Vendredi 13 janvier 2012 5 13 /01 /Jan /2012 07:41
Un article d’Hannes Hofbauer
Depuis l’effondrement de l’Union soviétique et du Pacte de Varsovie en 1991, trois chefs d’État et de gouvernement mal vus furent assassinés par ou moururent sous la responsabilité du triumvirat des USA-UE-OTAN agissant dans le monde entier. Cette évolution est inquiétante.
11 janvier 2012

Le 11 mai 2006, l’ancien chef d’État yougoslave Slobodan Miloševic fut retrouvé mort dans sa cellule de Scheveningen, après que le Tribunal de la Haye lui eût refusé le traitement médical qu’il avait demandé. Le 30 décembre 2006, le président Saddam Hussein, après avoir été renversé par la guerre de bombardements et l’invasion militaire, mourut pendu à al-Kadhimiya, au nord-est de Bagdad. Et le 20 octobre 2011 des rebelles libyens frappèrent et traînèrent à mort Muammar al Kadhafi.

 

Qu’ont en commun ces trois chefs d’État décédés ? Avant toute chose et visiblement la forme brutale de leur élimination. Aucun tribunal sérieux n’a jamais examiné leur culpabilité, aucun hearing international n’a constaté leur responsabilité d’éventuels crimes de guerre. Les condamnations furent systématiquement établies par les médias occidentaux suivant les instructions des plus hauts cercles politiques et militaires des milieux de l’OTAN. Au moment de leur élimination, les trois passaient pour la personnification du mal en soi ; et en tant que tels – dans le cas de Kadhafi, Saddam Hussein et de leurs fils – leurs cadavres défigurés furent présentés au public. Il fallait que les consommateurs de médias soient rassurés : là gisent des diables, pas des hommes. L’assassinat politique, suivi de l’exposition publique de l’ennemi renvoie, sur le plan de l’histoire des civilisations, à un passé lointain.

 

Miloševic, Saddam Hussein et Kadhafi furent éliminés physiquement non pas en tant que criminels, mais en tant qu’ennemis. Et ils étaient certainement des criminels, responsables de toute une série de crimes. Mais leurs crimes, qui s’étendaient de l’écrasement des forces d’opposition jusqu’à la répression de minorités ethniques, n’ont fait que fournir le prétexte aux interventions militaires de l’Occident. Une autre interprétation est exclue par le fait que la répression politique se déroule aussi ailleurs sous de multiples formes et qu’aucune « communauté internationale » n’imagine intervenir militairement pour autant. De l’Arabie saoudite jusqu’en Espagne / Pays basque, du Nigeria jusqu’en Indonésie, l’OTAN aurait du travail par-dessus la tête pour envoyer son armada au combat.

 

L’alliance occidentale n’apparaît militairement que dans des cas tout à fait particuliers pour – soi-disant – protéger des civils. Quand et où le fait-elle ? Et quelles raisons se cachent là-derrière ?

 

Les alliés occidentaux ont chassé à mort Miloševic, Saddam Hussein et Kadhafi non pas à cause de leur mauvaise, mais à cause de leur bonne politique. Tous les trois étaient des symboles de différentes formes de « dictatures du développement ». Celle-ci comprenait une politique sociale pour la masse du peuple, des efforts pour un équilibrage régional et des efforts en direction d’une modernisation économique. Cela les différenciait de ceux qui se voyaient et se voient en première ligne comme les représentants d’investisseurs étrangers ou d’intérêts géopolitiques étrangers. En Yougoslavie, en Irak et en Libye les investisseurs étrangers n’avaient qu’un accès restreint aux marchés indigènes, les bases militaires étrangères étaient indésirables. C’était une des raisons principales pour laquelle Miloševic, Saddam Hussein et Kadhafi étaient suspects aux yeux de la troïka de l’OTAN, des USA et de l’UE et c’est pour cela qu’ils ont finalement été considérés comme des ennemis.

 

Mais la situation géopolitique de leurs pays en fit également l’objet de l’avidité occidentale. Tous les trois se trouvent à la périphérie de la zone d’influence occidentale, historiquement comme actuellement. Durant la guerre froide, la Yougoslavie, l’Irak et la Libye étaient des nations-clé entre les deux blocs, qui en raison de leur propre force politique et économique ne voyaient aucune raison d’abandonner leur indépendance autant à des prises de contrôle occidentales qu’à des convoitises orientales. Moscou et Washington garantissaient indirectement pour moitié chacun cette autonomie, ce qui faisait aussi croître la conscience nationale de leur propre valeur. A la fin de l’Union soviétique celle-ci était en suspens et mena, sans le soutien de Moscou, directement à la catastrophe. Il semblerait que les pays entre les blocs eurent et ont le plus à souffrir de la marche en avant de la nouvelle stratégie impériale. Etait-ce parce qu’ils auraient potentiellement été en mesure de réussir une autre intégration dans le marché mondial que celle dictée par l’UE, les USA et l’OTAN ? La troïka impériale se sentit-elle menacée par cela ?

 

La Yougoslavie, l’Irak et la Libye pouvaient évoquer une longue histoire du partenariat avec le CAEM (Conseil d’assistance économique mutuelle, le pendant soviétique de l’UE). Le commerce de biens d’investissements, de biens de consommation et d’armes était florissant jusqu’à la fin des années 1980. Le commerce se déroulait autant au moyen de monnaies fortes que d’affaires appelées Barter (= troc), donc par l’échange direct de biens, ce qui était mal vu dans le monde de l’hégémonie du dollar. Le commerce triangulaire avec des États africains ou avec l’Inde était à l’ordre du jour. Au début des années 1990, les USA et l’UE profitèrent de la faiblesse des dirigeants postsoviétiques pour décréter via l’ONU des embargos économiques précisément contre ces trois Etats économiquement relativement forts et se comportant de façon autonome. En août 1990, un même embargo atteignit l’Irak, dont les troupes avaient auparavant envahi le Kuweït. Deux années plus tard, en 1992, le Conseil de sécurité de l’ONU décréta des sanctions contre la Yougoslavie (le 30 mai) et la Libye (le 31 mai). Dans le cas de Belgrade, celles-ci furent justifiées par une « fausse » prise de parti dans la guerre civile yougoslave, dans le cas de Tripoli par la prétendue responsabilité de l’attentat contre un avion de la PanAm au-dessus de Lockerbie, qui avait eu lieu des années auparavant.

 

L’Irak, la Yougoslavie et la Libye furent les seuls États à être paralysés durant des années par des embargos économiques. Et cela ne les atteignit pas seulement eux-mêmes, mais encore leurs partenaires commerciaux traditionnels de l’Est : la Russie, la Bulgarie, la Roumanie … Ceci précisément à une époque où les économies postcommunistes qui s’effondraient devaient se réorienter. Elles auraient eu un besoin urgent de partenaires assez forts qui auraient pu commercer et échanger avec eux des produits sur une base autre que le dollar. Les embargos contre l’Irak, la Yougoslavie et la Libye empêchèrent cela. Au début, des cadres de l’époque soviétique pas encore épurés s’indignèrent des pertes forcées : « Dans les premiers six mois de l’embargo contre l’Irak, l’Union soviétique a perdu quatre milliards de dollars US », affirma Igor Mordvinov, le porte-parole du Ministère des Relations économiques extérieures. Aujourd’hui nous savons que la future Fédération russe a perdu beaucoup plus : la possibilité d’une intégration économique alternative au marché mondial dominé par les USA.

 

Miloševic et Saddam Hussein avaient déjà été renversés quand la Libye de Kadhafi vit une petite chance de survivre au grand changement d’époque sans devoir se livrer totalement aux dictats de Washington et de Bruxelles. Après qu’en 2004 Tripoli eut payé un pretium doloris (réparations pour tort moral) aux descendants des victimes de Lockerbie, sans combiner cela avec un aveu de culpabilité, le Conseil de sécurité de l’ONU leva l’embargo. Jusque là Kadhafi avait été le seul des trois parias à avoir survécu physiquement aux sanctions économiques. Des accords internationaux avec la Grande-Bretagne, la France et l’Italie furent signés. Mais Kadhafi se souvint aussi de ses relations traditionnellement bonnes avec Moscou, et il commença à les réactiver. En marge des contacts avec l’Ouest, Moscou et Tripoli cherchèrent à nouer des liens économiques étroits. En 2007, le ministre des Affaires étrangères Sergeï Lavrov rendit visite au pays désertique, peu après, Vladmir Poutine vint personnellement pour finaliser le contrat de construction d’une ligne de chemin de fer de 550 km entre Benghazi et Syrte. Plus importants furent les entretiens concernant la construction d’une conduite de gaz naturel qui – placée sous la direction technique de Gazprom – devait rallier l’Europe à travers la Méditerranée. Lorsque par la suite l’homme le plus puissant de Russie, le chef de Gazprom Alexeï Miller rendit visite à Kadhafi en 2008, les sonnettes d’alarme retentirent en Occident. Son offre à Tripoli équivalait à une bombe géopolitique. Selon l’annonce de l’agence Interfax du 9 juillet 2008, Gazprom achèterait à l’avenir « la totalité du gaz naturel extrait ainsi que le gaz naturel liquéfié, aux pris du marché mondial ». L’Occident se sentit menacé. S’il en avait résulté un contrat, Gazprom aurait acquis un contrôle étendu sur le marché du gaz d’Europe occidentale par le gazoduc de la Baltique « North Stream » inaugurée en novembre 2011 ainsi que par le gazoduc de la Méditerranée à construire.

 

Aujourd’hui nous savons qu’il en fut autrement. Depuis des semaines, les présidents des conseils d’administration de groupes occidentaux de pétrole, gaz et eau se précipitent en Libye pour conclure, aux conditions d’un État qui n’existe pas encore et avec un soi-disant gouvernement de transition – ce qui rend les affaires très avantageuses –, des contrats d’extraction et de jouissance. Après huit mois de guerre, la coalition des volontaires, avant tout des groupes français, britanniques et états-uniens, peuvent se servir à bon compte. Abdel Rahim el-Kib qui est, au moment du bouclage du journal, le chef du gouvernement de transition, remplira ses devoirs administratifs envers les investisseurs occidentaux en protestant aussi peu que ses collègues Boris Tadic et Nuri al-Maliki à Belgrade et à Bagdad.

 

Hannes Hofbauer
Compact Magazin 12/2011.


Hannes Hofbauer est le chef des Editions « Promedia » à Vienne et est auteur de nombreux livres. En automne 2011 fut publié sous sa plume « Verordnete Wahrheit, bestrafte Gesinnung. Rechtssprechung als politisches Instrument » [« Vérité décrétée, opinion condamnée, la justice comme instrument politique »].

Toutes les versions de cet article :
- Wurde in Libyen Krieg geführt, um ein Entwicklungsprojekt zu verhindern?
- What do the killings of Milosevic, Saddam Hussein and Gaddafi have in common?

 

Source : silviacattori.net

Par Hannes Hofbauer - Publié dans : Libye - Communauté : Blog citoyen en Haute-Garonne
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Vendredi 13 janvier 2012 5 13 /01 /Jan /2012 07:14
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Le porte-avions Amiral-Kuznetsov, fleuron de la flotte russe, a repris la mer mardi 10 janvier 2012, après une escale de trois jours devant le port syrien de Tartous, officiellement pour se ravitailler.

 

Le porte avion était accompagné de cinq autres bateaux et de nombreux sous-marins. Habituellement ce type de bâtiment nécessite des navires d’escorte mais, dans ce cas, c’est plutôt le porte-avions qui escortait les navires d’accompagnement. Deux des bateaux ont déchargé de volumineux équipements, dont probablement des batteries de missiles sol-air S-300, les plus sophistiquées au monde. En outre, un important chargement de munitions russes destinées à l’armée syrienne a été un instant immobilisé à Chypre avant d’être autorisé à reprendre la mer.

 

Les spécialistes s’accordent à penser que Moscou pouvait exprimer son soutien à la Syrie sans placer la barre aussi haut. La Russie a surtout souhaité mettre en garde contre toute tentative états-unienne de domination exclusive de la région, et contre la tentation turque de jouer un rôle prééminent en Asie centrale.

 

La flottille a été accueillie par le général Daoud Rajha (au centre de la photo). De nombreuses voix syriennes ont exprimé leur gratitude envers la marine et l’ensemble du peuple russe pour ce puissant geste de soutien en cette période de déstabilisation du pays par les puissances atlantistes régionales et mondiales.

 

Le port de Tartous est en cours de rénovation afin de pouvoir accueillir à l’avenir tous les types de bâtiments de la marine russe. Il est prêté gratuitement à la Russie.

 

Source : « « Escale technique » en Syrie du porte-avions Amiral-Kuznetsov », Réseau Voltaire, 12 janvier 2012, www.voltairenet.org/a172345

Par Réseau Voltaire - Publié dans : Syrie - Communauté : Blog citoyen en Haute-Garonne
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Vendredi 13 janvier 2012 5 13 /01 /Jan /2012 07:11

http://french.irib.ir/media/k2/items/cache/8efbdfca0c8bc5992287aa2496ad5693_L.jpg IRIB- Tout en exprimant sa consternation, quant à l’assassinat de l’élite universitaire iranien, Mostafa Ahmadi Rochan, le représentant iranien, auprès de l’Agence internationale de l’Energie atomique, (AIEA), Ali-Asqar Soltaniyeh, a demandé, jeudi, dans une lettre, adressée au président des Non-alignés, (MNA), de prendre les mesures qui s’imposent, pour empêcher que de tels actes terroristes contre les savants nucléaires et scientifiques universitaires iraniens aient lieu.

"La poursuite de tels actes constituent une infraction flagrante aux lois et règles internationales, ainsi qu’aux principes humanitaires", a-t-il ajouté. Dans cette lettre, il est demandé que l’on empêche que de tels actes puissent être commis, dans les pays du monde, notamment, les pays en développement, où les savants, constituent les piliers du développement durable, et qui, d’une manière générale, sont l’héritage de l’humanité. Mostafa Ahmadi Rochan, professeur d’université a été assassiné, mercredi, par le régime sioniste et les Etats-Unis, via des mains mercenaires, à Téhéran. Le groupe des Non-alignés, à New York, a condamné, dans un communiqué, l’assassinat du scientifique iranien, Mostafa Ahmadi Rochan.

 

Source : french.irib.ir

Par IRIB - Publié dans : Iran - Communauté : Blog citoyen en Haute-Garonne
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Vendredi 13 janvier 2012 5 13 /01 /Jan /2012 07:00

IRIB- Un jeune de 22 ans a été tué, lors de l’attaque des forces de sécurité saoudiennes, contre l’Est de ce pays. Cet incident a eu lieu, à Awamiyah. Mercredi, les militaires saoudiens ont ouvert le feu sur le peuple, pour disperser les manifestants, dans la ville de Qatif, située, dans l’Est de ce pays. Les provinces du Sud sont, depuis ces derniers mois, le théâtre de manifestations anti-gouvernementales.

 

Source : french.irib.ir

Par IRIB - Publié dans : Emirats arabes - Communauté : Blog citoyen en Haute-Garonne
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Jeudi 12 janvier 2012 4 12 /01 /Jan /2012 19:28

À l’heure où internet met chacun en capacité de vérifier par lui-même l’information, ceux qui ont intérêt à la guerre ont trouvé une parade efficace. Elle consiste à noyer les citoyens sous un déluge de fausses nouvelles, que personnes n’aura plus le temps de décrypter. Si certains de ces média-mensonges paraissent anodins, il ne faut pas s’y tromper. Associés les uns aux autres et accumulés dans le temps, ils finissent par constituer le décor d’un univers virtuel, coupé de la réalité, mais favorable aux projets de l’Empire. Celui-ci fait ainsi accepter ses guerres à des populations occidentales désormais passives alors qu’elles s’étaient mobilisées massivement contre l’intervention en Irak.

Réseau Voltaire | 10 janvier 2012

 

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La pièce à conviction dans l’affaire des iPhones interdits. Une simple photocopieuse suffit désormais à monter une campagne de presse internationale, à condition d’avoir de son côté la BBC et l’AFP.

« Nous sommes un empire maintenant. Lorsque nous agissons, nous créons notre propre réalité. Et pendant que vous étudiez cette réalité, judicieusement comme vous le souhaitez, nous agissons à nouveau et nous créons d’autres réalités nouvelles, que vous pouvez étudier également, et c’est ainsi que les choses se passent. Nous sommes les acteurs de l’histoire. Et vous, vous tous, il ne vous reste qu’à étudier ce que nous faisons. » Karl Rove [1]

 

Le 2 décembre 2012, le site de la BBC révélait que les iPhone étaient désormais interdits en Syrie. Cette imputation était relayée en France par Le Monde et l’AFP le 5 décembre [2]. Quelques jours plus tard, la nouvelle avait fait le tour de la planète.

 

Cette nouvelle fracassante est révélatrice de la nature de l’information fournie par la presse mainstream aux citoyens occidentaux . Elle est invérifiée, absurde et pourtant complaisamment relayée.

 

D’abord, une simple observation. Quiconque est actuellement présent en Syrie pourra facilement constater que les possesseurs de smartphones et d’iPhone sont nombreux et ne s’en cachent pas. Vouloir empêcher « la captation de la répression » serait d’autant plus voué à l’échec qu’avec les innovations technologiques, n’importe quel téléphone ou appareil photo est susceptible de capter des vidéos et de les télécharger immédiatement sur le net. Il est impossible pour quelque régime que se soit d’empêcher la propagation d’images compromettantes sur la toile.

 

Pourquoi alors faire croire que les iPhone sont interdits ? Cette fable vise à influencer l’opinion publique internationale, face à l’absence d’images établissant la preuve des accusations formulées à l’encontre gouvernement Syrien.

Alors que les mêmes images de chars d’assaut, de soldats et d’explosions servent à illustrer de nombreux sujets télévisés différents, celles-ci ne prouvent finalement rien. Bien qu’elles soient généralement utilisées dans un contexte où l’on induit le spectateur à penser que ces armes et cette violence sont déployées contre des civils, aucune image n’établit le lien de causalité entre ces armements et une possible répression.

 

En réalité, on trompe les téléspectateurs en leur cachant le fait que l’armée syrienne doit actuellement faire face à des commandos autonomes armés, s’attaquant à la population dans le but de faire accroire au déclenchement d’une guerre civile. Ainsi, alors qu’on a errigé des blindés en symbole même de l’oppression, ceux ci-sont placés dans les villes à la demande pressante des civils, afin de dissuader les escadrons de la mort d’agir, comme l’ont récemment raconté plusieurs journalistes de la presse belge et internationale. [3]

 

Depuis la levée de l’état d’urgence, les manifestations pacifiques contre le gouvernement sont libres. Cependant, dans le contexte de la déstabilisation armée, elles ne mobilisent ici que quelques centaines de personnes tout au plus, bien loin d’un soulèvement de masse dont personne n’a aucune trace, n’en déplaise à Londres ou à Paris.

Si des images de soldats tirant sur une foule pacifique ne sont pas disponibles, il n’y a que deux explications possibles. Soit les événements que les médias décrivent ne se déroulent pas de la même façon qu’ils l’insinuent, voire n’existent pas, soit le régime a confisqué l’ensemble des appareils susceptibles de filmer des vidéos et de prendre des photos, ce qui est totalement impossible.

 

Et pourtant une dépêche de l’Agence de Presse Allemande (DPA) va lancer cette rumeur en la présentant comme une information. Le caractère absurde de cette histoire ne semble pas gêner les agences de presse occidentales.

Elles n’ont pas été gênées non plus par le fait que cette décision aurait été « apparemment » annoncée par le ministre des Finances syrien, et non pas par son homologue de l’Information et des Communications.

 

Elles n’ont pas été gênées par le fait que la seule preuve matérielle présentée était une photo de mauvaise qualité d’un supposé mémo gouvernemental fourni par le site libanais El-Nashra [4] Celui-ci ne fournissant aucune élément permettant de valider l’authenticité de sa « preuve » ni aucune explication quant à la manière dont il l’aurait obtenue.

Mal à l’aise face à la faiblesse des éléments factuels dans cette affaire, plusieurs éléments sont mis au conditionnel dans l’article original publié par la BBC. Cependant le titre, lui, n’est pas du tout nuancé puisqu’il affirme : « la Syrie ’interdit les iPhones’ à cause des images de manifestation ». [5]

 

Par conséquent, lorsque cette dépêche sera reprise par les autres médias, il ne sera plus du tout question de conditionnel, mais bel et bien d’un fait établi, partant du principe que si tout le monde répète que les iPhones sont interdits en Syrie, c’est que cela doit être vrai.

 

De la même façon, sont relayées systématiquement les estimations de victimes fournies par l’« Office Syrien des Droits de l’Homme » sans jamais exercer le moindre travail de vérification, ni sur les chiffres fournis, ni sur cet autoproclamé « office » basé à Londres. [6]

 

Cette désinvolture face à la vérification des sources peut surprendre ceux qui croient au professionnalisme des journalistes et à leur déontologie. Pourtant il ne s’agit pas dans là d’illustrer un dysfonctionnement du système médiatique, mais au contraire d’en révéler la véritable nature.

 

Maîtrisant les rouages de la diffusion « virale » pour lesquels sont élaborés ce type de média-mensonges, une information, bien que fausse, est en quelques heures diffusée via des dizaines de milliers de sites à travers de monde. L’opération de guerre psychologique est alors réussie.

 

En effet il s’agit avant tout d’installer dans l’esprit du public le paysage mental qui convient. Lui rendre progressivement crédible l’idée que l’État syrien est un « régime » qui oppresse ses citoyens, et par suite, par glissements successifs, de lui faire accepter l’idée d’une intervention humanitaire militarisée visant à « libérer » cette même population du joug du tyran.

 

Tout au long de la chaîne de reprise et de circulation de la nouvelle erronée, aucun journaliste ne prendra la peine ni de vérifier la source de ces allégations, ni de venir la vérifier sur place ou même d’en demander la confirmation au gouvernement Syrien. Seul compte l’avis de l’« opposition syrienne » même quand celle si se trouve à Beyrouth, à Paris ou à Londres. Présenter un seul point de vue dans un article ou une dépêche est devenu normal, même quand les accusations sont graves.

 

Cette affaire illustre l’incapacité des médias occidentaux à fournir des informations vérifiées au public lorsque cela implique de contredire l’OTAN, et révèle leur place au sein d’un dispositif qui vise à imposer une conception particulière du monde. Un monde où la guerre doit devenir non seulement quelque chose d’acceptable, mais également souhaitable.

 

Le rôle des journalistes et des médias n’est alors plus d’informer, c’est à dire de relater des faits et de les rendre accessibles et intelligibles, mais de relayer différentes histoires. Le critère pour la diffusion d’une information n’est désormais plus qu’elle soit vérifiée, mais qu’elle soit utile à un projet politique. Car ensuite il suffira que information soit répétée pour qu’elle paraisse vraie.

 

Dans un contexte où les puissances occidentales et leurs alliés dans la région évoquent explicitement la possibilité de frapper militairement la nation syrienne, relayer ce type de nouvelles sans la vérifier, c’est participer à une campagne d’intoxication ayant pour issue une guerre.

 

Combien de blogueurs ayant relayé l’histoire des iPhone bannis en Syrie réalisent qu’il se sont fait les complices du « storytelling » de l’OTAN ?

 

À ce jour, la recherche « iPhone ban Syria » donne 5 millions de résultats sur Google.

[1] Christian Salmon , Storytelling, p.171, La Découverte, 2007.

[2] « Les iPhone interdits en Syrie », Le Monde, 5 décembre 2011.

[3] « À Homs, la grande presse belge n’a pas vu la même chose que sa consoeur française », InfoSyrie.fr, 29 novembre 2011.

[4] Elnashra.com.

[5] « Syria ’bans iPhones’ over protest fortage », BBC News, 2 décembre 2011.

[6] « Manifestations en Syrie : Qui compte les morts ? », par Julie Lévesque, Mondialisation.ca, 25 novembre 2011.

Source : « Les iPhone interdits en Syrie ? Regard sur un média-mensonge », par Luc Chevallier, Réseau Voltaire, 10 janvier 2012, www.voltairenet.org/a172090
Par Luc Chevallier - Publié dans : Société - Communauté : Blog citoyen en Haute-Garonne
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