut pas continuer à faire ce genre d’expérience vouée à l’échec ni accepter une occupation qui s’incruste, qui continue à tuer, à massacrer, à perpétrer la terreur contre le peuple palestinien. Nous disons que le Hamas est un mouvement ouvert, prêt au dialogue avec qui le souhaite à la lumière des intérêts supérieurs du peuple palestinien.

Mais un dialogue avec l’occupation sioniste, c’est un dialogue qui a échoué, bien qu’il ait été tenté sur la base des plus grandes concessions de notre part, en échange de rien du tout, du côté israélien.

 

S.C. - De savoir que les dirigeants des pays démocratiques ont systématiquement refusé de sanctionner Israël qui viole les Conventions de Genève - démolitions de maisons, exécutions sommaires, arrestations arbitraires, assassinats d’enfants - et aussi de savoir que les associations, qui disent défendre les droits du peuple Palestinien, ont toujours collaboré avec l’Autorité palestinienne qui est considéré par vous un système corrompu et répressif, vous choque-t-il ? Ne pensez-vous pas que votre meilleure arme est de mieux expliquer à l’opinion internationale quel type de soutien les Palestiniens sous occupation militaire attendent ?


Moshir al-Masri : Oui, cela me choque. Effectivement, nous avons besoin d’une vaste campagne médiatique. Mais il est évident que les sionistes, leurs séides et leurs amis possèdent des moyens d’information extrêmement puissants qui écrasent les nôtres.

 

Israël a violé la quasi totalité des résolutions du Conseil de sécurité de l’Onu, ainsi que toutes les Conventions de Genève, en perpétrant les pires crimes terroristes contre notre peuple : destruction de maisons, de terres agricoles, assassinat délibéré d’enfants innocents et, cela, sans qu’il ne juge le moindre soldat responsable de ces assassinats, notamment d’enfants, comme celui du jeune Muhammad Al-Dura, auquel le monde entier a assisté : on l’a vu crier, supplier. En vain. Le résultat ? Le soldat responsable d’avoir tué délibérément a été emprisonné pendant un mois à peine. Cela équivalait purement et simplement à se gausser du sang palestinien répandu.

 

Oui ; il nous faut dénoncer toutes ces exactions israéliennes, toutes les violations israéliennes des résolutions du Conseil de sécurité, et aussi celles des Conventions de Genève.

 

Nous avons besoin des efforts des journalistes européennes et européens, des juristes, de toutes les personnes et instances porteuses du sens du mot « humanité », qui comprennent ce que l’occupation signifie et qui connaissent l’horreur du crime et du terrorisme sionistes à l’encontre de notre peuple, afin qu’ils fassent comprendre au monde, autant qu’il leur est possible, quelle est la véritable situation.

 

Nous savons qu’il existe une connivence entre les régimes politiques européens et l’ennemi israélien, mais nous savons aussi qu’il y a chez vous, en Europe, des gens qui défendent les valeurs humaines, et nous leur serrons fraternellement la main, en les priant de multiplier les contacts avec nous.

 

S.C. - Autrement dit, Israël aura le beau rôle aussi longtemps que l’opinion n’aura pas compris que la racine de ce conflit ce n’est pas la religion mais la lutte d’un peuple pour garder sa terre, et aussi pour le retour des trois quarts des Palestiniens expulsés en 1948 par la force, pour y installer, à leur place, des gens de confession juive venus de partout. Tant que ce déni de l’histoire perdure il est facile à Israël de renverser les responsabilités et d’accuser de terrorisme ceux qui relèvent la tête. Si vous obtenez une majorité aux élections législatives, êtes-vous prêts à rencontrer les responsables politiques européens pour leur rappeler que le point central du conflit est l’expropriation et l’épuration ethnique des Palestiniens par Israël ? Et de façon plus générale, que pensez-vous faire ?


Moshir al-Masri : Si nous remportons la majorité lors des élections législatives, nous aviserons.

Mais, sur le plan du dialogue avec l’Europe et les États-Unis, le Hamas n’a d’hostilité envers personne, et nous sommes prêts à dialoguer avec qui voudra dialoguer avec nous. Nous avons dialogué avec l’Europe, notamment avec des parlementaires européens, et nous avons instauré un dialogue avec des universitaires américains, à Beyrouth (mais il ne s’agit pas de personnes détentrices d’un quelconque pouvoir exécutif aux États-Unis).

 

Le Hamas est un mouvement ouvert à tous, et certainement pas un mouvement rigoriste, ni un mouvement complexé. Bien entendu, le Hamas est un mouvement porteur d’un projet islamique, qui veut que tout le monde vive en liberté et dans la dignité, et donc que notre peuple vive libre et dans la dignité.

 

Ce que nous demandons au monde, c’est de ne pas s’aligner, de ne pas persister dans son alignement patent, meurtrier et provocateur sur l’ennemi sioniste, au prix des intérêts nationaux du peuple palestinien. Nous sommes prêts à dialoguer avec tout partenaire, mis à part Israël, qui perpétue l’occupation et l’agression contre notre peuple palestinien, afin d’expliciter ce qui doit et peut l’être et de mettre tout un chacun au courant de ce qui se passe sur la scène palestinienne, et aussi afin de rappeler à nos partenaires que le problème, c’est l’occupation et l’agression, et en aucun cas notre peuple ni sa résistance légitime. Le problème est du côté de ceux qui sont venus chasser notre peuple de chez lui et en occuper les terres.

 

Par conséquent, nous sommes persuadés que le monde libre doit s’efforcer de faire en sorte que le peuple palestinien vive libre, dignement, comme il vit lui-même.

Nous vous remercions tous.

 

Interview publiée le 20 janvier 2006, remise à jour le 13 janvier 2012


Cette interview a également été publiée :
- en arabe
- en anglais
- en espagnol
- en italien
- en russe

Silvia Cattori

(*) A l’initiative de Droit pour tous


[1] Voir :
http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/Pierre-Weiss-denonce-la-venue-dun-membre-du-Hamas-a-lUniversite-de-Geneve/story/22871159

[2] Lire ce que dit à ce propos le chirurgien français Christophe Oberlin :
http://www.silviacattori.net/article1582.html

[3] Voir la version en ligne :
http://www.lematin.ch/suisse/standard/Le-porteparole-du-Hamas-invite-a-luniversite-de-Geneve/story/23953067

[4] Abdel Aziz Rantissi, dirigeant politique du Hamas, a été sommairement exécuté, ainsi que deux de ses gardes du corps, quelque mois plus tard, le 16 avril 2004, par deux roquettes tirées à partir d’un hélicoptère israélien.

 

Source : silviacattori.net


Par Silvia Cattori - Publié dans : Palestine-Gaza - Communauté : Blog citoyen en Haute-Garonne
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