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Jeudi 8 janvier 2009 4 08 /01 /Jan /2009 20:38
 

Muntadhar Al Zaidi a fait ce que nous journalistes aurions du faire depuis longtemps

 

AUTEUR:  Dave LINDORFF

Traduit par  Sacha Sher, révisé par Fausto Giudice


 

En lançant bien fort ses chaussures à la tête du président George W. Bush pendant une conférence de presse à Baghdad, le journaliste irakien Muntadhar Al Zaidi a fait ce que la corporation des journalistes de la Maison Blanche aurait dû faire depuis des années.

Al Zaidi écoutait Bush débiter ses sornettes sur les cinq années de guerre qu’il avait déclenchées avec l’invasion illégale de l’Irak : cela avait été « nécessaire pour la sécurité des USA, la stabilité de l’Iraq (sic) et la paix dans le monde ». Et quelque chose s’est brisé. L’envoyé spécial pour la télévision qui, l’an dernier, avait été kidnappé et retenu par des militants chiites, se déchaussa et jeta une première chaussure sur Bush – une grave insulte dans la culture irakienne – et cria « c’est un baiser d’adieu, chien que tu es ! ». La première chaussure ayant raté sa cible, il en prit une deuxième et la lança avec la même force, obligeant une deuxième fois le président à esquiver le projectile pendant que le journaliste lui criait : « Prends ça, de la part des veuves, des orphelins et de tous ceux qui ont été tués en Irak ! ».


"Il est revenu avec les chaussures de Muntadhar" : la dessinatrice palestinienne Omayya fait allusion au dicton arabe :"Il est revenu avec les chaussures de Hunain", tiré d'une anecdote relatant comment un bédouin s'était fait voler son chameau par Hunain , un cordonnier astucieux qui l'avait attiré avec une paire de chaussures placée en plein désert.

Je dois l’avouer, lorsque j’écoutais Bush mentir comme il l’a fait pendant huit ans lors de ces conférences de presse où des reporters pré-sélectionnés entraient dans son jeu et faisaient semblant d’attirer son attention pour pouvoir lui poser des questions soumises et approuvées à l’avance, l’envie m’est souvent venue de balancer mes chaussures sur mon poste de télévision.

Al Zaidi, qui a payé de sa personne pour avoir agi ainsi avec courage – des gardes du corps l’ont brutalement frappé – est un héros pour toute la profession. Cessant de prendre pour argent comptant les billevesées du président, il l’a désigné pour ce qu’il est : un assassin et un criminel qui a sur ses mains le sang de près d’un million d’Irakiens. Profitant de ce qui était censé être une séance de photos pour la presse, il a réussi à porter la voix de ceux dont la vie a été ruinée par ce président – des vies que nos journalistes lécheurs de bottes ignorent systématiquement.


Bedaiwi, Égypte

Je ne propose pas forcément aux journalistes de repartir toujours des conférences de presse présidentielles sans leurs chaussures. Nous avons bien d’autres manières d’exprimer notre mécontentement à l’égard de ceux qui insultent visiblement notre intelligence. Plutôt que de leur jeter nos chaussures, il serait bon de voir un ou deux journalistes faire un doigt d’honneur au président quand il ment aussi ouvertement. Tous pourraient aussi décider simplement de se lever et de quitter la salle en même temps, laissant ainsi tout seul notre président, debout devant son pupitre.

Il est grand temps, pour le corps médiatique, d’arrêter de traiter les présidents comme s’ils étaient des membres d’une famille royale. S’il y a bien une chose que le président Bush a réussi à faire pendant ces huit années au pouvoir, c’est à apporter la preuve qu’au contraire, un président est quelqu’un de très ordinaire – et dans son cas à lui, même quelqu’un d’en dessous de la moyenne. Le poste de président ne mérite pas plus de respect que celui de maire de Detroit ou de Pétaouchnoque (Wasilla dans le texte anglais, NdT).

Je suggère que nos journalistes profitent des cinq dernières semaines qu’il reste à l’administration Bush pour construire une nouvelle relation avec la présidence, où toutes les traditions et les convenances factices qui avaient cours seraient abandonnées, et où ils agiraient à nouveau comme ces reporters turbulents d’antan qui aboyaient leurs questions, qui riaient cruellement un bon coup quand on leur faisait des réponses débiles, qui relançaient leurs questions quand les interviewés se défilaient, et qui quittaient la salle quand la situation l’exigeait. On pourrait même jeter une chaussure de temps en temps.

Sous l’administration Bush, le métier de journaliste fut un désastre absolu et un profond déshonneur, et avec toutes ces crises que doivent affronter notre pays et le reste du monde, en partie à cause de la défaillance de cette administration, nous ne pouvons pas nous permettre de manquer à nouveau à notre devoir sous l’administration Obama.

Puisque l’administration Bush en est maintenant réduite à l’état de sujet de plaisanterie inépuisable, une chance est ainsi donnée à la corporation des journalistes de se racheter en profitant de ces dernières semaines pour mettre en place une nouvelle tradition pour les conférences de presse et les séances photos présidentielles, qui se poursuivrait sous la nouvelle présidence.

En attendant, je propose que ma mère nourricière, l’École de journalisme de l’Université de Columbia, embauche Al Zaidi afin qu’il donne des cours sur les techniques du journalisme en situation de conférence de presse. Il faudrait même l’engager pour plusieurs années, car s’il partait au bout d’un an, il serait difficile de trouver pied à sa chaussure pour lui succéder.

NOTE : Puisqu’on parle de chaussures et de Maison Blanche, un habitant d’Honesdale en Pennsylvanie, Skip Mendler, a une très bonne idée. Il propose que tous les gens qui sont dégoûtés par l’administration sortante Bush/Cheney envoient une chaussure à la Maison Blanche. Imaginez un peu un million de chaussures puantes entassées au bureau du courrier de la Maison Blanche. Je trouve cette idée pas mal. A faire passer !
Et si vous vivez dans la région du DC (District of Columbia] et voulez délivrer votre message par chaussure en personne, Code organise un shoe-in à  11h le mercredi 17 décembre. Voir White House Shoe-In  


Source :


Source : Muntadar al-Zaidi Did What We Journalists Should Have Done Long Ago

Article original publié le 15/12/2008

Sur l’auteur

Sacha Sher et Fausto Giudice sont membres de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteur, le traducteur, le réviseur et la source.

URL de cet article sur Tlaxcala :
http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=6662&lg=fr

 


DANS LE VENTRE DE LA BALEINE: 27/12/2008

Par brigitte
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